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Le Royal Climbia’s Club

N° de référence du dossier : Reconnaissance n° 32
Dossier examiné le 22 février 2011 par la Commission du Patrimoine oral et immatériel
Reconnu depuis le 14 juin 2011 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel

Inventaire mis à jour le 21 mars 2017

 


1. ASPECTS PRATIQUES


a. Nom de l’élément : Royal Climbia’s Club


 b. Localisation géographique : Lodelinsart, ville de Charleroi, province du Hainaut


c. Communauté concernée (groupes ou individus) : Les membres du club


d. Société ou groupe responsable : asbl Royal Climbia’s Club


 e. Personne(s) de contact : SMETS Murphy (2ème Vice Président), murphysmets@hotmail.com
Siège social : Place Edmond Gilles, 20 à 6042 Lodelinsart



2. HISTORIQUE 


Plusieurs hypothèses existent quant à l’origine du Club. La fondation du club se situe entre 1892 et 1893, mais les dates de fondation sont multiples. Un bal a, en tout cas, eu lieu en 1894 car une affiche a été retrouvée. A l'époque c'est le "Club des Climbias" qui est l'organisateur.

A sa fondation, le club est composé de 7 personnes. Afin d'étoffer les rangs, ils décident par la suite de prendre 6 autres partenaires afin d'atteindre le chiffre légendaire de 13.

En 1926, les Climbias participent à leur premier Carnaval de Charleroi. Pour l'occasion, un drapeau est confectionné sur lequel est peint la future bannière du club (actuellement encadrée dans le local des Climbias).

Depuis 1938, l’affiche du Club est un clown avec un chapeau rouge sur un fond jaune et le mot Climbia dans une bande centrale blanche et en écriture bleue et rouge. Ce clown est devenu le logo jusqu'à aujourd'hui.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les festivités du bal ont été suspendues. Plusieurs Climbias sont en effet engagés aux combats ou dans la Résistance. Plusieurs d'entre eux perdront la vie. L’organisation du bal reprendra dès 1946.

Le 19 mars 1947, le Climbia's Club reçoit le titre de société Royale émanant du Cabinet du Roi. Ce titre a été décerné après 50 ans d'existence.

En 1956, un Climbia propose l'organisation d'un concours pour les gens travestis présents le jour du bal avec de nombreux lots en récompense. Ce concours est toujours d'actualité aujourd'hui.

En 1976, le comité des Climbias propose une modification des statuts du club afin de remédier à un problème. Les membres prennent de l'âge et pour certains, il devient difficile de suivre toutes les réunions et d'être aussi actifs qu'avant. C'est pourquoi le club a créé la fonction d'honoraire afin qu'un Climbia puisse prendre une sorte de retraite tout en restant dans le giron du club.

En 1980, un groupe de logements sociaux situé, à l'Ouest de la commune de Lodelinsart, est inauguré. Ces logements prendront le nom de Résidence Climbia.

Depuis 1982, Manneken-Pis arbore le costume de Climbia le matin du bal masqué.

En 1992, les Climbias organisent alors leur 100ème bal masqué. Les festivités commencent par l'inauguration de la Ruelle des Climbias, anciennement appelée Ruelle de l'Harmonie. Un passage étroit, qui peut paraître banal à première vue, mais qui ne l'est pas pour le club car c'est là que se sont déroulés les premiers bals dans le salon de l'Harmonie situé à cet endroit. Le bâtiment existe encore mais est en mauvais état.

Pour le centenaire du club en 1992, les Climbias se voient offrir par mécenat un géant de 4 mètres de hauteur et 60 kilos d'osier et de polyester, baptisé "El Climbia" et venu agrandir la famille des géants de Charleroi.

- Le mot « Climbia »
Au siècle dernier, Lodelinsart était une cité industrielle très prospère. Contrairement à plusieurs villes environnantes, la cité se distinguait par une activité verrière intense et non par le charbon ou la sidérurgie. On estime qu'à son apogée, Lodelinsart comptait près de 50 verreries ou usines qui travaillaient le verre, ce qui est énorme pour une aussi petite ville. Grâce à cet essor industriel, la ville connaît une activité culturelle mais aussi festive très intense. Il y avait de très nombreuses associations ou comités de fêtes. La légende veut que les membres fondateurs du club proposent de réaliser un bal masqué pour allonger un peu plus la période carnavalesque. On peut imaginer que les fondateurs empruntent un mot du vocabulaire verrier. En effet, à l'origine, un Climbia est une petite broche de bois que l'on utilisait en verrerie. Une autre hypothèse est cependant tout à fait possible : à l'époque, on disait à quelqu'un qui était fatigué et prêt à s'endormir "Mettez des Climbias à vos paupières" afin que la personne garde les yeux ouverts. En prenant le nom de Climbia, ils pouvaient faire un clin d'œil à ce petit dicton régional afin de montrer que chez les Climbias la fête ne s'arrête jamais et de consolider le côté fêtard des membres déjà bien ancré.



3. SITUATION ACTUELLE


a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).

Le club a été fondé pour but d'organiser un bal masqué afin de recueillir des fonds pour venir en aide aux gens en difficultés. Mais depuis lors, les activités se sont diversifiées. En effet, le Club organise également un gala de bienfaisance, un concert caritatif, un salon des vins et participe aussi au Carnaval de Charleroi en tant que groupe folklorique.

Les Climbias sont d'un naturel très discret. En effet, ils ne peuvent révéler ce qu'il se dit en réunion. C'est une question du respect de l'anonymat pour les personnes à qui ils viennent en aide. De ce fait, une personne extérieure ne peut assister à nos réunions sauf si elle y est autorisée pour une brève intervention.

Les membres du Club ont une tenue bien spécifique. A l’origine du "Club des Climbias", les membres portaient une sorte de Domino qui se rapproche de la cape actuelle des Climbias, mais tout en étant beaucoup plus court et avec une capuche. Il y a ensuite une transformation dans le club et les membres vont donner un côté anglais à l'association. Celle-ci devient alors le Climbia's Club où on reconnaît le petit " 'S " de possession typique de l'anglais. La tenue, quant à elle, vient très certainement aussi d'outre-Manche avec une frac noire, un gilet blanc, une chemise blanche et un nœud papillon blanc. Cette tenue fait incontestablement penser aux "Gentlemen" anglais du début du siècle dernier. Ce n'est pas pour rien que les Climbias se font appeler les Gentilshommes verriers.

Le Club est composé habituellement de 13 membres. L’arrivée d’un nouveau membre se fait jusqu’à aujourd’hui par l’envoi d’une candidature écrite au Président de l’association avec le parrainage si possible de deux membres. La candidature est examinée en réunion pour vérifier la recevabilité de celle-ci et si elle est porteuse pour notre groupe. Les membres effectifs votent ensuite et le candidat sera reçu officiellement si et seulement s’il obtient l’unanimité des voix. 


b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.
Les pratiques sociales, rituels et événements festifs


c.    L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?

La tradition des Climbias et de leur bal est toujours bien vivante. En effet, le 4 mars 2017, les Climbias ont organisé le 125ème Bal des Climbias. Cet événement majeur pour la société est toujours suivi dans la commune par les habitants. Ils ont également participé au Carnaval de Charleroi le 28 février 2017 dans la tenue qui leur est propre, avec leur fanfare et leur géant.
La transmission de ce folklore n’est pas toujours facile de par les exigences financières pour trouver des nouveaux membres. Effectivement, celui-ci doit pouvoir assumer l’achat et la réalisation de son costume. Le comité est à la recherche de nombreux membres pour combler les manques. Les statuts prévoient l’exigence d’être au maximum 13 membres effectifs. Actuellement, il n’y a plus que 8 membres effectifs dans le club.

d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.
La situation du nombre manquant de membres est préoccupante.
Les membres actuels souhaitent faciliter l’arrivée de nouveaux membres et améliorer l’attractivité du club. L’objectif est de préserver les traditions tout en adaptant à l’époque actuelle.
La situation est également prise au sérieux au niveau des autorités communales qui se sont mis entièrement à disposition pour également trouver des pistes pour aider le club. Des contacts sont pris pour faciliter les démarches administratives mais aussi pour améliorer la visibilité du club en le mettant en avant sur le site internet de la ville et en aidant pour la diffusion de nos affiches.
Le club n’a jamais connu aussi peu de membres actifs sauf à la création du club avec les 7 fondateurs et à la sortie de la seconde Guerre mondiale où plusieurs membres avaient décidé d’arrêter ou étaient décédés.


e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

La création de l’élément folklorique est due au besoin des personnes à l’époque de terminer la semaine carnavalesque par un bal masqué. L’association s’est ensuite inscrite dans un registre philanthropique de par la nécessité et la demande dans le contexte social difficile du monde ouvrier. Si le milieu social difficile de Charleroi a évolué, les personnes dans le besoin continue malgré tout d’exister. L’association a muté au niveau des personnes aidées pour s’adapter à son époque. A l’origine, les personnes aidées étaient des « pauvres honteux » comme on les appelait à l’époque. A la sortie des deux guerres, les Climbias ont soutenus financièrement les associations patriotiques, les vétérans de guerre, les prisonniers politiques, etc.
Actuellement, les dons vont généralement vers des associations qui luttent contre la pauvreté ou défendent les droits des personnes handicapées ou qui sensibilisent au handicap.

Le Club a un caractère spécifique, qui se marque par un costume particulier, une musique propre et un mets emblématique
Le fez rouge est devenu véritablement le symbole des membres et reconnaissable par la population.
Les Climbias sont connus à Charleroi. Une ruelle proche de la Ruche Verrière à Lodelinsart porte le nom de « Ruelle des Climbias ». La maison qui a été le premier local pour l’association située à la Rue Paul Pastur à Lodelinsart porte une plaque sur sa façade pour interpeller les passants. Le clown typique du club et qui est le deuxième symbole de notre association a été repris sur la façade de la Ruche Verrière en l’intégrant dans les inscriptions des vitrines. 
Les Climbias entretiennent la légende et la coutume de manger de la tête de veau pour se remémorer la légende du veau qui est devenu Bourgmestre de la ville lors d’une course à cheval où il fut selon légende le premier à passer la ligne et donc a remporté le prix qui était en jeu à savoir la fonction de Bourgmestre. Entre les deux bals masqués, les Climbias se retirent avec leurs invités dans une salle proche de la Ruche Verrière afin d’aller y déguster la traditionnelle tête de veau. Le tout se fait en musique sur l’air des Climbias qui caractérise l’association.


f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).

Les Climbias sont également des personnages demandés par les autres associations pour représenter la ville de Lodelinsart. Les membres participent ainsi chaque année en qualité de spectateurs au Tour de la Madeleine à Jumet ainsi qu’à la rentrée du Tour Saint-Jean à Gosselies.
Les Climbias sont également présents lorsqu’un bal masqué est organisé dans les environs. Le groupe est souvent consulté pour avoir des conseils sur l’organisation et l’événement se retrouve ainsi organisé avec le parrainage des Climbias. C’est ainsi que depuis 10 ans, les Climbias participent au Bal masqué du Pôle d’Actions Culturelles de Châtelineau.
Ils participent également au Carnaval de Charleroi avec leur  tenue, leur fanfare et leur géant.


g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.

Les Climbias sont conformes aux droits de l’Homme et à la législation en vigueur en FWB.
Les statuts empêchent cependant l’entrée des femmes dans le club. Il n'est pas question de sexisme, il s'agit d'un respect de la tradition du club. Il est d’ailleurs bien rare que les femmes participent aux anciennes manifestations folkloriques. Certaines femmes sont néanmoins présentes pour aider à l’organisation des évènements.


h.    Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ?

- Dialogue intergénérationnel
Longtemps, les Climbias ont été composés de personnes plus âgées et depuis peu, plusieurs jeunes ont intégré le club. S’ensuit évidemment une transmission du savoir et des traditions en interne. Pour la transmission au public, il n’est pas rare que des professeurs ou instituteurs organisent une leçon sur les Climbias. Les membres se rendent alors à l’école afin de pouvoir expliquer aux enfants notre petite histoire. Un feuillet explicatif a d’ailleurs été rédigé en ce sens.
L’arrivée des Climbias sur internet et sur les médias sociaux a également pour objectif d’essayer de redynamiser cette transmission du savoir. Le jour du bal masqué est également organisé un bal destiné aux enfants afin de leur permettre de participer au folklore et pouvoir découvrir les traditions.

- Dialogue multiculturel
Les Climbias sont ouverts à l’accueil des personnes provenant de cultures différentes.

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.)
Les Climbias soutiennent beaucoup d’actions de lutte contre la pauvreté et l’aide aux personnes en situation précaire. Ils défendent également l’aide et le soutien aux personnes qui souffrent de problèmes de santé qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale ou les personnes atteintes de handicaps.

- Diversité et créativité humaine
Les Climbias n’organisent pas que leur bal masqué. Afin de pouvoir faire fonctionner l’association et pérenniser nos aides, ils organisent des concerts de musique militaire, une pièce de théâtre en wallon, une animation à l’occasion de la Saint-Nicolas, une festivité axée sur le cerf-volant et chaque année au mois de novembre un gala de bienfaisance au profit d’un enfant atteint d’une maladie grave.

i.    Qu’est-ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?

La reconnaissance a permis de faire reconnaître le caractère particulier des Climbias et de les mettre sur le même pied d’égalité que les autres grands folklores de Belgique qui jouissent d’une plus forte popularité.


4. DOCUMENTATION ANNEXE


- Références bibliographiques :

BAGERIUS M., « La folle histoire des Climbias », Gilly, s.d.
CLOSE E., « Les Gentilshommes verriers », dans Le Guetteur Wallon, Namur, 1927, pp. 203-217
CONTRE-POING asbl, « Les festivités à Charleroi au début du XXème Siècle », Charleroi, 2001, p. 103.
GUYOT H., « Lodelinsart – Pages d’histoire », Ed. Londot Frère, Lodelinsart, 1951.
MAGREMANNE R., « Fernand Verhaegen – Le grand maître du folklore wallon », Charleroi, 2002, p.129.
MOREAUX M., « Lodelinsart », Ed. Tempus, Gloucestershire, 2006, pp. 114-127.
VANDRIESSCHE M., « Si Binche a ses gilles… Lodelinsart a ses Climbias ! », Lodelinsart, 1982.

- Autres documents : copie d’études, site internet, autres :
 www.climbias.be

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