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Le Carnaval des Hoûres d’Eben-Emael

N° de référence du dossier : Reconnaissance n°33
Dossier reçu le 23 mars 2011 et examiné le 31 mars 2011 par la Commission du Patrimoine oral et immatériel
Reconnu depuis le 28 octobre 2011 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel
Inventaire mis à jour le 10 mars 2017


1. ASPECTS PRATIQUES


a.    Nom de l’élément : Le Carnaval des « Houres » d’Eben-Emael



b.    Localisation géographique : Les villages d’Eben et d’Emael, commune de Bassenge, province de Liège



c.    Communauté concernée (groupes ou individus) : Les habitants de la commune de Bassenge et les personnes participants au Carnaval.



d.    Société ou groupe responsable : Le Carnaval n’a pas de comité propre. Il est organisé par 5 sociétés de fanfares des villages d’Eben et d’Emael.




e.    Personne(s) de contact : Administration communale de Bassenge-
Monsieur Josly Piette, Bourgmestre – Rue Royale 4 – 4690 Bassenge.




2. HISTORIQUE  


a.    Apports patrimoniaux :   Mettre en évidence les origines, les fondements : historique, ethnologique, patrimonial (décrire la ou les légende(s) fondatrice(s) éventuelle(s)).


Certains historiens amateurs mentionnent des histoires de lépreux pour y raccrocher les pratiques curieuses de ce Carnaval. Les habitants reproduisaient sur leur visage les signes de la maladie (les tâches noires) pour conjurer le sort.
Mais ces histoires sont sans fondements historiques.
Le témoignage le plus ancien date de 1733 où il est fait mention du « mardi de carnaval » à Haccourt, situé à 5 km d’Eben-Emael. En 1733, un texte mentionne l’existence du carnaval mais également « l’interdiction d’un port de masque et d’un déguisement sous peine de prison ».
Ce Carnaval a évolué en fonction de l’évolution du niveau de vie de la population et du cadre de vie des habitants.


b.    Souligner le caractère de pérennité (75 ans) : Faire connaître les éventuelles périodes d’interruption et de reconstitution, montrer l’évolution au fil du temps.

Le Carnaval a été interdit lors des deux Guerres Mondiales. On constate également un essoufflement des festivités pendant le 20ème siècle. Mais le Carnaval est à présent en expansion dans la vallée du Geer. Certaines traditions et rites obéissent aux usages établis depuis des générations et de nouvelles pratiques se sont installées.



3. SITUATION ACTUELLE


a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).

Le Carnaval des Hoûres a lieu le lundi et le mardi gras.
Une hoûre est une personne de sexe masculin déguisé en « cote è hèrpe », expression que l’on peut traduire par « jupe-écharpe ». Le costume est en fait composé de mélange hétéroclite de haillons et d’objets d’usages les plus variés. Les accoutrements sont tous différents mais le but est de rester anonyme le plus longtemps possible.
Les hoûres sont accompagnées d’un « pèce ». Il s’agit d’une loque tordue et nouée pour former un tampon à tremper dans la cire. Elle servira tout au long des journées de carnavals à noircir les joues de toutes les personnes non masquées rencontrées dans la rue, les jardins, les maisons, etc.
Les techniques d’approche sont soit la « rouflade », soit la « rafe ».
La rouflade est une poursuite des hoûres vers une personne ou un groupe venu provoquer.
La rafe est le fait de surprendre les gens alors qu’ils sont dans une maison.

b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.

Les pratiques sociales, rituels et événements festifs


c.    L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?

Le Carnaval des Hoûres est toujours vivant même s’il a évolué. Le côté un peu vulgaire a disparu pour faire place à plus de retenue et de politesse.
La transmission s’effectue de manière orale à partir des aînés vers la jeunesse. Les enfants de l’enseignement primaire sont encouragés par le personnel enseignant pour s’intégrer à ces pratiques populaires. Les nouveaux habitants de la commune sont également invités à s’intégrer dans cette tradition carnavalesque.

d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.

L’élément n’est actuellement pas menacé de disparition. En cas d’arrivée massive d’une nouvelle population étrangère aux usages de la région et ne voulant pas s’intégrer, les traditions pourraient ne pas être pérennisées.
Un Musée d’ethnologie des villages d’Eben et d’Emael a été créé par un couple de passionnés. Depuis 2012, il est géré par la Commune et est devenu le musée communal de Bassenge.

e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

Les habitants de la commune sont attachés à ce carnaval qui reste confidentiel.
Ils perpétuent les traditions qui y sont liés et veulent les protéger.

f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).

L’isolement géographique de la vallée du Geer a aussi favorisé le maintien de la tradition.
Le Carnaval des Hoûres est resté un carnaval confidentiel qui ne s’exporte pas. Il y a peu de relations avec les autres carnavals.


g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.


La tradition du carnaval est ouverte à tous pour autant qu’ils manifestent le désir de s’y intégrer. Les femmes ne peuvent pas contre pas devenir une « hoûre » et noircir le visage des autres.

h.    Qu’est ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?


La reconnaissance a permis aux acteurs principaux de mieux apprécier la richesse et la valeur culturelle de ces manifestations.
Les habitants de ces villages ont pris conscience de l’intérêt de poursuivre et de sauvegarder ces traditions particulières.


4. DOCUMENTATION ANNEXE


- Références bibliographiques :

Remits Jacqueline et Nève Wendy, « Carnavals traditionnels en province de Liège », Province de Liège, 2004.
Close Fernand et Nicole, « Le Carnaval noir d’Eben-Emael », musée d’Eben.


- Autres documents : copie d’études, site internet, autres :

Film de la SONUMA sur le Carnaval des Hoûres (février 2002)
Enquête ethnographique du Musée de la Vie Wallonne (septembre 2013)