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Les Joutes sur échasses de Namur

N° de référence du dossier : Reconnaissance n°10
Reconnu depuis le  12 mai 2004  par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel
Inventaire mis à jour le 17 janvier 2019


1. ASPECTS PRATIQUES

a. Nom de l’élément : Les joutes sur échasses de Namur.

 b. Localisation géographique :  Namur

c. Communauté concernée (groupes ou individus) : Les jouteurs sur échasses, les joueurs de tambour et alfers qui les accompagnent, regroupés dans l’asbl ‘Les Échasseurs Namurois’.
Les personnes qui participent à la tradition et sa transmission: ébéniste, couturières, anciens échasseurs.
La population de la ville de Namur.
Toute personne étant attachée à l’identité et aux traditions de la ville de Namur.

d. Société ou groupe responsable
: Les Échasseurs Namurois a.s.b.l. - Avenue Baron Huart, 6 - 5000 Namur
www.echasseurs.org


 e. Personne(s) de contact :
M. Patrick Dessambre, Président - Rue Jean Gilson, 17 - 5100, Jambes
 dessambre.p(at)skynet.be


2. HISTORIQUE
 

a.    Apports patrimoniaux :   Mettre en évidence les origines, les fondements : historique, ethnologique, patrimonial (décrire la ou les légende(s) fondatrice(s) éventuelle(s)).


Les joutes sur échasses sont attestées à Namur depuis le 8 décembre 1411 comme en témoigne une ordonnance prise par le Comte, le Maïeur et les échevins de la Ville interdisant cette pratique de la joute aux plus de 13 ans. Ce document est conservé aux archives de l’état à Namur.

Les historiens namurois s’accordent pour voir dans les inondations courantes  du centre-ville (traversé par la Sambre et le Houyoux et bordé par la Meuse) l’origine de cette habitude d’utiliser des échasses. La pratique fonctionnelle a ensuite engendré une pratique « festive », la joute sur échasses. Ce type de transformation s’observe dans d’autres endroits du monde : les échasses fonctionnelles des bergers landais ont ainsi donné ensuite naissance à une pratique de danse sur échasses. La raison pour laquelle la pratique de l’échasse à Namur a évolué en particulier vers la joute reste actuellement un mystère.

Assez rapidement les joutes prennent leur forme actuelle : si en 1515 la joute oppose 3 brigades de la ville, dès 1530 les textes ne font plus référence qu’à la brigade des Mélans, originaires de la vieille-ville, et à celle des Avresses (parfois appelée «de la Neuville »), originaires de l’extérieur de la troisième enceinte. Ces 2 brigades traverseront les siècles et sont toujours celles qui s’affrontent aujourd’hui.

Il est à noter qu’une légende, devenue populaire et inventée par Collin de Plancy au XIXe siècle fait remonter la naissance des échasseurs au début du XIVe siècle. À cette époque, dit la légende,  Les Namurois se sont révoltés contre le très noble et très puissant Jehan De Flandre alors propriétaire du comté de Namur, lors d’une absence de ce dernier. Informé de la rébellion, il assiégea la ville de Namur et la réduisit par la famine. Le comte Jehan refusa le pardon imploré par les notables de la cité en déclarant «Nenni, Nenni, point de pardon que vous veniez à pied, à cheval, en bateau ou en chariot». Malicieux, les Namurois se présentèrent au Comte montés sur des échasses. Compatissant et amusé de cette ruse, ce dernier pardonna.

b.    Souligner le caractère de pérennité (75 ans) : Faire connaître les éventuelles périodes d’interruption et de reconstitution, montrer l’évolution au fil du temps.

De 1411 à nos jours, l’histoire des joutes sur échasses à Namur s’étend sur plus de 600 ans.

JOUTES D’APPARAT ET JOUTES DE MASSE

Les joutes sur échasses sont pratiquées régulièrement à Namur depuis le XVème siècle. En atteste de nombreux documents conservés à Namur, tableaux et récits de combat laissés par des namurois ou des visiteurs étrangers ayant assisté à une joute.

Deux grandes formes de joutes ont traversés les siècles: les joutes d’apparat et les combats de masse.

Les joutes d’apparat

Dès le XVème siècle, les autorités demandent systématiquement aux bourgeois de Namur de donner des joutes d’apparat aux visiteurs illustres de la Ville. Le premier à recevoir cet honneur fut le Duc de Bourgogne Philippe le Bon, venu à Namur en 1438.

Tous les visiteurs de marque de la ville se sont ensuite vu offrir une joute d’apparat. Les plus connus sont Charles Quint (1515 & 1530), Philippe II d’Espagne (1549), Louis XIV (1693), le Tsar Pierre le Grand de Russie (1717), Louis XV (1747),  Napoléon Bonaparte (1803) ainsi que les Rois des Belges Léopold Ier (1849), Baudouin (1953), Albert II (2005) et Philippe (2013). Les seules exceptions notables à cette règle furent l’Empereur Joseph II et les Rois Léopold II et Albert Ier.

Aujourd’hui, les joutes sur échasses sont restées une carte de visite de la Ville de Namur que ce soit pour accueillir des visiteurs de marque, mais également pour représenter la ville, la Province, la Wallonie et la Belgique lors de visites à l’étranger ou dans de grandes manifestations internationales (comme les Expositions Universelles). Les joutes sur échasses portent des valeurs universelles et ne sont pas excluantes ce qui a pu contribuer à la diplomatie et au dialogue entre les peuples.

Il est à noter que ces combats ne sont jamais scénarisés. L’équipe ou le jouteur remportant une joute  n’est jamais connu avant le début de celle-ci.

Les combats de masse

Outre offrir des joutes d’apparat à leurs hôtes de marque, les habitants de la Ville tiennent surtout aux grands combats de masse qui opposent les brigades au cœur de la Ville. À cette occasion le nombre de jouteurs n’est pas limité. S’ils n’opposent à certaines époques qu’une cinquantaine de jouteurs, les témoins rapportent plusieurs milliers de combattants lors de joutes du début du XVIIIème siècle.

Les combats de masse réunissent sans distinction toutes les classes sociales de la ville. Ainsi au XVIIIème siècle l’on fait mention de plusieurs brigades selon le corps de métier. À côté des bateliers, bouchers ou brasseurs l’on pouvait retrouver la brigade de la plume composée d’avocats et de clercs de notaire. Ces combats étaient aussi ouverts aux quartiers extérieurs de la ville, tels que Jambes, Vedrin, Salzinnes…

À travers les siècles, les échasseurs sont de toutes les manifestations festives namuroises: ducasse et carnaval jusqu’au XVIIIème siècle, cortège marial au début du XXème, fêtes de Wallonie depuis 1929.


INTERDICTIONS ET REAPPROPRIATIONS

L’histoire des joutes sur échasses de Namur est marquée par trois phases d’interdiction, totale ou partielle, suivies par des phases de réappropriation par la population de la ville.

Les interdictions

-    Interdit de 1411 : Interdiction de la joute pour les plus de 13 ans.  « Oyés, Oyés, qu’on vous fait assavoir de par nostre très redobteit seingneur, monseingneur le comte, son mayeur et ses eskevins de Namur, que ne doit nuls qui voise ne monte sur escache pour escachier ne pour josteir, qui ait plus d’eaige au plus de XIII ans, si halt que sur l’amende à l’enseignement d’eskevin et les escaches perdues. ». Les joutes réapparaissent au plus tard en 1438.

-    Les interdits du XVIIIème siècle : Les joutes de masse du Carnaval étaient régulièrement l’occasion de débordements entre les habitants et les garnisons étrangères occupant la ville. Entre 1732 et 1769, 8 ordonnances sont prises amenant progressivement à l’interdiction totale des joutes, à l’exception des celles commandées par les autorités. Ceux qui sont pris sur échasses sont condamnés à 6 semaines de prison au pain sec et à l’eau.

-    Confiscation de 1849 : Si  l’interdit de 1769 marque la fin des joutes de masse, les joutes d’apparat vont connaître à leur tour l’interdiction en 1849.  En septembre de cette année, Léopold 1er est à Namur avec toute la famille royale. Ils sont accueillis par les compagnies d'échasseurs. Malheureusement les pauses nombreuses ont amené les échasseurs à se désaltérer copieusement. Le combat donné place St Aubain tourna au burlesque, les échasseurs titubant et s'accrochant les uns aux autres. Le scandale est tel que la semaine suivante la Ville de Namur confisqua les échasses. Elles seront enfermées dans l’Hôtel de Ville et bruleront presque toutes durant l’incendie de celui-ci lors de la 1ère guerre mondiale.

Les réappropriations

À chaque interdiction succéda une réappropriation initiée par les habitants de la Ville.

L’interdit de 1411 est rapidement levé. On ignore dans quelles conditions. Il est cependant acquis qu’en 1438, un combat est offert au Duc de Bourgogne.

Les interdits du XVIIIème siècle sont combattus activement par les Namurois. Ainsi en 1764 les échasseurs obtiennent, à force d’insister chaque année, le droit de jouter à l’occasion du Carnaval. Cette autorisation est cependant de très courte durée puisque quelques jours après la joute les autorités rappellent l’interdiction.

Alors que les autorités étouffaient progressivement  la pratique de l’échasse depuis près d’un siècle, les habitants parviennent à réunir plus de 400 combattants pour offrir en 1803 une joute à Napoléon.

La confiscation des échasses de 1849 sera la source de la plus longue éclipse connue par la joute sur échasses à Namur. Si on suppose que la pratique s’est maintenue dans des cercles familiaux, c’est finalement en 1929 que les Échasseurs réapparaissent officiellement sur les pavés namurois. Cette fois l’initiative en revient à une société de gymnastique, «La Royale Spartiate». Les échasseurs sortent alors régulièrement (ils représentèrent la Ville en 1937 à Hambourg) et reprennent très vite leur place dans les festivités namuroises.

Signe de leur importance dans l’identité namuroise, les échasseurs servent à 2 reprises de symbole de la résistance locale durant la 2nde guerre mondiale. Le journal clandestin résistant publié à Namur par Victor Vallair durant l’occupation s’appelaient « L’Échasseur », et lorsque des volontaires namurois se regroupent en 1945 pour former le 16ème bataillon de fusiliers, ils choisissent de porter des échasses sur leur blason.

CONTINUITE ET EVOLUTIONS DE CE PATRIMOINE VIVANT

Un observateur d’une joute du XVIème siècle reconnaîtrait sans peine une joute d’échasseurs de nos jours.
Les grands traceurs sont effectivement restés les mêmes au travers des siècles.
•    La joute oppose toujours les Mélans, aux couleurs jaune et noir, aux Avresses, aux couleurs rouge et blanc comme par le passé.
•    Le modèle des échasses est resté pratiquement identique.
•    Les techniques utilisées par les jouteurs ont été transmises depuis des siècles. Les peintures du XVIIIème siècle offrent un parallèle saisissant avec les photos d’aujourd’hui.
•    Le cadre sonore de la joute a été conservé. Tambours et fifres (il y eu parfois des trompettes) donnent du courage aux jouteurs.
•    Le cadre principal de la joute est resté le centre-ville de Namur. Hier comme aujourd’hui, la population namuroise et des alentours de la cité se masse pour encourager ses favoris.

D’autres éléments ont évolués:
•    L’arceau en osier, cassable, a été remplacé par un arceau en acier. La poignée (manotte) qui ornait le haut des échasses a disparu pour les mêmes raisons.
•    La taille des échasses a très légèrement varié dans le temps.
•    L’évolution des mentalités a influencé les règles de la joute : Si au XVIIème les jouteurs remontaient sur leurs échasses tant qu’ils n’étaient pas blessés, un échasseur est aujourd’hui éliminé dès qu’il touche le sol.
•    Le nombre de jouteurs plus restreint (et peut-être la place plus grande que la société donne à l’individu) a amené le développement d’une seconde phase de combat, le bout-a-tot. Lors de celui-ci les jouteurs de la brigade victorieuse s’affrontent afin de désigner le vainqueur individuel.
•    L’appartenance à l’une ou l’autre des brigades n’est plus déterminée par des critères géographiques ou socio-professionnels. De nos jours, un nouveau jouteur rejoint généralement une brigade par tradition familiale ou par affinité avec d’autres jouteurs. Cependant certains habitants continuent à soutenir l’une ou l’autre équipe en fonction du quartier qu’elle représente.
•    Le costume des jouteurs n’a jamais connu la moindre stabilisation dans l’histoire séculaire des joutes sur échasse namuroises. On joute parfois en uniforme, parfois en civil. Depuis le milieu du XXème siècle les deux équipes utilisent un même costume rouge et blanc inspiré du XVIIème siècle.


3. SITUATION ACTUELLE


a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).


Les joutes sur échasses pratiquées de nos jours regroupent de 10 à 50 jouteurs selon les occasions. Les jouteurs sont, comme depuis le XVIème siècle, répartis en 2 brigades : celle des Mélans (jaune et noir) et celle des Avresses (rouge et blanc). Les jouteurs sont accompagnés d’une batterie de tambours et de fifres. Enfin le groupe et chaque brigade sont précédés de leurs alfers (porteurs de drapeau).

Les échasseurs portent actuellement tous un costume rouge et blanc inspiré du XVIIème siècle.

Le cérémonial de la joute suit actuellement le schéma suivant:
1.    Généralement une parade des jouteurs, précédés des drapeaux, des fifres et des tambours, a d’abord lieu dans les rues de la ville.
2.    Les jouteurs entrent ensuite dans l’aire de joute sur 2 files parallèles : l’une est constituée des Mélans, l’autre des Avresses. L’aire de joute peut être une place, une rue, une cour, un podium…
3.    Toujours en file, les jouteurs font le tour complet de l’aire de joute afin de se présenter au public.
4.    Ensuite les 2 brigades se rassemblent d’un côté opposé de l’aire de joute. Les musiciens se placent sur un troisième côté, entre les 2 brigades.
5.    Au signal du responsable, les drapeaux s’avancent vers le centre de l’air de joute. L’ensemble des drapeaux sont abaissés vers le sol. Au même moment les 2 capitaines de chaque équipe s’avancent vers les drapeaux. Ils se saluent mutuellement en sautillant sur une échasse tout en levant l’autre vers le ciel. Ce salut est accompagné d’un roulement de tambour.
6.    Une fois les capitaines revenus dans leurs rangs respectifs, les drapeaux se relèvent et quittent l’aire de combat prestement. C’est le signal du début de la joute et le moment ou les tambours commencent à jouer l’air du combat.
7.    La joute démarre, les échasseurs des 2 équipes s’affrontent en 1 contre 1 ou par groupe. De temps en temps le responsable ordonne une charge. Elle consiste à renvoyer chaque brigade de son côté pour ensuite relancer la joute.
8.    Lorsqu’une des deux équipes ne possède plus de jouteur en lice, l’autre est déclarée vainqueur. Les jouteurs vainqueurs saluent le public (de la même façon que les capitaines en début de combat) au son d’un roulement de tambour.
9.    Dans certains cas, minoritaires, le combat se prolonge par un bout-a-tot. Les jouteurs vainqueurs s’affrontent alors entre eux pour désigner le vainqueur individuel. Le bout-a-tot se pratique systématiquement lors de la grande joute annuelle de l’échasse d’or. Dans les autres cas, il a lieu soit pour faire honneur à un spectateur de marque, soit pour remercier le public lorsque celui-ci est particulièrement chaleureux. Il arrive aussi parfois que le bout-a-tot soit réclamé par les échasseurs ou par le public lui-même. À la fin de la joute, le vainqueur individuel du combat salue le public.

Les joutes ont lieu principalement à Namur mais aussi partout où les échasseurs vont représenter la population de la Ville. La première prestation extra-muros des échasseurs date de 1617 lorsqu’ils sont envoyés à Tervuren par les autorités de la Ville de Namur pour rendre les honneurs aux Archiducs Albert et Isabelle.
 
La principale joute de l’année est le grand combat de l’échasse d’or. Il a lieu le dimanche des fêtes de Wallonie, traditionnellement sur la Place St Aubain archi-comble. L’on y dénombre entre 5000 et 6000 spectateurs. À noter que le combat est désormais retransmis en direct sur la télévision locale Canal C pour permettre à tous de le regarder. Les résultats sont aussi très largement diffusés dans la presse locale. Très souvent les Namurois ont une équipe favorite.

Font partie aussi du patrimoine immatériel la légende écrite par Collin de Plancy et qui est véhiculée principalement de manière orale. L’on dénombre aussi un bon nombre d’expression wallonne utilisée pour les joutes sur échasses. À noter aussi que le mot échasseur et un régionalisme de langue française, prenant racine sur le mot wallon chacheu. La pratique de la joute sur échasses n’existant qu’à Namur il n’y a pas d’autres mots pour la qualifier.

Les échasseurs tiennent aussi à véhiculer des valeurs, tel le respect du patrimoine immatériel et des traditions et l’importance de le transmettre. Ils mènent de nombreuses activités dans des écoles. Aussi de par la manière de combattre, le fair-play est au cœur de la pratique des joutes sur échasses.

b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.


Les pratiques sociales, rituels et événements festifs


c.    L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ?
Les joutes sur échasses sont toujours bien vivaces. On compte de nos jours une septantaine d’échasseurs membres de l’a.s.b.l. dont une cinquantaine de jouteurs, une dizaine de musiciens et une dizaine d’alfers.

La transmission des techniques de la marche et de la joute sur échasses se fait principalement de 2 façons :
Dans le milieu familial : de nombreuses dynasties familiales existent au sein des échasseurs. Les parents apprennent à leurs enfants les rudiments de la joute et les bottes secrètes familiales.
Grâce aux entrainements : À la belle saison des séances d’initiation et d’entrainement sont organisées chaque semaine, généralement à la pointe du Grognon (au confluent de la Sambre et de la Meuse). Les entraîneurs sont choisis au sein de l’a.s.b.l. L’entraînement est ouvert à tous mais regroupe principalement des adolescents et de jeunes adultes.

La transmission des techniques de tambour et des airs se fait au sein de l’a.s.b.l. sous forme de répétitions régulières.

d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.


Les principales joutes attirent toujours autant la grande foule. Cependant il peut être difficile de recruter de futurs jouteurs. Les joutes ne sont pas menacées dans leur existence à moyen terme. Mais vu le nombre limité de jouteurs actuels, un risque réel existe sur leur pérennité à long terme. L’expression « disparaître, faute de combattants » pourrait ici s’avérer des plus cruelles.

Consciente de sa mission de transmission et des risques de disparition, l’a.s.b.l. travaille depuis plusieurs années à conscientiser les jeunes namurois à ce patrimoine et à recruter et former de nouveaux jouteurs. Voici quelques-unes des initiatives menées dernièrement:
    
Recrutement et transmission
-    Sous l’impulsion d’une nouvelle équipe d’entraineurs, les entrainements ont été modernisés en 2010. Ce coup de jeune a permis de gonfler le nombre de jeunes participants à ces sessions. Il n’est pas rare qu’ils soient près de 20 à se rassembler le mercredi.
-    En 2015, une brigade junior a été créée. Elle permet d’initier des enfants de 6 à 12 ans. La brigade junior marche et joute sur des échasses adaptées. Elle précède les échasseurs lors des prestations à Namur.

Conscientisation
-    Un soin particulier est mis depuis plusieurs années à la collaboration avec les écoles
o    Nombreuses visites depuis près de 20 ans dans des écoles du namurois afin de présenter la tradition
o    Dossier pédagogique mis à la disposition des écoles
o    2011 : spectacle « la légende des échasseurs » proposé par 7 écoles du Namurois
o    2015 : intégration des élèves de l’école communale de Flawinne au cortège précédent l’échasse d’or
o    2016 : Projet de livre pour enfants
-    Communication modernisée :
o    2013: Site internet moderne
o    Forte présence sur les réseaux sociaux : facebook, youtube, twitter, pinterest, google+
o    Forte présence médiatique : diffusion en direct du combat de l’échasse d’or sur Canal C,  relais de l’échasse d’or sur les chaines nationales, dans la presse locale…
-    En 2011, les festivités du 600ème anniversaire ont été l’occasion de focaliser l’attention du public, et des plus jeunes en particulier, sur la joute sur échasses.
o    La thématique des fêtes de Wallonie 2011 était « Namur, capitale mondiale de l’échasse ». À cette occasion les échasseurs ont invité des échassiers venus du monde entier. Une attention particulière a été accordée aux enfants au travers d’un spectacle qui leur a été réservé le vendredi des fêtes de Wallonie
o    Toujours pendant les fêtes de Wallonie, une exposition consacrée aux 6 siècles d’histoire des échasseurs a été visitées par près de 3000 Namurois. C’est un  record d’affluence pour l’espace Beffroi du centre-ville ou se tenait l’exposition. Cette exposition fut réalisée grâce à la collaboration de nombreuses forces vives namuroises (Ville de Namur, Archives de l’Etat à Namur, Archives photographiques namuroises, Société Archéologique, GAU Namur et bien d’autres)

Un travail historique sur le patrimoine matériel et immatériel du groupe a également été entamé ces dernières années.
À titre d’exemple, les 2 chansons à la gloire des échasseurs dont les paroles avaient été conservées ont été réenregistrées avec l’aide de chorales locales :
-    Chanson pour le carnaval (1764) : l’air qui avait été totalement perdu a été redécouvert grâce à un musicologue français
-    Allons Namurwès (1849) : cette chanson, fut composée pour accueillir le Roi à Namur en 1849 (on ignorait à ce moment les problèmes qui allaient survenir suite à cette visite).


e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

Les échasseurs actifs
Les échasseurs actifs se répartissent de 6 à 70 ans. Les plus jeunes font partie de la brigade junior. Les plus anciens défilent au sein des brigades mais ne participent plus aux joutes.

Les membres du groupe sont principalement des hommes habitant Namur et sa région ou qui y ont des attaches. Il n’est pas rare que des échasseurs ayant quitté la région pour des raisons familiales ou professionnelles reviennent régulièrement participer aux joutes. C’est pour eux un lien fort avec leur ville d’origine.

Les praticiens sont des hommes de 6 à 70 ans. 

Depuis 1411, seuls les hommes joutent. Les tables rondes organisées en 2016 avec la communauté ont cependant montré une demande de plus en plus marquée des femmes de pouvoir à leur tour jouter. 

Soucieuse de répondre à cet intérêt et de s’inscrire dans l’évolution de la société, l’association des jouteurs a décidé début 2018 d’ouvrir les entraînements aux femmes. Lorsque suffisamment de candidates jouteuses seront formées, une joute féminine sera organisée et la communauté, hommes et femmes, sera consultée afin de s’assurer de son adhésion.

Pour le reste, il n’y a pas de critères d’accès spécifiques pour devenir échasseur. Il n’existe aucune discrimination, que ce soit sur l’âge, la couleur de peau, la religion ou la préférence sexuelle. 

Parmi les membres actifs, la majorité montent en échasses mais celui qui ne peut ou ne veut le faire peut facilement s’intégrer dans un autre rôle (tambour, alfer, encadrement des jeunes). L’atmosphère au sein des échasseurs est marquée par un esprit festif et quelque peu bravache hérité des siècles précédents.

Les anciens

Beaucoup de namurois ont un jour participé aux joutes. Les nombreux « anciens » sont les garants de la tradition et de la mémoire. Les retrouvailles avec les anciens se font surtout à l’occasion des fêtes de Wallonie. Ils n’hésitent pas à cette occasion à conseiller ou sermonner les plus jeunes.

Les spectateurs, acteurs à part entière

Si le spectateur est plutôt un observateur passif de la joute lorsque les échasseurs se produisent hors de la ville, il n’en va pas de même lorsque les joutes ont lieu à Namur. C’est en particulier frappant lors du grand combat de l’échasse d’or. Les milliers de spectateurs présents sont de fervents passionnés. Ils prennent parti, commentent les phases de la joutes, interpellent ou encouragent les jouteurs. Cette attitude fait écho aux textes anciens, ou l’on voit des mères de famille invectiver avec véhémence des maris ou des fils en manque de courage.

Le fabricant d’échasse et les couturières

Le modèle de l’échasse namuroise est très spécifique et demande beaucoup plus de travail que pour une échasse classique. Aujourd’hui un seul ébéniste de la région produit ces échasses spécifiques. Les échasses étant fréquemment abimées, des commandes lui sont régulièrement faites.De la même façon, les costumes des jouteurs sont soumis à de fortes contraintes et sont régulièrement renouvelés par des couturières de la région. Celles-ci agissent soit à la demande de l’a.s.b.l., soit au sein du milieu familial.

Caractère emblématique

L’attachement des Namurois aux échasseurs s’exprime de différentes manières. Il est particulièrement visible au moment des fêtes de Wallonie. Durant ces fêtes le sentiment « namurois » est particulièrement fort et les échasseurs en incarnent un des plus importants symboles.

Le sommet populaire des fêtes de Wallonie

Si le combat du Carnaval était le temps fort de la joute sur échasse au XVIIème et XVIIIème c’est aujourd’hui dans le cadre des fêtes de Wallonie que la principale joute de l’année a lieu. Le combat de l’échasse d’or en est d’ailleurs la plus populaire des manifestations récurrentes. Il a traditionnellement lieu le dimanche des fêtes vers 16h sur la Place St Aubain et accueille entre 5000 et 6000 spectateurs (ce nombre est limité par l’espace disponible sur la place). Alors que l’on considère généralement les Namurois comme des gens réservés, ceux-ci sont particulièrement exaltés lors de ce grand combat.

Sondage sur l’importance des échasseurs dans l’identité namuroise

Au printemps 2016 un sondage a été réalisé par #Namur Inc. asbl. Parmi les personnes se sentant namuroises ou étant attachées à l’identité namuroise, 94,6% disent que les échasseurs font partie de ce sentiment. Aussi, lorsque l’on a demandé de citer 1 à 5 éléments les plus importants, les échasseurs ont été cités par 71,3% des personnes interrogées. Il s’agit à chaque fois du meilleur score, parmi plus d’une trentaine d’éléments du patrimoine culturel immatériel namurois. Cette étude a été menée auprès de 413 personnes et comporte une marge d’erreur estimée à 5%.

Les échasseurs dans l’imagerie namuroise

La force symbolique des joutes sur échasses pour les Namurois expliquent pourquoi elles sont aussi présentes dans l’art et l’artisanat : peintures, aquarelles, cartes postales, bière, statuette, littérature  … la symbolique des échasseurs (« Chacheus » en wallon) est présente un peu partout. Au moment des fêtes de Wallonie, de nombreux commerçants du Vieux-Namur décorent leur vitrine aux couleurs des brigades ou au moyen de vieilles échasses. Certains producteurs locaux utilisent aussi ce symbole pour leur produit, citons par exemple la brasserie de l’échasse fondée en 2014.Les publicitaires ont, également perçu la force de ce symbole. Plusieurs grandes marques l’on utilisé pour leurs campagnes. La campagne 2015 de Coca-Cola en est un bel exemple. Elle cherchait à utiliser des icônes locales (le doudou à Mons, le Manneken Pis à Bruxelles…) ; à Namur, les bouteilles de soda se mirent à monter en échasses. Bien entendu il faut être vigilent face aux excès d’une commercialisation à outrance; mais le fait qu’une marque internationale s’intéresse aux échasseurs a aussi pu être un gage de fierté pour les Namurois.

Les échasseurs dans le paysage urbain

Signe de l’attachement des Namurois, le centre de Namur est marqué de la présence des joutes sur échasses, fruit d’initiatives publiques comme privées :

-    Les échasseurs possèdent une rue à leur nom au centre de la ville

-    Sur la façade arrière de l’Hôtel de Ville de Namur, la Fresque des Wallons est un trompe l’œil de 330 m2 représentant près de 250 personnages ou références typiques de l’histoire ancienne et récente de la Wallonie. Les 2 plus grands personnages de cette fresque ne sont autres que 2 échasseurs en train de jouter

-    Une statue de plusieurs mètres représentant des échasseurs en train de jouter orne le square Arthur Masson, à l’extrémité du principal pont enjambant la Meuse. Dans la pratique, le square Arthur Masson est d’ailleurs maintenant appelé par la plupart des Namurois « rond-point des échasseurs ».

-    Les bâtiments récemment construits au Port du Bon-Dieu sont agrémentés de structures représentants des échasseurs

-    Le souterrain de la Gare possède également une fresque, réalisée par des jeunes en 2008, représentant des symboles de Namur, dont un échasseur

Reconnaissance

En 2011, les Échasseurs ont reçu 2 prix symboliques de l’attachement des Namurois :

-  La Gaillarde d’Argent : Cette récompense est depuis 1928 la distinction suprême décernée par le Comité Central de Wallonie à ceux qui ont vanté les mérites de la Wallonie.

- Namurois des Namurois : Les échasseurs ont été élus dans la catégorie « Culture » et ont également remporté le prix « toutes catégories » de Namurois des Namurois. Un prix attribué par les auditeurs de Vivacité, les lecteurs de La Meuse et ceux du Vlan.

f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).

La joute sur échasses de Namur se situe au croisement de deux pratiques qui dépassent largement le cadre belge :

-    La pratique, universelle, de l’échasse

-    Les compétitions entre quartiers, nées dans l’Europe médiévale

La pratique des échasses

La pratique des échasses est répandue dans le monde entier. Les échasses semblent être apparues à des époques différentes aux quatre coins du globe. Rien ne permet de démontrer une origine commune bien qu’on ne puisse l’exclure. Les plus anciennes traces archéologiques d’échasse remontent à -1500, en Chine.Vu leur caractère à la fois simple et utilitaire, il est fort probable que les échasses soient apparues localement en réponse à un besoin précis. Ce besoin peut fortement varier selon les endroits et les époques : se déplacer en milieu humide, paraître plus grand à des fins rituelles, être plus grand pour réaliser certaines tâches, proposer un spectacle … Cette multitude de besoins potentiels auxquels les échasses répondent permet d’ailleurs de comprendre la diversité des formes, des hauteurs et des pratiques.Au niveau belge, les joutes sur échasses de Namur sont la seule tradition pluriséculaire de l’échasse. On retrouve par contre plusieurs groupes folkloriques pratiquant l’échasse. Les échasseurs namurois entretiennent de bonnes relations avec ces groupes. Presque tous ont été invités à Namur ces 10 dernières années et nous avons rendu visite à plusieurs d’entre eux.Au niveau international, il existe, sur tous les continents, énormément de traditions authentiques et vivantes de l’échasse. Les plus connues et les mieux documentées sont :

-    La tradition française des échassiers landais, centrée sur la danse et la course;

-    Les différentes traditions chinoises, l’une plus théâtrale, l’autre basée sur les acrobaties;

-    La tradition africaine (Togo, Sénégal, …) ou l’on pratique des formes de danse à finalité rituelle;

-    Le Moko Jumbie, pratique caribéenne dérivée de la pratique africaine;

-    La pratique nord-américaine, symbolisée par le personnage de l’Oncle Sam;

-    La tradition espagnole des échassiers d’Anguiano qui pratiquent un mélange de danse et de figures acrobatiques.À ces traditions « historiques » se sont ajoutées ces 50 dernières années de nombreuses pratiques carnavalesques et urbaines (échasses pneumatiques).

À l‘occasion de leur 600ème anniversaire, les échasseurs namurois ont réuni à Namur un pannel très représentatif de ces différentes pratiques. À notre connaissance il s’agit du plus grand rassemblement jamais réalisé au monde sur les différentes pratiques de l’échasse :

-    Pratiques traditionnelles:   Association Kagbema (Togo),   Lous Gouyats de l’Adou (France),   Hong Yang Sports Association (Malaisie)

-    Pratiques théâtrales:   Bond Street Theatre (Etats-Unis),    Oryflammes-    Pratiques urbaines,  Compagnie Tac-o-Tac (France),    Les Wallabias (Belgique)

-    Pratiques folkloriques ou carnavalesques:    Echassiers de Merchtem,    Échasseurs de Fosses-la-Ville,    Les Zibistoukets.

Ce rassemblement a été l’occasion d’une belle fraternisation entre pratiquants. Malgré les nombreuses variétés des traditions de l’échasse, celle qui s’est développée à Namur ne ressemble à aucune autre. S’il existe, par exemple, énormément de variétés de danse sur échasses, la seule autre pratique traditionnelle de lutte sur échasses se retrouve en Polynésie où des combats individuels ont été décrits, ces combats prenant place lors de cérémonies rituelles.

Les compétitions entre quartiers

Les joutes sur échasses de Namur sont nées au début du XVème siècle et sont marquées par les réalités sociales du temps. On y retrouve en particulier une expression de la rivalité de l’époque entre quartiers de la Ville : aux bourgeois « historiques » de la Ville, vivant à l’intérieur de la troisième enceinte communale (les Mélans), s’opposent les « nouveaux bourgeois » de la Neuville vivant dans l’espace compris entre la troisième et la quatrième enceinte (les Avresses). Les combats actuels opposent toujours ces deux équipes, même si le lieu de résidence n’est plus un critère d’appartenance pour celles-ci.

Cette structuration par quartier n’est pas propre à Namur mais se retrouve dans d’autres authentiques traditions de la même époque, notamment  en Italie :

-    Le Palio de Sienne oppose 17 quartiers

-    Le calcio florentin oppose 4 quartiers de la ville

-    Le jeu du pont pisan met au prise les habitants des deux rives de l’Arno.

Son histoire, marquée par des interdictions pour trouble à l’ordre public semble d’ailleurs comparable à celle de la joute sur échasses.

Les joutes sur échasses de Namur, une fenêtre sur le monde

Les Echasseurs représentent très régulièrement leur ville, leur province, leur région et leur pays dans des manifestations à l’étranger. Ils en donnent une image positive et joyeuse. La simplicité des principes de la joute rend celle-ci totalement accessible à tout spectateur quelle que soit sa culture. La joute et plus généralement la pratique de l’échasse est alors le point de départ d’un dialogue entre peuples différents. L’ensemble de ces voyages a généré de nombreux contacts. Ils ont offerts aux jeunes namurois une fenêtre sur le monde et aux spectateurs étrangers une fenêtre sur la Belgique. A titre illustratif voici les principaux pays visités ces quinze dernières années : Chine, Seychelles, Mexique, Canada, Portugal, France, Italie, Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Hongrie.

Sur un plan plus national, les joutes sur échasses de Namur sont régulièrement représentées dans des manifestations aux quatre coins du pays et notamment en Flandre.

g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.

Aucun aspect des joutes sur échasses namuroises n’est contraire au droit de l’Homme.

Les joutes, bien que rudes, sont marquées par un grand sens du respect mutuel et de la camaraderie.Un bel exemple de cet esprit de respect mutuel est l’aide apportée par chaque jouteur lorsqu’un adversaire perd une de ses deux échasses. Plutôt que de profiter de la faiblesse temporaire de l’adversaire (qui rebondit sur son échasse restante en attendant qu’un spectateur lui rende celle qu’il a perdu), tout échasseur s’approche et permet à celui qui est en difficulté de s’accrocher à lui pour retrouver son équilibre.

Comme mentionné, il n’y a ni pour les participants, ni pour les spectateurs, aucune discrimination. Les joutes sur échasses ne mettant pas en valeur un fait patriotique, religieux ou clivant d’une quelconque manière, cette pratique peut être universellement appréciée.

h.    Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ? (dialogue intergénérationnel, multiculturel, développement durable, diversité et créativité humaine…).

La joute sur échasses est un évènement urbain marqué par une forte identité namuroise et contribuant à la cohésion sociale de la ville. Elle rassemble autour d’un symbole commun et très accessible des spectateurs d’origines culturelles et sociales différentes.

Il en va de même pour les jouteurs. Ceux-ci reflètent la diversité de la cité et offre un modèle, rare, de stricte égalité. On retrouve par exemple parmi les jouteurs actuels aussi bien un professeur d’université que des jeunes en décrochage scolaire.

Les codes, simples, de la joute la rende accessible à tous les âges. Un enfant peut comprendre ce qu’il voit et rêver au jouteur qu’il deviendra plus tard. Un grand-père peut revivre les émotions de sa jeunesse au travers de la joute à laquelle il assiste. Mieux, les différentes générations trouvent dans la joute un terrain commun, un héritage partagé.

Dans les familles d’échasseurs, la joute est au cœur d’une saga familiale. Les anciens racontent leurs exploits. Les jeunes les écoutent et cherchent à les imiter et à les dépasser.

Pour beaucoup de jeunes jouteurs, il s’agit également d’un des derniers liens à la langue wallonne. À Namur, celui qui joute sur échasse est un « chacheu » (le mot wallon à l’origine du régionalisme namurois « échasseur »). On fait un « boute-a-tot ». On monte « a chasses » ou sur « des bokèts d’bwès ». On « pite », on « rèpe », on donne « des coups d’pougne a stoumac ».

i.    Qu’est ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté ?

Cette reconnaissance a permis de mettre en valeur notre pratique, en particulier à l’étranger.

Depuis 2016, l’élément porte désormais le nom « Les joutes sur échasses de Namur » pour bien souligner que c’est la pratique qui fait partie du patrimoine culturel immatériel de Belgique et non les individus qui la perpétuent.

4. DOCUMENTATION ANNEXE

- Références bibliographiques :

Borgnet, J. (1856). Recherches sur les anciennes fêtes namuroises. Bruxelles

Courtoy, F. (1963). Une joute d’échasses à Namur en 1764. Namurcum, 35, 11-16

de Wasseige, J.C. (1991). Les échasseurs namurois au XVIII ème siècle. Tradition Wallonne, 8, 85-132

Gilon, F. (1999). L'étude des Échasseurs namurois en tant que groupe social. Namur : H.E.N.A.C

Larosse, L. (1985). Cortèges et combat des échasseur namurois en 1731. Le guetteur wallon, 4, 113-116

Marechal, L. (1924). Un jeu national de jadis : Les Échasseurs namurois. La Vie Wallonne, 4, 288-301

Maloy, R. (2008). Stiltwalking : a history and how to. Victoria : Mac Brothers Entertainment

Plompteux, M. (2010). Comment éveiller les enfants du primaire au groupe folklorique des Échasseurs namurois. Namur : HENAM

Ronvaux, M. (2014). Une Histoire du Namurois, t. 1. Namur : Martagon

Ronvaux, M. (2015). Une Histoire du Namurois, t. 2. Namur : Martagon

Rousseau, F. (1971). Légendes et Coutumes du pays de Namur, 2ème édition. Bruxelles : Ministère de la Culture Française. Commission Royale Belge de Folklore (section wallonne)

Willemart, J. (1980), Echasse landaise et échasse namuroise : particularités techniques. Le Guetteur Wallon, 8-17

Willemart, J. (2002). Les combats d’échasses à Namur, entre tradition et modernité. Bruxelles : Luc Pire

- Autres documents : copie d’études, site internet, autres :

-    Site internet : www.echasseurs.org

-    De nombreux documents originaux emblématiques de l’histoire des joutes sur échasses à Namur sont conservés aux Archives de l’Etat à Namur. Citons par exemple :
o    L’interdit de 8 décembre 1411
o    Un grand nombre de factures des registres de la Ville concernant l’achat d’équipement et de bière pour les échasseurs
o    Un grand nombre d’interdits, dont ceux du XVIIIème siècle.
o    Plusieurs relations de combat, dont celle du combat pour le Tsar Pierre le Grand
o    La lettre envoyée par les bourgeois de la ville pour demander l’autorisation de donner un combat au Premier Consul Napoléon Bonaparte
-    Deux peintures du XVIIIème sont conservées au Musée des Arts Décoratifs de Namur et appartiennent à la Société Archéologique de Namur
o    Fête au marché St Rémy
o    Combat d’échasses à Namur
-    Une échasse du XVIIème siècle et un étendard de brigade sont conservés par la Société Archéologique de Namur