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Le « Chaudeau » de Bois-d’Haine

Le Chaudeau de Bois d'Haine



N° de référence du dossier : Reconnaissance n°20
Dossier reçu examiné le 10 novembre 2009 par la Commission du Patrimoine oral et immatériel
Reconnu depuis le 6 juillet 2010 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel
Inventaire mis à jour le 10 mars 2017




1. ASPECTS PRATIQUES


a.    Nom de l’élément : Le Chaudeau du Bois d’Haine (Caudia)



b.    Localisation géographique : Entité de Bois-d’Haine dans la commune de Manage, province du Hainaut



c.    Communauté concernée (groupes ou individus) :  L’asbl Les Amis du Folklore Bois-d’Hainois (AFBdH). Tous les bénévoles participant activement au Caudia : des bois-d’hainois, anciens bois-d’hainois, leurs amis et personnes venant de la région du Centre.



d.    Société ou groupe responsable : Les Amis du Folklore Bois-d’Hainois (AFBdH)


e.    Personne(s) de contact :

Président : Poulain Freddy
Secrétaire : Tricot Jean-Marc
Trésorier : Thonet Bertrand
Email générique : info(at)caudia.be




2. HISTORIQUE  


a.    Apports patrimoniaux :   Mettre en évidence les origines, les fondements : historique, ethnologique, patrimonial (décrire la ou les légende(s) fondatrice(s) éventuelle(s)).

Le terme Chaudeau (sous diverses formes et langues) apparait déjà dans des écrits du XIIème siècle. Généralement, il définit une boisson chaude, énergisante et calorique. En FWB, il s’agissait d’un mets traditionnel fréquemment consommé en famille, particulièrement dans les milieux ruraux. Il était alors composé de lait, de sucre, d’épices (cannelle) et de pain (ou de mastelles).
En wallo-picard de la région du Centre, le mot Chaudeau se dit Caudia.
A Bois-d’Haine, avec l’histoire, le mot Caudia est devenu le terme usager pour parler de la manifestation folklorique, qui y a lieu chaque mardi qui suit le dernier dimanche de juin et, à la fin de laquelle est cuit, sur la place du village, un chaudeau offert à la population.
Quant aux origines et à l’âge de la coutume, plusieurs hypothèses relient ainsi le Chaudeau à divers évènements.
L’explication la plus souvent reprise et retenue comme « officielle » par le Comité organisateur depuis des décennies est le souvenir de la perception de la dîme.
Il y a plusieurs variantes à celle-ci. La principale retient que les moines prémontrés, qui avaient en charge la perception de la dîme, offraient le chaudeau aux villageois peu après la perception de celle-ci. A la fin de l’Ancien Régime, la dîme n’existant plus, la coutume du repas offert aurait alors été reprise par les villageois eux-mêmes allant quêter les ingrédients dans les différentes fermes du village. La coutume aurait été perpétuée par une famille locale, la famille Delval ; celle-ci aurait mis sur pied une quête afin de maintenir la coutume du Caudia et aurait invité les habitants sur la place de l’église pour que le Caudia soit préparé et servi à tous. Ce sont les descendants de cette famille Delval qui assumèrent le rôle de Maître des cérémonies du Caudia de, au moins, 1867 à 1976.
Il est également prouvé qu’une grange dite de la dîme a été construite sur la place en 1764.


b.    Souligner le caractère de pérennité (75 ans) : Faire connaître les éventuelles périodes d’interruption et de reconstitution, montrer l’évolution au fil du temps.

Tout comme pour l’origine, il est impossible d’affirmer l’âge exact de la coutume.
La description écrite la plus ancienne qui a pu être trouvée remonte à une publication dans la Gazette de Charleroi du 04 Mars 1879 qui parle du Caudia comme « … une coutume assez bizarre, pour le moins aussi ancienne que le marronnier…» (l’auteur précisant que le marronnier serait trois fois séculaire).
Le Courrier de L’Escaut du 30 juin 1895 mentionne la première mention d’un anniversaire: « Enormément de monde mardi soir, à Bois-d’Haine, où a eu lieu le 484e anniversaire de la cérémonie du Chaudeau, une des plus anciennes coutumes du bassin du Centre ». Un simple décompte permet dès lors de faire remonter l’origine à 1411. A partir de ce moment, ce compteur annuel se retrouve régulièrement dans les articles de presse.
Cependant, aucune assertion ne peut être qualifiée de sérieuse, comme point de départ du Caudia.
Si l’on peut - prudemment - tenir pour acquis qu’une coutume proche de l’actuelle célébration du Caudia avait cours à Bois-d’Haine à l’époque de l’Ancien Régime, on ignore par contre, en raison du mutisme des archives, ce qu’elle est devenue lors de l’instauration des lois républicaines, en 1795. A-t-elle subsisté sans interruption ? A-t-elle été suivie d’une période plus ou moins longue d’arrêt avant sa reprise en main ?
Il n’est pas sûr que la guerre 1914-1918 ait interrompu le cours des célébrations du Caudia, puisque Victor Hoyaux en décrit le déroulement en 1917, sans aucune allusion à une quelconque pause récente. Par contre, le deuxième conflit mondial en provoqua bel et bien l’interruption ce qui donna lieu à une reprise, semble-t-il assez tumultueuse, en 1945.
Le boulier compteur s’est d’ailleurs arrêté sur la Seconde Guerre mondiale pour ne pas comptabiliser ces années. Il fait donc actuellement toujours référence à la date de 1411 avec 5 ans de décalage. C’est ainsi que ce qui est considéré comme le 600ème Caudia a été fêté en 2016 (à noter qu’il y a également confusion entre le nombre d’édition et la fête d’anniversaire).



3. SITUATION ACTUELLE


a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).

Le Caudia se déroule chaque mardi qui suit le dernier dimanche de juin.
La très ancienne coutume du Caudia, ou Chaudeau, de Bois-d’Haine porte en fait le nom de sa nutritive mixture qui y est préparée sur la place de village et offerte à la population.
Il ne s’agit pas ici d’un bouillon ou d’un remède, mais d’une roborative soupe de lait chauffée, sucrée, aromatisée et agrémentée de mastelles.
Les ingrédients de ce festin se veulent de coutume être offerts par la population elle-même ; ainsi en va le principe. Pratiquement, l’offrande est faite en espèce. Outre une souscription, qui est récoltée auprès des bois-d’hainois par des bénévoles quelques semaines avant la fête, la tradition veut qu’un cortège se charge symboliquement de cette récolte le jour venu.
En pratique, avec la disparition des fermes, le comité acquiert directement les ingrédients.
C’est donc toute une procession qui se met en route le mardi à 12h30 pour faire le tour du village à partir de la place Roi Baudouin, avant d’y revenir en fin de soirée, après de nombreuses haltes bibitives – pour la plupart offertes par les hôtes –, pour y cuire le sacré chaudeau sous le marronnier. Hormis le hameau de Petit-Bois-d’Haine, toutes les artères du village sont traversées… sans jamais le quitter.
En tête, défilent deux porteurs de drapeaux (un belge et un wallon) entourant deux jeunes assistants qui portent chacun d’anciennes pancartes d’acier en forme de profil de marronnier et peintes en vert (l’une portant la mention « Chaudeau, Bois-d’Haine » et l’autre, le nombre d’éditions de la coutume). Juste derrière se trouvent le maître de cérémonie (costume blanc, cravate rouge, chapeau blanc fleuri à larges bords, louche décorée et symbolique en main) et ses trois marmitons (costume blanc, calot blanc, ceinture rouge, louche en bois à la main). Ensuite vient le gros de la troupe avec d’abord quelques membres du comité, suivi de l’orchestre constitué d’un peu plus de vingt musiciens (cuivres, bois, clarinettes, tambours et grosse caisse) jouant d’entraînants airs de fantaisie et tous les sympathisants, des plus vieux aux plus jeunes sans aucune limite d’âge, souhaitant participer à la fête. Tous sont vêtus d’un sarrau bleu, foulard rouge à pois blancs et casquette de soie noire traditionnelle pour les hommes (beaucoup portant un pantalon blanc et certains des sabots de bois) et chemisier blanc, jupe longue et sobre, tablier bleu foncé et charlotte blanche pour les femmes. Parmi-eux, quelques protagonistes, munis de troncs, réclament de la menue monnaie à tout badaud qui est à leur portée. En clôture, deux anciens chars paysans en bois, tirés chacun par deux chevaux brabançons, transportent de jeunes enfants.
Au total, près de 400 personnes défilent ainsi sur les 11 kilomètres constituant le « tour ».
En 2016, à l’occasion de ce qui est considéré comme ayant été le 600ème Caudia, un tombereau a été (ré)introduit dans le cortège. Celui-ci étant destiné à récolter symboliquement, lors de chaque halte bibitive, un des ingrédients et outils (mastelles à la boulangerie, fagots de bois, paille, chaudrons de fonte, seaux de bois, fourches, …) nécessaires à la préparation du brouet.
Peu avant 21h, toute la troupe, accueillie par de nombreux spectateurs, est de retour sur la place où se déroule le rituel de la préparation du breuvage : l’installation de trois chaudrons et l’allumage de trois feux de fagots sous le marronnier (l’arbre étant devenu un acteur central), les allées venues vers une maison pour y prendre le lait, vers une taverne pour y quérir les sucres et mastelles le tout avec le maître de cérémonie, montant une branche de bois portée par deux costauds volontaires, imitant grossièrement un aguerri chevalier à califourchon sur un bien piteux destrier entouré de ses écuyers. Les ingrédients rassemblés, la cuisson peut débuter, pendant laquelle, au son de la musique, les protagonistes tournent, parfois frénétiquement, en rondes autour de l’arbre vénéré.
Vers 22h, avec le coucher du soleil, sous le marronnier, un premier bol est offert au bourgmestre qui valide la cuisson. Peu après, le chef de troupe réenfourche sa pittoresque monture pour rejoindre le presbytère voisin où le curé est invité à goûter le grand cru de l’année. Après cette seconde approbation, on termine par une Brabançonne avant que le cortège ne se disloque pour laisser place à la population, désireuse d’avoir sa part du précieux chaudeau.
A l’occasion du 600ème Caudia, une chanson (parole et musique) a été écrite et a été reprise lors de chaque étape du Tour ainsi qu’avant la Brabançonne en fin de cuisson. Le comité compte intégrer cette chanson de manière durable dans le répertoire des musiciens du Chaudeau.


b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.

Les pratiques sociales, rituels et événements festifs

c.    L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?


Actuellement un comité constitué d’une quarantaine de membres (Les Amis du Foklore Bois-d’Hainois) s’occupe de l’organisation de la manifestation folklorique et de la ducasse qui l’entoure.
Depuis 2014, un comité annexe de femmes (Les Paysannes des Amis du Folklore Bois-d’Hainois) s’est créé et organise des manifestations en cours d’année.
Lors des dernières éditions, 300 à 400 personnes se sont costumées pour participer au « Tour » du village et à la cuisson du caudia.
La petite école maternelle se trouvant à quelques centaines de mètre du marronnier participe avec tous les enfants au « Tour » ; permettant ainsi une transmission de la tradition dès le plus jeune âge.
Pour le 600ème Caudia, un ouvrage illustré de plus de 150 pages, qui a nécessité des années de recherches approfondies, a été publié en 500 exemplaires.
En 2016, toujours à l’occasion du 600ème Caudia, une exposition a été organisée sur une semaine, retraçant l’histoire du Caudia et a organisé un « mini-caudia » pour les plus petits qui a accueilli plusieurs centaines de visiteurs.


d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.


A l’heure actuelle l’élément n’est pas menacé.
Néanmoins, il est dépendant de bénévoles et il faudra assurer le renouvellement des cadres de l’organisation, une bonne partie du comité étant constitué de retraités. La création du comité de paysannes a permis l’intégration d’une dizaine de femme d’une quarantaine d’année.
Cette tradition pourrait aussi disparaître avec les évolutions propres aux sociétés modernes, auxquelles il faudrait ajouter le fulgurant envahissement des médias télévisuels et autres. Elles modifient les comportements individuels tout en perturbant la convivialité et la proximité traditionnelles au sein des communautés villageoises, avec pour corollaire la disparition des commerces de proximité et des cafés de village, lieux de rencontre de la population (il n’y en a plus qu’un dans le centre de Bois-d’Haine).
Aussi, un des facteurs qui pourrait amener la disparition du Caudia est la multiplicité des Carnavals. Par exemple, le même week-end que le Caudia, le Gille au Roeulx et à Seneffe sont célébrés.


e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

Pour les Bois-d’Hainois, le Caudia évoque peu la soupe au lait à proprement parler, qui y est préparée mais plutôt le rituel du “Tour” et de la “Cuisson”. Il appelle surtout au rassemblement dans la bonne humeur des différentes classes sociales, des plus jeunes et plus anciens. Il permet de faire la fête « chez soi » et de revoir des personnes qui ont quitté le village et qui sont de retour pour cette fête. Il permet de garder une cohésion structurante, de créer ou renforcer des liens avec son voisinage, de rencontrer de nouvelles têtes. Il est par essence ouvert à tous et partageur, sans fioriture ; chacun y est le bienvenu à condition qu’il en respecte l’esprit festif.
Le caractère vivant de la fête actuelle joue incontestablement un rôle social et identitaire pour la collectivité locale et dans les environs proches. Il s’agit d’une fête intergénérationnelle où les « anciens » sont dépositaires du scénario et porteurs de la tradition, mais non fermée aux jeunes qui participent avec enthousiasme et aux femmes auxquelles certains rôles ont été dévolus ; les enfants vivent le Caudia et grandissent avec lui. A l’âge adulte, ils reviennent au village pour l’occasion. Certains prennent congé pour participer à la fête.
La fête crée un sentiment non seulement d’appartenance, mais développe aussi une solidarité parmi les participants.
La coutume repose en bonne partie sur le financement assuré par les membres de l’association grâce, aujourd’hui à une « quête » sous forme d’un carnet publicitaire auprès des commerçants, entreprises et personnalités locales, aux dons en argent recueillis à l’occasion de la quête (souscription) auprès de la population. Des manifestations sont également organisées en cours d’année pour lever des fonds et la Commune de Manage octroie un subside annuel, ces derniers éléments permettant surtout de financer la ducasse (chapiteau et spectacles) qui se déroule autour de l’évènement.


f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).

Il s’agit ici d’un folklore très ancien et tout à fait unique dans une région du Centre qui vit surtout son folklore autour du Gille.
Il y a en général autant, voire plus, de participants que de public. Les participants et spectateurs viennent en grande partie de la région du Centre, souvent amenés par des (anciens) bois-d’hainois.
Les études relatives au folklore, les publications d’histoire locale et divers mémoires, permettent d’apprendre que les fêtes populaires liées au chaudeau n’étaient pas rares à une certaine époque, tout du moins dans la région du Centre jusque-là région de Charleroi. Toutes avaient lieu l’été, à peu près à la même période.
Aujourd’hui, reste le Tchaudia de Leernes qui a des similitudes mais néanmoins des différences marquantes par rapport au Caudia de Bois-d’Haine.
On peut également citer la Ducasse à Moules de Besonrieux (La Louvière) qui a lieu fin septembre. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un chaudeau mais d’un folklore fortement similaire au Caudia de Bois-d’Haine (il faut dire qu’il n’y a que 2 km entre le marronnier de Bois-d’Haine et la place de Besonrieux), remplaçant la cuisson de la soupe au lait par la cuisson de moules offertes à la population. Malheureusement cette coutume est en perte importante d’affluence.
Il n’y a cependant aucun échange entre les folklores précités.


g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.


La manifestation est ouverte à tous, bois-d’hainois ou pas, du plus petit au plus ancien, homme ou femme, sans aucune discrimination et socialement très ouverte.


h.    Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ?

- Dialogue intergénérationnel
Le comité organisateur accueille des personnes de tout âge même si la plupart sont âgées. La création du comité de femmes a permis l’apport de personnes plus jeunes. Des liens sont réguliers entre les deux comités. Une collaboration existe avec l’école maternelle du village pour que les enseignants expliquent les traditions et pour que les enfants participent au tour.

- Dialogue multiculturel
Les traditions sont ouvertes à tous et sont expliqués aux personnes extérieures à Bois d’Haine.

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.)
Au niveau environnement, le tour du village s’effectuant à pied ou dans des chars tractés par des chevaux, aucune énergie fossile n’est utilisée lors de la manifestation folklorique. Le breuvage est constitué d’éléments naturels et cuit au feu de bois (ramassé dans un bois proche).

- Diversité et créativité humaine
Plusieurs musiques ont été créées spécialement pour le Caudia. Une musique pour la 600ème édition du Caudia a été écrite.

i.    Qu’est ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?

Cette reconnaissance a apporté un grand honneur au Caudia du Bois d’Haine mais a permis également d’accéder à l’octroi de subvention.

4. DOCUMENTATION ANNEXE



- Références bibliographiques :

Ouvrage historique complet et fouillé : « Immémorial Caudia : des rites ancestraux au folklore actuel », 2016


- Autres documents : copie d’études, site internet, autres :
www.caudia.be