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La Ducasse d'Ath

N° de référence du dossier : Reconnaissance n°13
Reconnu depuis le 12 mai 2004 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel
Inventaire mis à jour le 21 février 2017


1. ASPECTS PRATIQUES



a. Nom de l’élément :
La ducasse d’Ath


 b. Localisation géographique : Ath, en province du Hainaut


c. Communauté concernée (groupes ou individus) : l’ensemble de la population locale. L’organisation est assurée par les services communaux, avec la collaboration de la Maison des Géants et de l’association Rénovation du cortège. Les participants sont organisés en différentes associations de fait : groupe de porteurs, figurants d’un char ou d’un groupe pédestre, les fanfares,…


d. Société ou groupe responsable : Administration communale  avec la collaboration de la Maison des Géants et de l’association Rénovation du cortège


 e. Personne(s) de contact :
Laurent Dubuisson et Jean-Pierre Ducastelle,
 Maison des géants, rue de Pintamont, 7800 Ath
www.maisondesgeants.be

maison.des.geants(at)ath.be

Tél. +32 68 26 51 70



2. HISTORIQUE 


La ducasse d’Ath est connue depuis la fin du XIVe siècle. La procession sort chaque année à l’occasion de la fête de saint Julien, protecteur de la paroisse (28 août ou le dimanche précédent). Les années de guerre (par exemple au XVIIe siècle) ont parfois interrompu le défilé. La fête est supprimée de 1794 à 1804 (période française) et pendant les deux guerres mondiales du XXe siècle. La procession est devenue un cortège laïque en 1819.



3. SITUATION ACTUELLE


a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).

La fête s’étend principalement du vendredi soir au lundi mais se prolonge jusqu’au 8 septembre. La samedi est marqué par les vêpres et le combat de David contre Goliath. A partir de 14h55, un rituel bien réglé se déroule au départ de l’hôtel-de-ville : salut au drapeau, marche processionnelle des géants, danse traditionnelle du couple Goliath, vêpres Gouyasse célébrés en l’église Saint-Julien,… Vers 17h30 se déroule le combat de David contre Goliath. Dans une première partie, un enfant, représentant David, dialogue avec le géant, à qui un porteur prête sa voix. Ce texte, qu’on appelle le Bonimée, trouve ses origines à la fin du XVIe siècle. Ensuite, le garçon va lancer une balle en direction du géant. Il doit atteindre la fenêtre du porteur, à savoir l’orifice situé dans le panier du géant, grâce auquel le porteur peut s’orienter. En cas de succès, Goliath et son épouse exécutent une nouvelle leur danse traditionnelle ; si l’enfant échoue, les géants quittent immédiatement l’aire du combat.
Le cortège défile deux fois, le matin et l’après-midi. Les géants s’animent au son des fanfares : Goliath, Madame Goliath, Samson, l’Aigle, Ambiorix, Mademoiselle Victoire, le Cheval Bayard. Saint Christophe, venu du village de Flobecq, marche sur échasses. Des figures traditionnelles accompagnent les géants : les deux chevaux-Diricq, les deux Hommes de Feuilles (sauvages) et le diable Magnon. Des chars, introduits au XIXe siècle, participent au défilé ; le char de la Ville, les Pêcheurs Napolitains, Albert et Isabelle, la Navigation au XVIe siècle, les Etats Généraux, l’Agriculture, l’Horticulture. Des groupes costumés représentent les Bleus (escorte militaire, ancienne confrérie des Canonniers-arquebusiers), les Hallebardiers, les Hommes d’armes du XVIe siècle, les Pompiers communaux, le Canon du Mont-Sarah (Révolution belge de 1830), les 19 communes et les 5 cantons. Le Conseil communal défile dans des calèches. Si le départ du cortège est fixé à 9h30, les préparatifs ont débuté dès 3 heures du matin dans les entrepôts communaux. Tôt le matin, un groupe composé de plusieurs pompiers communaux parcourt les rues de la ville au rythme des tambours ; il réveille la population et annonce le début de la fête. A partir de 8 heures, les participants se réunissent, parfois pour prendre le petit-déjeuner ensemble. Les figurants qui vont prendre place sur les chars allégoriques ou constituer les groupes pédestres vont revêtir leurs costumes. Le cortège parcourt la ville à deux reprises. Le matin, le départ se fait devant l’église Saint-Julien. Les autorités communales accueillent les groupes les uns après les autres, afin de mettre à l’honneur les participants. Le cortège emprunte un itinéraire traditionnel utilisé depuis le moyen âge. L’après-midi, le cortège revient en sens inverse. En fin de journée, une ferveur toute particulière règne le long du dernier tronçon, qui conduit les groupes de la Grand’Place à l’église Saint-Julien. Les acteurs redoublent d’énergie pour clôturer le cortège sous les encouragements du public. Il en résulte une atmosphère incomparable de communion qui donne à la fête un caractère surprenant. On chante, on rit, on pleure. Les plus passionnés escortent les géants jusqu’à leur entrepôt.


b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.

Les traditions et expressions orales, y compris la langue.
Les pratiques sociales, rituels et événements festifs


c.    L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission
?

Il vit toujours très bien. Il est organisé par l’Administration communale, aidée par l’association, Rénovation du Cortège. Celle-ci est constituée par des bénévoles issues de toutes les composantes de la population athoise. Fondée au début des années 1970, elle rassemblait au départ des représentants des mouvements de jeunesse. Actuellement, l’association comprend une cinquantaine de membres actifs, qui figurent dans le cortège de la fête. Toute personne désireuse de s’investir dans l’organisation des festivités peut introduire une candidature pour devenir membre de Rénovation du cortège. Un comité exécutif est élu pour un mandat de deux années. La Maison des Géants, centre d’interprétation, contribue à informer et à replacer la ducasse dans son contexte général.


d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.


L’élément n’est pas menacé de disparition. Il suscite un enthousiasme grandissant dans la population qui est très attachée à la manifestation. Depuis le début des années 1980, on constate un intérêt grandissant de la population pour sa fête ; la participation des Athois est importante et il n’y aucun risque au niveau de la figuration. L’augmentation du public, estimé ces dernières années à 50 000 personnes, impose de faire évoluer le dispositif d’organisation. Les réflexions menées au sein de la Maison des Géants ont permis jusqu’à aujourd’hui d’éviter les écueils liés à une exploitation touristique non maîtrisée. De manière générale, il faut souligner que la ducasse d’Ath s’adapte sans difficulté aux évolutions de la société contemporaine.


e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

La figuration (300 personnes) est assurée par des habitants de la région, de même que les musiciens qui se recrutent au niveau local. Il convient de mettre en évidence le travail des porteurs de géants qui assument cette tâche parfois depuis plusieurs générations. Chaque géant est animé par une dizaine d’hommes et le Cheval Bayard dispose de deux équipes de 16 hommes. Tous les géants dansent. L’organisation de la figuration est assurée par Rénovation du Cortège. Le matériel est entretenu par la Ville d’Ath sous le contrôle de la Maison des Géants qui veille à conserver et à restaurer les différents éléments. La fête est vécue par la population qui accompagne les diverses manifestations. Les Athois s’identifient à leurs géants et la fête contribue à la renommée de la cité.


f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).


La ducasse influence la vie festive régionale. Ainsi de nombreux géants sont créés dans toute la région à l’imitation des figures athoises. Elle fait partie de la culture populaire régionale, hennuyère et  wallonne, nationale et européenne. Des géants et des dragons animent des fêtes semblables dans tout le nord-ouest de l’Europe mais aussi dans la Péninsule Ibérique, l’Italie, le sud de la France et l’Autriche. Ces manifestations sont étudiées et présentées à la Maison des Géants.

g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.


L’élément respecte les droits de l’Homme parce qu’il rassemble l’ensemble de la population, les hommes comme les femmes. Chaque Athois trouve sa place dans le cadre de la fête. Celle-ci contribue à l’intégration des nouveaux habitants. Elle ne suscite aucune violence et se déroule dans une atmosphère conviviale.


h.    Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ?

- Dialogue intergénérationnel
La fête se transmet de génération en génération au sein des familles. Dans les groupes de porteurs, dans les fanfares ou au sein de l’association Rénovation du cortège, on constate à la fois une implication des familles (avec une transmission intergénérationnelle de certaines tâches ou rôles) et une ouverture à de nouveaux intervenants. L’enseignement, les associations culturelles et la Maison des Géants contribuent à l’information des nouvelles générations.


- Dialogue multiculturel
La fête favorise le dialogue des cultures parce qu’elle intègre des apports d’origines diverses et de différentes époques. Le contenu des représentations fait partie de l’histoire culturelle européenne.


- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.)
Les anciens matériaux sont conservés en respectant l’ancien cadre de vie et en adoptant des comportements festifs traditionnels.


- Diversité et créativité humaine
La diversité est entretenue parce que la fête est riche de divers apports de la culture populaire traditionnelle. Si la ducasse d’Ath repose sur des rituels et des éléments traditionnels, il n’y a pas de sclérose de la fête. Ainsi, ces dernières décennies ont vu apparaître de nouveaux groupes (groupe du Canon, groupe des 19 communes) ou de nouveaux rituels (brûlage des marronnes, sonnerie de la cloche,…). Les participants mettent un soin particulier à apporter des éléments neufs, notamment en ce qui concerne les musiques et les danses qui animent les géants. Un travail important est également mené au niveau de la garde-robe des participants, dans un souci de recherche de la qualité et de l’authenticité.


i.    Qu’est-ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?

Elle a permis de mieux faire connaître la ducasse sur le plan local, régional, national et international. Elle confirme pour les responsables, la nécessité d’entretenir et de conserver tous les éléments qui font partie de ce patrimoine dans ses aspects matériels et immatériels.

4. DOCUMENTATION ANNEXE


- Références bibliographiques :
Jean-Pierre DUCASTELLE  et Laurent DUBUISSON, La ducasse d’Ath. Passé et Présent, Ath, Maison des Géants, 2014, 168p.
L’ouvrage contient une bibliographie et une liste des documents audio-visuels publiés sur la ducasse

- Autres documents : copie d’études, site internet, autres : http://www.ath.be/loisirs/folklore/ducasse-dath