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Le « Chaudeau » de Wespes (Fontaine-l’Évêque)

N° de référence du dossier : Reconnaissance n° 38
Dossier examiné le  28/04/2014 par la Commission du Patrimoine oral et immatériel
Reconnu depuis le 24/06/2014  par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel
Inventaire mis à jour le 2 mai 2017


1. ASPECTS PRATIQUES


a.    Nom de l’élément : Chaudeau de Wespes


b.    Localisation géographique : Wespes, commune de Fontaine-l'Évêque, province du Hainaut


c.    Communauté concernée (groupes ou individus) :
Les habitants de Wespes


d.    Société ou groupe responsable : Comité des Fêtes traditionnelles du Chaudeau


e.    Personne(s) de contact : Noël Van Kerckhoven, Bourgmestre et Président d’honneur
15, rue du Coq, 6142 Leernes
noel.vk@villedefontaine.be


 2. HISTORIQUE  

Le terme Chaudeau (sous diverses formes et langues) apparait déjà dans des écrits du XIIème siècle. Généralement, il définit une boisson chaude, énergisante et calorique. En FWB, il s’agissait d’un mets traditionnel fréquemment consommé en famille, particulièrement dans les milieux ruraux. Il était alors composé de lait, de sucre, d’épices (cannelle) et de pain (ou de mastelles).

L’origine exacte du Chaudeau de Wespes n’est pas connue. Mais le bénédicité récité avant de servir le « tchôdia » existait déjà en 1780. Les comptes communaux de 1764 font apparaître l’existence d’une jeunesse de Leernes et de Wespes.
La tradition actuelle présentée comme telle remonte à la description parue en 1894 dans la revue Wallonia mais elle fut officialisée lors des fêtes du Centenaire de la Belgique. La fête ne fut interrompue que durant les deux guerres mondiales.
Selon le folkloriste Roger Pinon qui est venu assister en 1936 et 1938 à la fête, le Chaudeau plonge ses racines dans un lointain culte de la fécondité et est lié au solstice d’été.


3. SITUATION ACTUELLE

a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).
Le premier dimanche de juillet, lors de la ducasse dédiée à saints Pierre et Paul, les patrons de la paroisse de Wespes, hameau de Leernes, dans l’entité de Fontaine-l’Évêque, le Comité des Fêtes traditionnelles organise une manifestation traditionnelle, le chaudeau (tchôdia en wallon).
Cette manifestation consiste à offrir à ceux qui sont présents lors de cette ducasse une boisson – le chaudeau – en remerciement de leur participation.
La confection de cette boisson roborative répond à un cérémonial relativement complexe et qui semble être resté immuable depuis très longtemps.
Des membres de la jeunesse, les « pourcacheûs dèl djonne binde » (les quêteurs de la jeune bande) font le tour du hameau pour ramasser le lait, le beurre, le sucre et les œufs nécessaires à la préparation; ils reçoivent occasionnellement de l’argent. Ils entonnent pour l’occasion une chanson de quête qui se termine par « Vîve sint Pièrot » (Saint Pierre étant un des patrons de la paroisse).
D’autres membres de la jeunesse, plus âgés ceux-là, vont quêter de l’argent dans les environs du hameau. Il est de tradition qu’ils doivent boire et manger tout ce qu’on leur offre pour la circonstance. Il est de tradition aussi qu’ils reviennent trop tard pour participer à la cérémonie, d’où leur appellation « lès trinnârds » (les traînards).
Les ingrédients sont rassemblés dans l’école du hameau où quelques femmes préparent, sans utiliser un moyen de chauffage, ce chaudeau selon une recette que seules quelques-unes d’entre elles connaissent. Au lait, au beurre, au sucre, aux œufs, elles ajoutent des mastèles (théoriquement des biscuits de méteil parfumés à la cannelle que seul un boulanger de Fontaine-l’Évêque confectionne encore).
Entretemps, la jeunesse, en cortège et en fanfare, se dirige vers la ferme Marc, une grosse exploitation agricole du hameau où traditionnellement la fermière leur remet la « canne de la jeunesse » ainsi qu’une forte somme d’argent.
Le cortège repart vers la place du hameau où le premier service du chaudeau se déroule. Celui-ci est amené dans des « scadias », des baquets en bois où traditionnellement on lave le beurre. Ceux-ci sont déposés par terre et les participants qui le désirent peuvent le consommer avec la cuillère dont ils se sont munis.
Le second service est précédé d’un bénédicité qui est chanté par la jeunesse qui s’est installée sur le kiosque ; ce bénédicité serait l’œuvre de François-Joseph ou Joseph-François Deltenre. Une plaque commémorative a d’ailleurs été fixée sur le pignon de sa maison natale, plaque qui est fleurie par le cortège de la jeunesse lors de son passage.
Le second service peut alors commencer et cette fois, le chaudeau, amené dans des soupières, est consommé dans des assiettes. Les filles de la jeunesse profitant de l’occasion pour vendre des «floches» (faveurs) aux consommateurs. Ce repas achevé, la ducasse continue comme toutes les autres ducasses locales.


b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.
Les pratiques sociales, rituels et événements festifs

c.    L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?
L’élément est toujours bien vivace. La participation des habitants du village est toujours aussi importante. Sa continuité a été valorisée ces derniers temps par la parution d’un livre et par la fabrication artisanale de « scadias » à l’authentique.
La manifestation est organisée par le Comité des jeunes du village ce qui permet de sensibiliser les habitants du village dès le plus jeune âge à cette tradition.
Un autre élément nécessitant un savoir-faire traditionnel réside dans la confection même du tchôdia ; la recette est connue de quelques femmes seulement qui se la transmettent oralement, de génération en génération. Il en va de même pour la fabrication des mastèles qui entrent dans la composition de la boisson ; elles sont confectionnées par un boulanger local depuis plusieurs décennies et là encore, la recette demeure secrète.


d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.
L’élément n’est pas menacé de disparition mais les organisateurs se mettent régulièrement en question face aux évolutions de la société : disparition des fermettes, mutation de la population, disparition des cafés, etc. Chaque fois, des solutions ont pu être trouvées, ce qui démontre l’ancrage de ce folklore ancestral


e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).
Les praticiens sont des familles originaires du village (certaines remontent au XVIIIème siècle). Elles ont su transmettre une appartenance au hameau qui se communique naturellement à une population élargie.

f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).
Il ne reste plus que deux Chaudeaux en Fédération Wallonie-Bruxelles. Des contacts ont été pris avec les Chaudeaux qui se déroulent dans les Antilles françaises et qui ont été importés par les colons français au XVIIème siècle.


g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.
Le Chaudeau y est conforme. Le texte de bénédicité interprété avant le repas est un modèle d’humanisme et de respect.


h.    Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ?

- Dialogue intergénérationnel

Le dialogue intergénérationnel est présent et permet de perpétuer la tradition. Les jeunes doivent apprendre de leurs ainés les fondements des us et des coutumes, son cérémonial, les rites mais aussi à réaliser ensemble les travaux nécessaires au bon déroulement de la manifestation.

- Dialogue multiculturel
Tout le monde est invité à prendre part à cette manifestation sans distinction.

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.)

Le Comité est attentif à être en conformité avec l’AFSCA et ses règles sanitaires.

- Diversité et créativité humaine
L’organisation du tchôdia nécessite une participation d’une grande partie de la population ; c’est notamment le cas pour la confection des nombreux portiques garnis de guirlandes en papier aux pliages traditionnels, portiques qui sont placés aux entrées du hameau et qui requièrent une main d’œuvre assez importante.

i.    Qu’est ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément
?
L’annonce de cette reconnaissance a permis une publicité médiatique ainsi qu’un intérêt appréciable. Elle a permis à la population de Leernes de prendre davantage conscience de leur patrimoine.


4. DOCUMENTATION ANNEXE

- Références bibliographiques :


Lemoine, Jules, « Le folklore au pays wallon », 2ème édition, Gand, 1892, p.36 et 37.
PINON, Roger, « Mais qu’est-ce donc qu’un chaudeau ? » dans « Èl Mouchon d’Aunia » numéros 2, 3, 4 de 1977, 11 et 12 de 1980 et numéros 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12 de 1987.
DUVAL, Félix, « Le Caudia », dans È »l Mouchon d’Aunia », numéro 5 de 1968.
MAIRIAUX, Michel, « El Tchôdia, Les fêtes traditionnelles du Chaudeau de Wespes », 2015

 - Autres documents : copie d’études, site internet, autres :

http://users.altairnet.net/image/chaudeau/chaudeau.htm