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La Culture du carillon


N° de référence du dossier : Reconnaissance n°35
Dossier reçu le  19 décembre 2011 et examiné le 12 janvier 2012  par la Commission du Patrimoine oral et immatériel
Reconnu depuis le 15 mars 2012  par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel
Inventaire mis à jour le 14 septembre 2016



1. ASPECTS PRATIQUES


a.    Nom de l’élément : La Culture du Carillon  


b.    Localisation géographique :
Fédération Wallonie-Bruxelles



c.    Communauté concernée (groupes ou individus) :
Grand public, carillonneurs, propriétaires de carillons, écoles de musique, comités d’ « amis du carillon ».


d.    Société ou groupe responsable :
Association Campanaire Wallonne (ACW), asbl.
www.campano.be



e.    Personne(s) de contact : Secrétariat de l’ACW : secretariat@campano.be
Vice-Président de l’ACW : Serge Joris : sc.joris@skynet.be
Rue E. Labarre 45 à 5030 Gembloux




2. HISTORIQUE  


a.    Apports patrimoniaux :   Mettre en évidence les origines, les fondements : historique, ethnologique, patrimonial (décrire la ou les légende(s) fondatrice(s) éventuelle(s)).

La culture du carillon est née au Moyen Âge dans la partie méridionale des anciens Pays-Bas, correspondant à l’espace géographique couvert aujourd’hui par la Flandre, la Wallonie, la Région bruxelloise et le nord de la France.
Le mot carillon trouve son origine dans le latin populaire quadrinio, dérivé du bas latin quaternio, désignant un groupe de quatre objets. Aux alentours des XI-XIIe siècles, il était courant d’utiliser des ensembles de (quatre) clochettes, frappées manuellement, dans le cadre de l’animation musicale de cérémonies civiles ou religieuses. Ces ensembles se nommaient quadrillon, ou encore quaregnon ou carignon, devenu par la suite « carillon ».
A partir du XVe siècle, dans la foulée de l’apparition des horloges de tour, des ensembles de quelques cloches furent utilisés dans les beffrois et les clochers de nos régions pour attirer l’attention des citoyens sur l’annonce de l’heure qui allait suivre.
Ce furent les premiers carillons automatiques, dont les mélodies, fatalement simples vu le nombre limité de cloches, furent appelées « appeaulx » ou « appiaux », dérivant du verbe appeler.
A la charnière entre les XVe et XVIe siècles, alors que le nombre de cloches de ces petits carillons augmentait, est né le concept d’actionner leurs cloches par un clavier manuel, permettant à une personne seule (le carillonneur) d’actionner simultanément plusieurs cloches, dont les tonalités se sont progressivement étendues sur plusieurs octaves.
La combinaison de dizaines de cloches de tonalités différentes se perfectionna au fil des siècles et atteignit un premier sommet de développement au XVIIe siècle, lorsque les fondeurs Hemony (originaires de Lorraine mais installés aux Pays-Bas) trouvèrent le moyen d’accorder correctement les cloches. Des mélodies – même complexes – purent alors être jouées sur ces carillons en donnant un résultat de grande qualité musicale. L’instrument obtint ainsi ses lettres de noblesse, ouvrant la voie à des décennies de développement et de consolidation de la culture du carillon au niveau du répertoire musical, de la taille ainsi que de la complexité des instruments automatiques et manuels, etc.
La Wallonie participa à l’engouement pour cette culture : avant la Révolution française, Mons possédait 5 carillons, Tournai en possédait 7, Liège 19. Les archives de la ville d’Ath signalent l’existence, au XVIe siècle, d’une classe de carillon dans cette ville. Bruxelles également connut à cette époque une brillante culture du carillon.

b.    Souligner le caractère de pérennité (75 ans) : Faire connaître les éventuelles périodes d’interruption et de reconstitution, montrer l’évolution au fil du temps.


La Révolution française provoqua un brutal arrêt du développement de la culture du carillon : une partie importante du patrimoine campanaire (cloches et carillons) de nos contrées, déjà mis à mal par les nombreux conflits armés qui s’y étaient déroulés, disparut lors du saccage de nos églises et abbayes par les révolutionnaires. Au cours du XIXe siècle, la culture du carillon ne se relèvera que difficilement de ce coup d’arrêt.
Il fallut attendre le début du XXe siècle pour assister à une véritable renaissance de l’art du carillon, sous l’impulsion de Jef Denyn (Malines), qui perfectionna les principes constructifs de l’instrument, relança la composition de musique pour carillon et créa en 1922 l’École de Carillon de Malines. Elle forma, parmi d’autres, divers illustres carillonneurs de l’actuel espace Wallonie-Bruxelles.
Les figures de proue de la renaissance de cet art en Wallonie furent Léon Henry, carillonneur (et compositeur) à Nivelles à partir du milieu des années 1920, ainsi que Géo Clément, brillant carillonneur (et compositeur) à Tournai et à Mons dans les années 1960. Sous l’impulsion de ce dernier, de nombreux nouveaux carillons furent installés en Wallonie. Il mit sur pied en 1957 l’École de Carillon de Mons, qu’il anima jusqu’en 1968, et composa une quarantaine d’œuvres pour carillon, encore aujourd’hui très appréciées par les carillonneurs et le public à échelle internationale.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, ses élèves et successeurs hennuyers, ainsi que les carillonneurs des autres provinces de Wallonie surent maintenir vivace la tradition du carillon, grâce à leurs concerts et auditions régulières.
L’Association Campanaire Wallonne a été mise sur pied en 1994 pour poursuivre leur œuvre, grâce à quoi le carillon bénéficie aujourd’hui d’un nouveau regain d’intérêt.


3. SITUATION ACTUELLE


a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).

Toutes tailles confondues, il existe actuellement sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles une soixantaine de carillons, automatiques et/ou manuels, totalisant plus de 1300 cloches. Ils sont généralement implantés dans des clochers ou beffrois dans les centres-villes. Une vingtaine de ces carillons sont utilisables comme instruments de concert.

b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.

Les arts du spectacle
Les pratiques sociales, rituels et événements festifs


c.    L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?

Les mélodies des carillons font partie intégrante du décor sonore des villes et constituent, de ce fait même, un élément d’animation des communautés locales.
La culture du carillon se transmet, de manière ‘naturelle’, de génération en génération, car le son du carillon atteint le public toutes générations confondues.
L’art de jouer du carillon se transmet au moyen d’un enseignement spécifique, prodigué dans 4 académies de musique de Wallonie (Ath, Soignies, Liège et Wavre).
Le répertoire musical pour carillon fait l’objet de publications, qui constituent un travail de mémoire transmis et étoffé de génération en génération.
La viabilité de la culture du carillon est également assurée par l’attention portée au bon état et à l’entretien de ces instruments. Les visites de carillons par le grand public se multiplient.


d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.


Aujourd’hui, par effet de la mise sur pied en 1994 de l’Association Campanaire Wallonne et de la synergie de celle-ci avec les autorités compétentes et les acteurs de terrain, le carillon bénéficie d’un nouveau regain d’intérêt en Fédération Wallonie−Bruxelles.
En témoignent :
‐ La réutilisation régulière de carillons qui étaient devenus muets (par exemple ceux de Liège (St-Jean), Charleroi, Huy, Florenville et Verviers) ;
‐ La rénovation de carillons (par exemple ceux de Thuin, Tournai, Gembloux, Huy et Verviers) ou l’extension du nombre de leurs cloches (par exemple à Ath, Soignies, Wavre et Gembloux) ;
‐ L’installation de nouveaux carillons (par exemple à Louvain-la-Neuve, St-Hubert, Dinant, Liège (St-Barthélemy) et Virton) ;
‐ L’augmentation du nombre de concerts et d’auditions de carillon en Wallonie et à Bruxelles (où l’asbl Tintinnabulum a été mise sur pied pour la promotion et le développement des carillons bruxellois) ;
‐ La reconnaissance du carillon comme « instrument patrimonial » au niveau du Décret organisant l’enseignement secondaire artistique subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles ;
‐ L’ouverture de classes de carillon dans diverses académies de musique de Wallonie (Ath, Soignies, Liège, Wavre) afin de permettre l’apprentissage de l’instrument ;
‐ Les journées « portes ouvertes » faisant régulièrement découvrir au grand public, insitu, les caractéristiques de l’instrument;
‐ Les diverses émissions de radio et de télévision consacrées au sujet ;
‐ La reconnaissance de la culture du carillon comme chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi que l’inscription de cette culture sur la liste Unesco d’exemples de meilleure pratique de sauvegarde de patrimoine culturel immatériel ;
- La mise en place du Belgian Carillon Heritage Comittee en 2014. Il se compose de membres de l’ACW, de la Vlaamse Beiaardvereniging, des administrations compétentes pour le secteur et de plusieurs experts d'autres domaines culturels. Il agit comme un organe de réflexion et de suivi des efforts de sauvegarde des communautés du carillon de Flandre et de Wallonie ;
- La journée de sensibilisation au carillon organisée le 22 avril 2016 par le Belgian Carillon Heritage Comittee.
‐ Etc.

Les efforts conjoints des propriétaires de carillons, des carillonneurs, des responsables d’animations socio-culturelles, de l’Association Campanaire Wallonne et du Belgian Carillon Heritage Comittee sont autant de garanties de sauvegarde de cette culture en FWB.


e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

Les ritournelles et les concerts de carillons contribuent au décor sonore des centres urbains ou ruraux. Elles constituent des repères sonores et identitaires pour la population et développent un sentiment d’appartenance.
Les carillonneurs et leurs comités de soutien (syndicats d’initiatives, et comités locaux « d’amis du carillon ») sont les principaux acteurs de cet élément d’animation socioculturelle.
Les propriétaires de carillons ont également un rôle à jouer, en particulier au niveau du maintien de la qualité technique de ces instruments.
Du point de vue continuité de la culture du carillon, il est intéressant de constater qu’elle continue à être prisée malgré l’apparition et le développement fulgurant, depuis un siècle environ, d’autres médias de masse tels la radio, la télévision, Internet…


f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).

Les 60 carillons de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont répartis de manière homogène sur tout le territoire. Chaque ville de taille significative possède en effet au moins un instrument de ce type.
L’ACW collabore régulièrement avec son homologue flamande, la Vlaamse Beiaardvereniging, notamment dans le cadre du Belgian Carillon Heritage Comittee.
Sur le plan mondial, la Wallonie se situe aujourd’hui en troisième position (après les Pays-Bas et la Flandre) en termes de nombre de carillons de concert par rapport à la population vivant sur son territoire.
Ces carillons de concert et leurs animateurs sont référencés entre autres sur le site internet de la Fédération Mondiale du Carillon (www.carillon.org).



g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.


Le carillonneur veille en particulier à ce que le programme musical produit au carillon ne heurte pas les sensibilités et à ce qu’il ne pas porte atteinte à l’ordre public.


h.    Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ?


Le rôle socio-culturel du carillon s’exerce soit par le biais des ritournelles automatiques qu’il produit à intervalles de temps régulier (elles constituent un repère sonore dans le voisinage urbain du carillon), soit par les concerts ponctuels donnés par des carillonneurs (ils  s’intègrent dans le programme officiel des activités socio-culturelles de l’entité urbaine). Le carillon joue des airs nouveaux à côté de mélodies anciennes ou folkloriques.

- Dialogue intergénérationnel
Les mélodies issues du carillon se propagent dans un large périmètre autour de l’instrument. Consciemment ou non, il atteint les oreilles d’un public intergénérationnel, avec pour effet que, dès sa tendre enfance, l’être humain est familiarisé au son de cet instrument.
L’art de jouer au carillon s’est transmis de génération en génération depuis la naissance de l’instrument il y a plusieurs siècles. Il en va de même pour le répertoire de musique pour carillon (travail de mémoire patrimoniale). L’apprentissage de l’instrument est intergénérationnel par définition (formation ‘top-down’ par des carillonneurs chevronnés). Les étudiants apprenant le jeu du carillon sont représentatifs de diverses tranches d’âge (existence de cours de carillon pour enfants, adolescents, adultes).

- Dialogue multiculturel
Le carillonneur veille régulièrement à diversifier les mélodies jouées au carillon en incorporant dans son programme des mélodies provenant de cultures diverses.
Des liens entre carillonneurs sont assurés aux niveaux local, régional, national et international.

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.)
Étant un instrument de musique, le carillon ne porte pas atteinte à l’environnement. En limitant le moment de la journée et la durée des auditions du carillon (ritournelles automatiques ou concerts de carillon), le carillonneur veille à ce que cet instrument ne soit pas une nuisance pour le voisinage.
Les carillons étant constitués de cloches en bronze (matériau pouvant résister plusieurs siècles sans s’altérer) et de solides structures en bois et en acier, les montants investis pour l’implantation de ces instruments sont dès lors très pérennes.

- Diversité et créativité humaine
Le répertoire de musique pour carillon est vaste. Il est constitué de mélodies composées spécifiquement pour cet instrument et d’arrangements de mélodies composées pour d’autres instruments (musique classique, moderne, jazz, pop, folklore, chansonnettes, etc.).
Depuis quelques décennies, le carillon est utilisé régulièrement en combinaison avec d’autres instruments (trompette, guitare, flûte, piano, orchestre, etc.).
Dans toutes ces formes de composition et d’expression musicale, un large appel est fait à la créativité humaine.


i.    Qu’est ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?

Par la reconnaissance de la Culture du carillon en tant que Chef d’oeuvre du Patrimoine oral et immatériel de la FWB, les carillonneurs et propriétaires de carillon ont reçu un précieux encouragement à poursuivre leurs efforts de mise en valeur et de développement de cette culture.
Cette reconnaissance par la FWB a également permis de solliciter et d’obtenir la reconnaissance de la Culture du carillon par l’UNESCO comme exemple de meilleure pratique de sauvegarde de patrimoine culturel immatériel.


4. DOCUMENTATION ANNEXE


- Références bibliographiques :
 J.-P. De Caluwé et al., « Le Patrimoine Campanaire de Wallonie », dans la collection Carnets du Patrimoine, n° 72. Éd.: Institut du Patrimoine Wallon (2010).

S. Joris, « Bells and Carillons of Wallonia : from yesterday to today », publié dans les Actes du 12e congrès de la Fédération Mondiale du Carillon tenu à Springfield, Ill, USA (2000).
Th. Boudart, S. Joris, E. Vanderheyden, « Cloches et carillons de Wallonie – un patrimoine intemporel », Les Cahiers de l’Urbanisme, n° 35-36 (2001).
 G. Huybens, « Les Carillons et Tours de Belgique », dans la collection Musea Nostra (Crédit Communal). ISBN 90-5544-019-1. Ed.: Ludion (1994).
 L. Rombouts, « Zingend Brons ». ISBN 978-90-5826-720-7. Ed.: Davids-fonds Leuven (2010).
 E. De Vos, « Musique wallonne et carillon », Le Bulletin Campanaire de l'ACW, n°5, p. 5 (1996).  J. Fraikin (dir.), « Cloches et carillons », dans la collection Tradition Wallonne, n° 11. Éd.: Communauté Française de Belgique (1998).
  M. et M.-H. Mélard-Marganne, « Cloches et Carillons dans les principautés de Liège et Stavelot-Malmedy », Feuillets de la Cathédrale de Liège, n° 33-38. Ed.: Fondation Saint- Lambert (1998).
J.-C. Michallek, « Le réveil du carillon de l’église St-Jean-l’Evangéliste à Liège », Le Bulletin Campanaire de l'ACW, n°28, p.12 (2001).
  S. Joris, « Un nouveau carillon à Saint-Hubert », Le Bulletin Campanaire de l'ACW, n°67, p. 12 (2011).
E. Delsaute et al., « Quand l’Abbaye de Floreffe carillonnait », Le Bulletin Campanaire de l'ACW, n°52, p. 17 (2007).

- Autres documents : copie d’études, site internet, autres :

Site internet de l’Association campanaire Wallonne : www.campano.be



Site internet du carillon de la Ville de Wavre : www.carillondewavre.be

 


Site internet du carillon de la Ville d’Enghien : www.enghien-le-carillon.be



Site internet du carillon de la Ville d’Ath : http://carillondath.jimdo.com



Site internet des carillons de Liège : www.fabrice-muller.be/divers/carillons/carillons.html



Site de la Fédération Mondiale du Carillon : www.carillon.org