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Le Meyboom de Bruxelles


N° de référence du dossier : Reconnaissance n°14
Dossier examiné le 13 février 2003 par les Conseils supérieurs des Arts et Traditions populaires et du Folklore et d’Ethnologie     
Reconnu depuis le 10 novembre 2005 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel
Inventaire mis à jour le 7 novembre 2016



1. ASPECTS PRATIQUES


a. Nom de l’élément : Le Meyboom


 b. Localisation géographique : Bruxelles

c. Communauté concernée (groupes ou individus) :
Le Meyboom est organisé par l’asbl « Les Compagnons de Saint-Laurent ».
D’autres groupes participent également à l’organisation : Poepedroegers, Buumedroegers, Gardevils, Fanfare du Meyboom, les charrettes et les stewards.


d. Société ou groupe responsable :
ASBL Les Compagnons de Saint-Laurent, 18/20 Rue Roger Van der Weyden, 1000 Bruxelles


 e. Personne(s) de contact :
Jean-Louis Gekiere, Président
jean.louis.gekiere(at)telenet.be

0475/223050
 
2. HISTORIQUE  


Selon l’actuelle Confrérie des Compagnons de Saint-Laurent, dont l’origine remonte à 1308, la Plantation du Meyboom (arbre de joie), daterait de 1213, année où Bruxelles ”remporte la victoire sur Louvain.
À cette époque, les bourgeois de Bruxelles fréquentaient volontiers des guinguettes, nommées jadis  «granges» et situées au nord de la ville, au-delà des remparts, à l’endroit dit «Marais aux Cygnes» (emplacement du quartier actuel = rue du Marais).
Le fisc communal qui percevait de lourdes taxes sur la bière dans les établissements de la ville, n’avait aucun droit de taxer hors des murs la boisson favorite des Bruxellois. Le Lambic se débitait donc à prix doux aux Granges du Marais.
Des Louvanistes, en querelle avec les Bruxellois à propos des taxes sur la bière, se présentèrent en force dans le quartier une après-midi de 1213 et attaquèrent à l’improviste la grange dénommée «Het Cattenhuys» où une noce bruxelloise festoyait.
Tandis que les convives se retranchaient dans l’établissement où se trouvaient les Compagnons de Saint-Laurent, ces derniers se présentèrent les premiers au secours des assiégés et les Louvanistes furent, dit-on caressés vigoureusement.
En récompense du coup d’éclat, le Duc Jean de Brabant fit octroi à la Guilde de Saint-Laurent d’un statut corporatif. Jean III, en plein accord avec les échevins de Bruxelles, décida de fusionner la guilde du Marais aux Cygnes avec le Serment des Arbalétriers:
” Les membres de la Guilde de Saint-Laurent entrent de plein droit dans le Serment en qualité de Sociétaires de la Corporation Civile et, à ce titre, le droit de planter le Meyboom leur est confié”.
On décida de procéder à la plantation le 9 août, la veille de la fête de Laurent, le Saint Patron. Mais c’est en 1308 seulement qu’ils exercent leur privilège pour la première fois.
L’histoire jetant un clin d’œil au Folklore, raconte que la plantation doit être réalisée avant 17 heures sous peine de voir passer le privilège aux mains des Louvanistes.
Depuis 7 siècles, chaque année, la tradition de la plantation du Meyboom est respectée : l’arbre du Meyboom est planté à l’angle des rues des Sables et du Marais avant 17 heures.
En 1831, les circonstances étant difficiles et l’argent rare, les hommes hésitèrent de continuer à organiser la plantation. Mais finalement, ce sont les courageuses femmes du quartier qui prirent le relais.
Le 9 août 1939, vers trois heures et demie, le Meyboom faillit bien passer à Louvain. En effet, les Louvanistes, traditionnellement en désaccord avec les Bruxellois, avaient organisé l’enlèvement de l’arbre, profitant de ce que les Basfonistes s’égayaient dans les estaminets, quelques Louvanistes transportèrent le précieux chargement dans un autre camion et disparurent. Les Bruxellois, furieux et désemparés, contactèrent aussitôt la gendarmerie et les voleurs furent arrêtés à l’entrée de Louvain. Sur ces entrefaites, les Basfonistes abattirent un autre arbre et le plantèrent avant 17 heures à l’endroit prévu: l’honneur et le privilège étaient saufs.
Pendant les années d’occupation (1914-1918 et 1940-1944), la cérémonie ne fut jamais interrompue bien qu’aucun cortège ne fut organisé. L’après-midi du 9 août, avant le coup de 17 heures, quelques fidèles gardiens du privilège plantaient un arbuste, voire parfois un buisson, ou même une simple plante, à l’angle des deux rues.
Ainsi depuis 708 ans, la tradition de la plantation du Meyboom a toujours été respectée, au grand dam des Louvanistes.


3. SITUATION ACTUELLE

a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).


Le Meyboom se déroule le 9 août de chaque année.
La journée commence par l’abattage d’un arbre au matin dans le Bois de la Cambre. Cet arbre doit, selon la tradition, peser au moins 600 kg, mesurer entre 12 et 13 mètres et être feuillu.
En parallèle, un hommage aux enfants du quartier morts pour la patrie et des compagnons disparus a lieu au Monument aux morts de la rue Saint-Laurent.  
Le cortège composé des Compagnons, des 9 Géants, de la Fanfare et des autres groupes se forme à 14h00 sur le lieu de la plantation et rejoint la Grand-Place de Bruxelles aux environs de 14h30. Les groupes défilent devant les autorités communales et régionales.  Le cortège rejoint ensuite le lieu de la plantation qui a lieu avant 17 heures.
C’est l'asbl « Les Compagnons de Saint-Laurent » qui organise cette journée.  

b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.

Les pratiques sociales, rituels et événements festifs

c.    L’élément est-il toujours bien vivace ? Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?

Le renouvellement des Compagnons de Saint-Laurent se fait dans la plupart des cas de père en fils, d'oncle en neveu, amis proches à d'autres, etc. Les nouveaux candidats Compagnons se doivent d'adresser une demande de candidature qui est examinée par le comité des Compagnons. Les nouveaux Compagnons effectuent un stage de 3 ans, généralement satisfaisant. Il n'y a aucune exclusive et toutes les demandes sont examinées.
Un engouement pour défendre ce qu’il reste des traditions Bruxelloises est perceptible auprès de la population et des demandes d’adhésion en suffisance.


d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.


Il n'y a aujourd'hui pas de menaces pesant sur le Meyboom. Il s’agit d’une tradition folklorique qui se maintient depuis des siècles.
Le nombre de membres des Compagnons et autres groupes reste stable.

e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

L'asbl « Les Compagnons de Saint-Laurent » est reconnue par les autorités communales en tant qu'organisateur du Meyboom. Les Compagnons sont les descendants des Arbalétriers qui corrigèrent les Louvanistes lors de la bataille du Catenhuys.

Les Compagnons sont accompagnés par différents groupes :
- les Büûmdroegers qui sont les porteurs de l’arbre. Il s’agit des personnes qui vont chercher l’arbre dans la forêt. Ils sillonnent alors les communes de Schaerbeek, Saint-Josse ten Noode, Bruxelles, et rejoint peu avant 16h30 le quartier en contrebas des anciens Basfonds. Ils procèdent alors à la plantation, peu avant l'heure fatidique de 17h00.
- les Gardevils sont les personnes qui, tout au long du cortège vérifient la bonne conduite du public, protège les membres des différents groupes, mais aussi l’Arbre lors de la descente de la rue des Sables.
- les Poepedroegers accompagnent les 9 géants. Revêtus de leurs habits blancs, ils dansent avec leurs géants le long du cortège de la plantation du Meyboom.

Les cortèges sont également accompagnés par une Fanfare, un Garde champêtre (représentant de l’ancienne police), des groupes s’occupant de la Roue de la Fortune et des charrettes et des stewards.


f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).

Les géants sont régulièrement conviés à des cortèges festifs que ce soit en Belgique sur l’ensemble du territoire ou à l’étranger. Par exemple : Grand rassemblement des géants européens à Lille-France en 1999, Petit Enghien en 2009, Bois de Lessine en 2010, Bergen op zoom au Pays-Bas en 2012, Cantin en France en 2013, Berck-sur-mer en France en 2014.
Les Compagnons de Saint-Laurent ont également organisé une parade des géants internationaux à Bruxelles en 2008, 2009 et 2010.


g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.

Les femmes sont admises en nos différents groupes, il n’y a pas de critères d’exclusions basés sur la religion, l’appartenance ethnique, ni les genres.
Les Compagnons de Saint-Laurent respectent la loi Belge et les divers règlements régionaux.

h.    Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ?

- Dialogue intergénérationnel

La tradition se transmet dans la plupart des cas de famille en famille. Un dialogue intergénérationnel est donc bien présent.
Les enfants participent au cortège. Un géant est même porté par un groupe d’enfants.

- Dialogue multiculturel

Les participants ont différentes origines : Belgique, France, Hongrie, Albanie, Congo, Perou, Colombie, Espagne, Corée, etc.

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.)

Un arbre est coupé chaque année mais il est composté après la « plantation ». Le Meyboom participe également à l'économie inclusive du quartier.

- Diversité et créativité humaine
        
Chaque groupe porte des costumes spécifiques.
Les neuf géants ont des déguisements liés à la tradition :
- Jan : Habillé en costume du dix-huitième siècle avec perruque et catogan, il rappelle l'ancien Jan de la Ville de Bruxelles ;
- Mieke : Habillée de rouge et jaune avec tablier bleu, est à l'image du dernier costume de la géante Mieke de la Ville de Bruxelles ;
- Bompa : il est habillé d'un sarrau bleu, d'une casquette et d'un mouchoir rouge à pois blancs. Il rappelle la présence du grand-père dans la famille ;
- Boma : elle est habillée d'une robe bleue, d'une collerette de gaze noire et porte un chapeau noir avec noeud rouge. Un tablier complète le tout. Elle rappelle la présence de la grand-mère ;
- Rooske : Habillée de rouge, créée au début des années 1950, elle serait censée représenter la Ville de Bruxelles libérée au lendemain du second conflit mondial ;
- Jefke : Les couleurs de ses habits rappellent celles du drapeau national ;
- Pietje : il est habillé en garde champêtre avec sarrau, képi et sabre. Il rappelle l'indéfectible attachement du peuple de Bruxelles à sa ville, le bourgmestre étant le chef administratif de la police communale ;
- Janneke : représente un bébé comme à l'origine ;
- Polleke : il symbolise « Paul Coeckelenbergh » le fondateur de la fanfare du Meyboom. Il est porté par les enfants.

i.    Qu’est ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?

La reconnaissance a permis une visibilité additionnelle vis-à-vis du public, des pouvoirs locaux et des sponsors.
Au titre des Géants et dragons processionnels de Belgique et de France, le Meyboom de Bruxelles a été inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l'Unesco en 20081.

4. DOCUMENTATION ANNEXE



- Références bibliographiques :

Meurant René, « Géants processionnels et de cortège en Europe », Belgique et Wallonie, Editions VEGS, Tielt 1979.

« Le Meiboom », Credit Communal de Belgique, bulletin trimestriel – 25ème année – n°95 – N° spécial 1971.

Twyffels Brigitte, « Invitation au folklore n°45 », 46/47/48 Feuillet d’information de la fondation Albert Marinus 1997 et 1998

Wauters Alphonse, « L’ancien Ommegang de Bruxelles », 1848

Wauters Alphonse, « Les Anciens Serments ou gildes des arbalétriers,  d’archers arquebusiers et escrimeurs de Bruxelles » – Imprimerie J.H. Briard, rue Neuve, Faubourg de Namur, Bruxelles, 1949

Wouters Josse, « La Légende du Meyboom », Revue du Cercle d’histoire de Bruxelles – n°76 – 06/2002.

Wouters Josse, « Les géants du Meyboom », Revue du Cercle d’histoire de Bruxelles – n°100 – 06/2008


- Autres documents : copie d’études, site internet, autres : www.meyboom.be