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La Royale Moncrabeau de Namur

N° de référence du dossier : Reconnaissance n° 11
Reconnu depuis le 12 mai 2004 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel

Inventaire mis à jour le 1er février 2018

 



1. ASPECTS PRATIQUES



a. Nom de l’élément :
La Royale Moncrabeau de Namur

b. Localisation géographique : Namur

c. Communauté concernée (groupes ou individus) :

Les membres de la société

Les personnes participant aux concours


d. Société ou groupe responsable : Société royale Moncrabeau

e. Personne(s) de contact :

Secrétaire
Dominique LIÉGEOIS
Bois du Curé 10
5100 WÉPION
0475 321 083

Public-Relation
Christophe DUBOIS
Rue d’Émines 16A
5080 RHISNES
0473 671 076


2. HISTORIQUE 

Namur a une longue tradition de la « menterie ».
Successivement depuis 1783, le « Cercle des Canaris », le « Cercle des Minteûs » et « Li Cabinet des Mintes » avaient regroupés de bons vivants, hâbleurs et raconteurs de « craques ». Ils se réunissaient dans le but de se transmettre les nouvelles (pas de journaux, ni médias publics à l’époque), mais souvent déformées de manière humoristique. L’envie de mettre en évidence, à la manière de Tartarin de Tarascon, ses propres exploits ou se moquer gentiment des déconvenues de l’autre était bien présente dans ces rendez-vous populaires.
Les journées se terminaient par de traditionnels jeux de société ou jeux de cartes lors desquels de petites sommes d’argent étaient mises en jeu.
Déjà alors, les notables avaient pour habitude, sur le chemin du retour, de faire l’aumône aux nécessiteux en distribuant les quelques sous qu’ils avaient pu gagner en tapant la carte.

Fondée sous l’appellation « Société MONCRABEAU » le 27 septembre 1843 à NAMUR, cette société à vocation philanthropique a alors pris la forme d’un orchestre mirlitophile (l’instrument était le mirliton) sous l’égide du musicien Nicolas BOSRET. 
Le groupe choisit comme titre le nom de Moncrabeau, petit village du Lot et Garonne où l'on distribuait des diplômes de menteurs.
Ils décident de fixer leur nombre à 40, tout simplement comme à l'Académie française, et prennent le nom de Molons.
En wallon namurois, le Molon est le mot qui désigne la larve du hanneton.  Le hanneton, petit insecte, est connu pour ses déplacements « contrariés » et en wallon namurois, son nom est « baloûje » et partant, le nom utilisé pour désigner une personne un tantinet « fada »…   Par autodérision, ce nom de « Molon » fut choisi.

Dès 1843, il fut décidé que la Société Moncrabeau, dont la devise serait « Plaisir et Charité », perpétuerait la menterie (art oratoire) et la philanthropie en venant en aide aux pauvres honteux (ceux qui ne demandent rien, mais dont on sait qu’ils ont des besoins bien réels).
Les fondateurs étaient COLSON, LAGRANGE, SUARS, WEROTTE et Nicolas BOSRET, musicien aveugle qui offrira à l’orchestre ses plus belles chansons. En 1856, sa chanson « Li Bia Bouquet » deviendra d’ailleurs l’hymne officiel des namurois.

La Société s’est jumelée officiellement en 1946 à la société « Académie des Menteurs » de Moncrabeau, et tous les deux ans, une fois en France, une fois à Namur, les membres des deux sociétés se retrouvent pour fêter ce mariage.
En 2013, elle s’est jumelée officiellement à la Confrérie des Menteurs du Québec.

En 2017, la Ville de Namur a inauguré une statue à la Gloire du Molon.


3. SITUATION ACTUELLE

a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).

La Société Moncrabeau est une société philanthropique, musicale et chantante. C'est la plus ancienne société folklorique wallonne. Elle est membre de la Fédération des Groupes Folkloriques Wallons et de la Société Royale Musicale de Namur.

La Société réunit tous les lundis son conseil d’administration et ses membres pour une répétition des chants folkloriques wallons.

Le concours annuel de « menteries » et depuis 2010 le « challenge Daniel L’Hoir » (concours réservé aux juniors de 8 à 14 ans) sont deux rendez-vous incontournables où l’art oratoire est mis à l’honneur à travers ces deux joutes verbales. 
Le concours annuel de menteries doit porter répondre à quelques critères :

  • La menterie est une histoire « incroyable », qui aura été inventée, en tout ou en partie et qui sera racontée sous forme d’un récit authentique, si possible humoristique. Le contenu doit être crédible et cohérent et peut faire référence à un fait d’actualité.
  • Il ne peut en aucun cas s’agir d’une succession de blagues ou jeux de mots. Les termes utilisés seront compréhensibles pour tous.
  • La menterie peut être présentée en français ou en wallon.
  • La menterie sera connue de mémoire par le participant, qui ne pourra recourir à la lecture qu’en cas de difficulté passagère.
  • La candidate / le candidat peut se mettre en scène dans sa menterie, être costumé ou grimé, s’aider d’accessoires, mais elle / il devra la raconter, assis(e) sur le siège du menteur.
  • L’interaction avec le public pourra avoir lieu, sans que cela ne devienne un dialogue.
  • La menterie ne pourra porter atteinte à quiconque ni contenir de message à caractère politique ou religieux. Les propos grivois, choquants ou xénophobes seront exclus.


Un jury est constitué pour l’occasion, présidé par le Président en exercice de la Société. 
Chaque membre du jury est doté de fèves de haricots qu’il attribue en fonction de son évaluation personnelle, à chaque candidat.  Il élit de la sorte une Princesse-Présidente ou un Prince-Président des menteurs.
Nombreux sont les namurois qui assistent au concours. Ils peuvent également voter pour leur coup de cœur. La presse locale relaye cet événement et délivre le palmarès.

L’orchestre de cette société est cocasse. Il est principalement mirlitophile (jouant du mirliton) et se présente sur un char étagé. Chaque Molon dissimule son mirliton dans un objet le plus inattendu. La grosse caisse est un tonneau. Au cours du temps, différents instruments sont venus renforcer les chanteurs (trompette, clarinette, saxophone).

Chaque année, la tradition veut que « li sope aus kèwis » (soupe à queue de bœuf, un plat de « pauvres ») soit mangée.

Depuis la création de la Société, le Molon ne s’est jamais séparé de sa chirlike (tirelire), qu’il tend à chacun dans le but de réunir l’argent qui sera alors remis aux nécessiteux.
La Société a tenu des concerts et s’est réunie pour faire l’aumône.  A l’heure actuelle encore, les fonds recueillis sont reversés aux nécessiteux selon les critères définis par le conseil d’administration.

Le costume porté par les membres, créé par un artiste peintre local, marie les couleurs noires, jaunes et rouges aux couleurs françaises, le bleu, le blanc, le rouge.
Le costume est comparable, (sauf le chapeau) à celui des soldats gascons appelés « mousquetaires ».  Il s’agit d’un pantalon de cavalier noir, rehaussé de deux losanges dorés sur le devant de la cuisse, de guêtres en cuir rouge ornées de motifs dorés. Sur la chasuble noire portée au-dessus d’une chemise blanche figure le blason de la Société. Ce blason est composé de quatre pictogrammes représentant le « plaisir » : Le verre de vin et la tabatière, le jeu de cartes et la lire du musicien mais aussi la « charité » en présentant une « chirlike » sur laquelle est écrit « Po lès pôves » (Pour les pauvres).
Une collerette blanche est portée autour du cou tandis qu’une cape bleue vient couvrir le tout. Le chapeau en forme de cône tronqué, rappelle celui de l’enchanteur Merlin. 

b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.

Les traditions et expressions orales, y compris la langue
Les pratiques sociales, rituels et événements festifs

c.    L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?

 

Par la mise en œuvre de ses deux concours annuels, la Société perpétue l’art oratoire de la menterie, en offrant la possibilité à tout un chacun de s’essayer à la joute verbale.  Pour les deux concours, l’utilisation de la langue française ou du wallon est laissée à l’appréciation du candidat. Cela permet aux plus jeunes de découvrir cet idiome et le véhiculer.
Le concours réservé aux juniors « Challenge d’éloquence Daniel L’Hoir » permet d’amener les plus jeunes à découvrir ce folklore. 
De plus, deux responsables « Culture et Jeunesse » qui, au gré des demandes, ouvrent les portes du local et y accueillent des classes d’enfants du niveau primaire. Les enfants reçoivent des explications sur ce que la Société effectue au jour le jour dans le domaine du folklore et de la philanthropie. Cette activité suscite les vocations et très souvent, des enfants participent en groupe au concours « junior ».

La Société peut recruter ses 40 membres en tout temps. Le candidat sera parrainé par au moins deux membres et guidé durant 6 mois avant d’être admis, (par vote à main levée) au sein de la société lors d’une réunion hebdomadaire. Il devient alors candidat-Molon. Lors du concours de menteries qui suivra cet accueil, il présentera sa menterie (examen de passage) et sera adoubé par les Molons s’il a bien menti.

Le Molon, une fois admis dans la confrérie, est tenu à un code d’honneur. Il peut mentir à tout le monde, sauf à sa femme et à sa belle-mère…  Cela lui est rappelé sur le diplôme officiel qu’il se voit remettre.

Par sa présence dans les grands événements de la vie namuroise (fêtes de Wallonie, Commémorations, concerts…), la Société contribue à véhiculer les chants et musique namurois.


d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.


La Société comporte peu de jeunes et la transmission risque de poser problème un jour.

Elle a également peu de recettes qui reposent sur les cotisations des membres principalement et l’organisation en interne de différentes soirées ou rassemblements destinés à alimenter la caisse de la Société. Elle reçoit aussi des subsides de la fédération des Groupes folkloriques wallons et de la Fédération des Groupes folkloriques – Province de Namur. Ces subsides sont toutefois insuffisants pour la faire fonctionner.  

La sauvegarde de la Société est assurée par le bénévolat de ses membres qui donnent souvent de leur temps sans compter. 
L’accueil de musiciens est également un problème car la Société ne peut les rémunérer. 
Il n’est pas toujours facile d’intéresser les jeunes dans leurs activités et dans la musique.

e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

Pour devenir membre de la Société, il est exigé que le candidat ait 18 ans et produise un certificat de « bonnes vie et moeurs ». Cette condition est inscrite dans les statuts dès lors que chaque Molon est invité à collecter pour les pauvres et qu’il entre donc en possession d’argent qu’il se doit de remettre intégralement à la Société.
Le candidat Molon est invité à adresser ses motivations par écrit et à désigner, parmi les membres actifs, deux parrains chargés de le guider. Après 6 mois, et jugeant sa capacité à être Molon sur son comportement, sa tenue de Molon, sa participation aux activités, les Molons votent à main levée, à l’occasion d’une réunion hebdomadaire, sur la candidature. S’il est admis, le candidat devra passer son examen en participant, hors concours, à la récitation d’une menterie à l’occasion du concours qui suit ce vote.  Il y reçoit alors officiellement son diplôme de membre de la Société.
Etre Molon est proche du sacerdoce, dès lors qu’il va être encouragé à collecter pour les nécessiteux.

f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).

Le concours de menterie est similaire à celui de MONCRABEAU (France), de MONTREAL (Grande Menterie EN Nouvelle France) et de LE PIASTRE (Italie) avec lesquels la Société a des contacts. 

La Société s’exporte également ponctuellement dans le Nord de la France. En 2010 à Dubai, elle était présente pour les quarante ans des Etats Arabes Unis, et en 2013 en Hongrie, elle a porté haut les couleurs belges.



g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.


La Société qui se veut philanthropique et qui dès lors jongle avec de l’argent, exige de ses membres un certificat de bonne vie et mœurs, titre garant de la probité du membre.
Un conseil d’administration et des statuts stricts garantissent la saine gestion de la Société. 
Dans les règles du concours de menterie, il est clairement stipulé que le texte qui sera récité par le concurrent ne pourra porter atteinte à autrui et ne sera pas empreint de haine. Il ne peut porter atteinte au « politique » et au « religieux ».


h.    Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ?


- Dialogue intergénérationnel

La  Société ouvre ses portes fréquemment aux écoles de namurois pour présenter les aspects folklorique et philanthropique. Les jeunes enfants apprennent de la sorte ce que sont les 40 Molons namurois et les buts qu’ils poursuivent.

- Dialogue multiculturel

La Société est ouverte à tous. Des personnes de toutes origines peuvent devenir molon.

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.)


C’est dans le domaine social, aspect trop peu connu du grand public que la Société contribue à entretenir la solidarité, par l’aide qu’elle apport a nécessiteux. A titre d’exemple, plus de 11.000 euros ont été versés dans le cadre des œuvres philanthropiques de la Société en 2017.
Chaque année, un concert est organisé dans au moins deux maisons de retraite ou maisons de quartier.  Les Molons y offrent alors la tarte aux spectateurs qu’ils vont rencontrer et donnent un concert gratuit visant à améliorer le quotidien de ces personnes.

- Diversité et créativité humaine


Par la tenue annuelle de ses deux concours distincts (seniors et juniors), elle permet à chacun de tenter l’aventure en participant à un concours d’éloquence (menteries)

i.    Qu’est-ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?


•    Cette reconnaissance a placé la Société Royale MONCRABEAU parmi des groupes et manifestations dont la renommée dépasse les frontières et fait le renom de la Wallonie et de Bruxelles. A ce titre, son nom parait dans des ouvrages.  
•    La fierté d’être reconnu au patrimoine de la Fédération Wallonie-Bruxelles


4. DOCUMENTATION ANNEXE



- Références bibliographiques :

Anthologie des Poètes Wallons Namurois de Lucien et Paul MARCHAL (1930) Ed « Rèlis namurwès ». Un chapitre est consacré aux auteurs moncrabeauciens.

- Autres documents : copie d’études, site internet, autres :

www.royalemoncrabeau.be