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L' Art des sonneurs de trompe



N° de référence du dossier : Reconnaissance n°40
Dossier reçu le 7 janvier 2016  et examiné le 8 avril 2016 par la Commission du Patrimoine oral et immatériel
Reconnu depuis le 22 août 2016 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel
Inventaire mis à jour le 6 septembre 2016




1. ASPECTS PRATIQUES


a.    Nom de l’élément : L’Art des Sonneurs de Trompe

b.    Localisation géographique : L’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) avec quelques points forts comme Saint-Hubert, Namur, Liège, Dinant, Jumet, etc.

c.    Communauté concernée (groupes ou individus) : La communauté des sonneurs de trompes en FWB qui compte environ 300 sonneurs, ainsi que le public fréquentant les messes de Saint-Hubert, les fêtes de Saint-Hubert de nombreux manèges, les fêtes et évènements organisés entre autres par la ville de Saint-Hubert, etc.

d.    Société ou groupe responsable : La Fédération des Trompes du Benelux asbl (FTB) (http://www.ftb-bjf.org/) pilote le projet avec l’appui des différents groupes de sonneurs du pays. Elle est la seule fédération ou organisation représentant les sonneurs de trompe en FWB.

e.    Personne(s) de contact : Fédération des Trompes du Benelux asbl, 1 route du Bois de Chaleux à 5560 Hulsonniaux ; Président et responsable du projet : François de Radzitzky (0475 61 84 12 - franderad@hotmail.com).




2. HISTORIQUE 


a.    Apports patrimoniaux :   Mettre en évidence les origines, les fondements : historique, ethnologique, patrimonial (décrire la ou les légende(s) fondatrice(s) éventuelle(s)).


La pratique de la trompe et l’instrument lui-même ont des origines particulièrement anciennes.
Dans les temps les plus reculés, l’homme, pour la guerre ou la chasse a éprouvé le besoin de communiquer plus loin que sa voix ne le permettait. L’utilisation de cornes est ainsi apparue. Au fil des siècles ces premières cornes ont évolué et ont été fabriquées dans divers matériaux comme le bois puis le métal. Ce moyen de signalisation, s’allongeant et permettant de faire de plus en plus de notes différentes, est progressivement devenu un instrument de musique utilisé dans les orchestres et dans les églises ce qui nécessitait une étude et une pratique de plus en plus importantes et sérieuses. Différents vocables ont été utilisés : corne, cor, oliphant, trompe, pour donner ultérieurement la Trompe en Ré qui est un « cor » naturel, c’est-à-dire sans piston, contrairement au cor d’harmonie (avec pistons) ou à la trompette.
La trompe de chasse elle-même n’a, depuis l’époque du Marquis de Dampierre, pas connu de véritable évolution, si ce n’est qu’elle s’est un peu allongée et qu’à son époque elle était enroulée sur elle-même à 1½ tour, puis a été enroulée à 2½ tours et est maintenant, pour une facilité d’utilisation enroulée à 3½ tours.
On ne peut pas parler de légendes fondatrices de l’Art des sonneurs de Trompe. Bien sûr différentes histoires ou légendes ont repris ou utilisé le thème de la trompe comme par exemple la Chanson de Roland de Roncevaux (XIIème siècle).
Proche de l’univers de la trompe de chasse, il y a également la légende bien connue de Saint-Hubert et sa vision de la croix entre les bois d’un cerf dix-cors. Cette légende a engendré un culte important dans différents lieux et en particulier à Saint-Hubert mais également à Dinant, à La Roche-en-Ardenne, à Lasnes, à Villers-la-Ville, à Namur, à Liège, etc.
A noter également que la Ville de Saint-Hubert tire son origine principale de l’Abbaye  Bénédictine créée autour du corps imputrescible de Saint-Hubert qui fut d’abord inhumé à Liège puis transféré en 825 à Andage devenue Saint-Hubert. Le culte à Saint-Hubert était réputé protéger hommes et bêtes de la rage. L'Abbaye a dû organiser l'accueil d'un nombre élevé de pèlerins dont un grand nombre de malades accompagnés de membres de leurs familles qui provenaient de toute l'Europe.
Les processions, cortèges et fêtes tournant autour de Saint-Hubert sont accompagnées de sonneries de Trompes de Chasse.
Notons également que le régiment des Chasseurs Ardennais fête lui aussi la Saint-Hubert dans la basilique de Saint-Hubert par une messe sonnée par le groupe local, le Royal Forêt Saint-Hubert.

b.    Souligner le caractère de pérennité (75 ans) : Faire connaître les éventuelles périodes d’interruption et de reconstitution, montrer l’évolution au fil du temps.

L’instrument dont l’art est considéré ici, est la trompe en Ré que le Marquis de Dampierre (1676-1756) alla chercher dans les orchestres d’églises pour en faire, à l’époque de Louis XV, l’instrument d’agrément des chasses royales. Si les veneurs eux-mêmes ont adopté cet instrument, il était, à l’époque des grandes chasses royales utilisé par des musiciens professionnels dont le rôle était de rehausser musicalement le spectacle de ces journées.
C’est leur art qui est continué actuellement dans le monde des sonneurs de Trompe.
La pratique de la Trompe en Ré existe en FWB depuis plus de deux siècles, époque où elle a accompagné l’implantation d’équipages de vènerie (le plus ancien équipage belge a été fondé en 1811). Depuis, elle s’est développée de manière autonome revenant à ses origines musicales par la création de différents cercles de sonneurs tels que le « Koninklijke Jachthoornkring Jagermeesters van Sint-Hubertus Brasschaat vzw » et le « Koninklijke Antwerpse JachthoornKring vzw » fondés en mars 1901, la « Société Royale les Disciples de Saint-Hubert de Namur asbl » fondée en 1907 et le groupe des « Veneurs de la Meuse asbl » fondé en mai 1910.
L’instrument dont l’art est considéré ici peut être décrit comme ayant connu les phases suivantes :
- Epoque des cornes où il servait à communiquer plus loin que ne le permettait la voix humaine ;
- Epoque où l’instrument est fabriqué en métal et progressivement fortement allongé ce qui lui permet de devenir un instrument de musique à part entière ;
- Epoque du Marquis de Dampierre où la trompe devient un agrément musical des chasses royales et adopte progressivement un style très particulier dénommé « style de vènerie » ;
- Epoque à partir du début du XXème siècle où l’instrument renoue avec son caractère musical.


3. SITUATION ACTUELLE


a.    Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).


On dénombre actuellement 28 groupes de sonneurs en Belgique dont environ 20 sont actifs (dont 13 en Wallonie et 1 à Bruxelles).
L’Art de la Trompe se développe vers une plus grande recherche musicale par la création, parfois ponctuelle, de petits ensembles travaillant avec d’autres instruments tels que l’orgue, le piano et la harpe, voire des orchestres ou des choeurs (voir Trompe de chasse et orchestre, Le Freischütz : https://www.youtube.com/watch?v=XbM51--ybUg).
Si la Trompe de Chasse a connu son essor grâce à l’importance de la vènerie sous Louis XIV et Louis XV, elle est a évolué vers la pratique actuelle dès le début du vingtième siècle, sous l’influence de compositeurs-sonneurs tels que Tyndare Gruyer (1858-1921), Gustave Rochard (1866-1924), Albert Sombrun (1870-1922) et Jules Cantin (1874-1956) qui développèrent un répertoire nouveau, s’émancipant fortement de la vènerie et instituant ce qu’il convient d’appeler la « trompe musicale ». Le style que l’instrument a acquis à l’époque des chasses royales reste cependant présent et constitue une remarquable particularité qu’il convient de préserver et de maintenir. Ce style s’est inspiré du cri des chiens en apportant aux exécutions un artifice appelé « tayaut » ainsi que d’un autre artifice, le « hourvari », tous deux décrits dans le Vade-mecum du Moniteur de Trompe. Ceci explique que le répertoire contienne encore des fanfares utilisées en chasse à courre. Ces fanfares sont de remarquables et très courtes mélodies (une trentaine de secondes) qui contiennent toutes les difficultés d’exécution et sont donc le moyen idéal pour le débutant pour s’initier à cet art particulièrement difficile. En outre, vu la puissance sonore de l’instrument, sa pratique est plus commode en forêt ou, en tous cas, en des lieux ouverts, ce qui explique le lien que l’instrument a conservé avec le monde de la forêt et des grands espaces. A ce titre, il est souvent perçu comme un instrument de ce monde. Ceci dit, il n’attire pas plus facilement les habitués de ce monde que les citadins, au moins aussi nombreux à s’y adonner.
De nombreux groupes de sonneurs ce sont constitués avec des sonneurs pour la plus part sans aucun lien avec la chasse ou la vènerie, ce qui n’a pas empêché ces groupes et les sonneurs en général, de conserver la tenue de vènerie comme habit pour leurs prestations. Ces tenues ne sont pas aux couleurs d’un équipage de chasse à courre ; chaque groupe choisit ses couleurs comme bon lui semble : plusieurs groupes pouvant avoir les mêmes couleurs. Par essence, la trompe de chasse n’a pas de lien avec la chasse au fusil ou à la carabine. Elle s’est affranchie de la vènerie dont les ambitions ne sont pas musicales et de manière plus évidente encore en ce qui concerne la Belgique où la chasse à courre n’est plus pratiquée.
Les groupes recrutent essentiellement grâce à leurs prestations ou au bouche-à-oreille. Les candidats sonneurs et donc les sonneurs, proviennent de tous les milieux. Il n’est pas nécessaire, au début, de disposer de connaissances musicales qui s’acquerront progressivement par la pratique.
Il n’y a aucun critère d’admission sur le plan social, philosophique, financier ou autre. Seuls comptent le niveau progressivement atteint et l’esprit de camaraderie. Si les hommes sont majoritaires, on constate de plus en plus de femmes s’intéressant à la pratique de la trompe de chasse (à titre d’exemple, dans le groupe de la Société Royale des Disciples de Saint-Hubert de Namur, sur 17 membres du groupe, il y a 4 femmes et dans l’école de ce groupe, sur 36 élèves inscrits, il y a 10 femmes).
La pratique de la Trompe se manifeste en public par des concerts, par l’accompagnement de messes de Saint Hubert, par sa présence dans de nombreux évènements populaires tels que les évènements organisés par la ville de Saint-Hubert, par des concours et par des stages d’apprentissage et de perfectionnement. Faute de disponibilités, ces derniers ont connu un déclin en FWB ces 15 dernières années. A partir de 2014, la Fédération des Trompes du Benelux asbl (FTB) a repris des initiatives en la matière ; en 2015, deux stages importants ont été organisés par la FTB dont le premier, de 2 ½ jours, à Villers-Perwin avec 32 stagiaires et le deuxième de 3 jours à Saint-Hubert, lieu mythique pour la Trompe, avec 50 stagiaires (https://www.youtube.com/watch?v=Wkqhv-kBjhg). Pour ces deux stages, les stagiaires venaient de FWB, Flandres, France, Allemagne, Luxembourg et Hollande.  Le nombre de participants aux différents stages varie d’une vingtaine à une centaine. Les stages durent généralement de 2 à 3. Les Championnats du Benelux rassemblent quelques 200 à 250 sonneurs belges et étrangers.
Le monde de la Trompe en FWB est caractérisé par l’existence de différents groupes (voir annexe 1), la présence d’un certain nombre de sonneurs individuels et l’action de la Fédération des Trompes du Benelux asbl (FTB).
Cette dernière fut constituée le 15 novembre 1975 sous le nom de Fédération des Trompes de Belgique. Mais, à la demande des sonneurs hollandais et grand-ducaux, elle a élargi (29/10/2002) son rayon d’action afin de leur permettre de profiter de ses activités et a pris son appellation actuelle (il n’y a qu’un seul groupe de sonneurs au Grand-Duché et il n’y a plus de groupe réellement actif en Hollande, seulement quelques sonneurs individuels).
La FTB organise chaque année un championnat international (voir par exemple l’épreuve de duo en 2015 à Lavaux Sainte Anne : https://www.youtube.com/watch?v=WX-bJ1Q7c9A) et se remet à organiser des stages.
En 2016, deux stages seront organisés (Villers-Perwin les 21 et 22 mai ; Saint-Hubert du 1er au 3 juillet) et le Championnat du Benelux se fera au Fourneau Saint Michel (Saint-Hubert) le 16 avril.
Les groupes de Trompes donnent régulièrement des concerts, ils ont des répétitions généralement hebdomadaires et certains ont constitué une école Le répertoire de la Trompe va des fanfares héritées des chasses royales et du Marquis de Dampierre à de courtes fanfares (+/- 1 minute) honorant des personnes ou des lieux-dits et à des compositions plus longues (2 à 4 minutes) et parfois beaucoup plus complexes avec des parties à 4 ou 5 voix, voire même mêlant d’autres instruments ou des choeurs (voir exemples en annexe 2).
Ce répertoire évolue constamment grâce à de nouvelles compositions. Parmi les compositeurs belges reconnus, on peut citer Victor Noury, Franz et Jean Vannerom dans les années ’50 ainsi qu’actuellement Alexis van Damme, André Pourtois et François de Radzitzky. Cette reconnaissance vient essentiellement de la FITF (Fédération Internationale des Trompes de France) qui s’est organisée pour répertorier et homologuer les fanfares (Plus de 5.000 compositions sont actuellement homologuées ou répertoriées dont environ 700 composées au cours des trois dernières années).

b.    La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.

Les arts du spectacle
Les pratiques sociales, rituels et événements festifs


c.    L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?

L’Art du Sonneur de Trompe est toujours bien vivant aujourd’hui. Le nombre de groupes de sonneurs en témoigne. La transmission, indispensable vu qu’il y a toujours matière à progresser se fait principalement grâce :
- à la présence de sonneurs dans des évènements tels que les fêtes de Saint-Hubert qui sont très importants pour intéresser de nouveaux éventuels adeptes ;
- aux écoles de trompe (Liège, Namur, Dinant, Jumet, Couvin, Bertrix pour ne citer que les principales en Wallonie) ;
- au travail des groupes ;
- aux concours et aux stages d’initiation et de perfectionnement à nouveau organisés ;
- aux concerts régulièrement organisés soit en plein air, soit dans des églises.
La transmission utilise évidemment toutes les techniques modernes de l’informatique et du Web, ainsi que les transmissions écrites (Vade-mecum et recueils de partitions, sonothèque et partothèque, par exemple), mais, dans la vie de tous les jours, dans le fonctionnement des groupes et des écoles, c’est la transmission orale qui prévaut, permettant de transmettre l’expérience des plus compétents vers l’ensemble des sonneurs.
Comme déjà mentionné plus haut, la FTB organise en 2016 deux stages (Villers-Perwin et Saint-Hubert) et un Championnat du Benelux (Fourneau Saint Michel).
A partir de janvier 2016 (première fois : 09/01/2016) des journées de formations pour les moniteurs d’écoles et directeurs musicaux de groupes sont organisées par la FTB.


d.    Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.


L’Art du Sonneur de Trompe n’est actuellement pas en danger de disparition mais bien en phase de désaffection progressive. En effet, on constate une réduction lente mais claire du nombre d’adhérents à la Fédération du Benelux (même si 2015 a vu une belle recrudescence due aux deux stages à nouveau organisés), mais aussi à la fédération française et un intérêt de plus en plus faible des plus jeunes : l’âge moyen des sonneurs s’est progressivement élevé, passant d’une moyenne de 20-30 ans à une moyenne qui se situe actuellement vers les 30-40 ans.
Comme pour tout apprentissage musical, la Trompe requiert beaucoup de temps, d’efforts, d’énergie, de persévérance et de régularité. La Trompe n’étant pas reconnue par les conservatoires de musique, elle ne bénéficie d’aucune mise en valeur et doit créer et gérer seule tout son encadrement et cela sur base du bénévolat. Cette absence de reconnaissance réduit la visibilité de l’instrument.
Le temps nécessaire à l’apprentissage et les efforts nécessaires – deux éléments qui ne sont plus dans la culture actuelle – ainsi que le manque de visibilité expliquent le désintérêt progressif.
Les importants efforts pédagogiques et d’organisation de stages et de concours sont les principaux moyens mis en œuvre par la FTB pour remédier au désintérêt constaté. Le répertoire, en constante évolution, tant en ce qui concerne les nouvelles compositions que les associations avec d’autres instruments, contribue également à l’intérêt que la trompe peut susciter, sachant cependant que ce répertoire est largement hors de portée des débutants.
Afin d’améliorer sa visibilité, la FTB a créé un site web (http://www.ftb-bjf.org) et a obtenu en 2015 un stand à la Foire de Libramont, aux Journées de la Chasse à Verlaine (Oudoumont) et aux Journées Internationales de la Chasse et de la Nature à Saint-Hubert. Ces initiatives ont permis de récolter une septantaine de contacts qui sont suivis par des envois de mails et des invitations à diverses activités. Elles seront renouvelées, voire développées, en 2016.


e.    Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

Les sonneurs de Trompe sont issus de tous les milieux sociaux, culturels, linguistiques et philosophiques ; on en trouve de tous les âges, hommes et femmes. Certains se sont intéressés à l’instrument par leur fréquentation de l’Ardenne et en particulier des manifestations organisées par la Ville de Saint-Hubert, d’autres parce qu’ils ont entendu des concerts ou des messes sonnées et ont été conquis par la sonorité très particulière de l’instrument et l’émotion qu’il procure. Nombreux sont ceux qui ne disposent d’aucune connaissance musicale et qui les acquièrent progressivement, au fur et à mesure de leurs progrès. L’Art de sonner de la Trompe ne suppose pas, comme souvent pensé, une importante capacité pulmonaire et beaucoup de force physique, même s’il en faut une certaine. L’investissement financier, hors l’achat d’un instrument, est relativement limité. Les cercles de sonneurs sont généralement organisés autour de répétitions souvent hebdomadaires ; plusieurs d’entre eux organisent des cours généralement gratuits ou aux cotisations symboliques pour les débutants et peuvent leur fournir des instruments pendant la période de découverte. Un instrument de bonne qualité peut se trouver pour un budget de 700 à 1.200€. Toutes les trompes ont la même tonalité et la même longueur (4,545m) ou devrait l’avoir car il s’agit souvent d’une fabrication artisanale ou semi-artisanale.
On ne peut parler de « détenteurs » de l’Art du Sonneur de Trompe qu’en relevant les résultats des championnats et les connaissances que certains ont acquises au cours de leur « vie de sonneur ». Ce sont eux qui détiennent et maintiennent l’Art du sonneur. Les fédérations nationales (France, Benelux, Allemagne, Suisse, Italie) organisent et structurent l’activité et la transmission du savoir et des compétences en organisant championnats et stages ou en labellisant des activités organisées par des groupes.

La FTB veille, selon ses statuts, à faire progresser la qualité des sonneurs. Ce travail, entièrement bénévole, consiste principalement à maintenir une bonne cohésion entre tous les sonneurs du pays et en l’organisation d’évènements comme des concours et des stages. C’est ce point concernant les stages, un peu mis en veilleuse ces dernières années, qui représente l’effort principal actuel. Il importe à la FTB de conserver un esprit de progrès, de partage de valeurs : en effet et sans entrer dans trop de détails, la pratique de l’Art de bien sonner de la Trompe, implique pour chaque sonneur et pas seulement pour les débutants d’accepter de se remettre en question, d’accepter de se faire confiance, d’accepter, quel que soit son âge, les conseils d’autrui.
La Belgique (particulièrement en FWB) a toujours été soucieuse d’améliorer la pédagogie de la Trompe avec des moniteurs tels qu’entre autres les regrettés Michel Dasnoy, Koen Broeckaert et Robert Decamps, et actuellement Philippe Carabin, Alexis van Damme, Bertrand Bourgeois, Jacquy Lognard et François de Radzitzky qui a rédigé un Vade-mecum du Moniteur (voir le dossier joint).
La pratique de la Trompe de chasse est très présente dans de nombreux évènements populaires tels que les messes de Saint-Hubert dans de nombreuses localités à travers tout le pays et bien sûr à l’occasion des journées organisées par la ville de Saint-Hubert telles que les concerts du « Juillet Musical de Saint-Hubert », les « Fêtes de la Chasse », la fête patronale du 3 novembre, …


f.    Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations).

Le monde de la Trompe est évidemment plus large que la FWB ou la Belgique. Le premier pays où cette pratique est présente est la France avec plusieurs milliers de sonneurs et une importante structure : la Fédération Internationale des Trompes de France (FITF) qui, comme la FTB, veille à la promotion de l’Art du Sonneur de Trompe et organise ou labellise de nombreux concours et stages. On trouve des sonneurs dans d’autres pays comme principalement le Luxembourg, la Hollande (un Hollandais, Dimitri Donders, a été sacré 3 fois ‘Champion International’ en 1995, 1996 et 1998), l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et la Pologne. Les sonneurs belges sont très présents, comme juges ou comme concurrents, dans les concours en France et en Allemagne (3 Belges ont été sacrés ‘Champion International’ : Michel Dasnoy en 1971, Alexis van Damme en 2005 et Bertrand Bourgeois en 2008). Les Belges sont également présents dans les stages essentiellement français et allemands, comme stagiaires ou comme moniteurs (et comme moniteurs, y compris aux USA et en Pologne).
Le rayonnement de la Belgique et de la FTB est très important depuis très longtemps. La FITF (à l’époque Fédération des Trompes de France) a été créée le 15 janvier 1928 par différents sonneurs dont un Belge : le Baron Eugène Verhaegen. De 1971 à la fin des années ’90, la FTB a innové en organisant annuellement un stage de plusieurs jours à Saint-Hubert et plusieurs Belges ont fait rayonner la Belgique et la FTB par soit leurs places dans les concours, soit par leurs qualités de pédagogues ce qui a complètement influencé la pratique de la Trompe, belge et française, avec des moniteurs d’exception comme les Belges : Michel Dasnoy, Alexis van Damme et Bertrand Bourgeois déjà cités ainsi que Philippe Carabin, Jacquy Lognard, François de Radzitzky (membre de la commission pédagogique de la FITF et entre autres en charge pour celle-ci de la formation des sonneurs polonais), etc. N’oublions pas les compositeurs belges déjà cités comme Victor Noury, Jean et Franz Vannerom, Alexis van Damme et François de Radzitzky, et n’oublions pas non plus les groupes qui, par leurs succès dans les championnats les plus prestigieux, ont fait briller la « Trompe belge » : Le Rallye Boitsfort, le Rallye Tilleghem, le Rallye Arc-en-Ciel, le Rallye Hertogenwald, le Rallye Meerdael, etc. Enfin citons à nouveau Michel Dasnoy qui, ingénieur du son de son métier, fut le premier à enregistrer les concours en Belgique et en France et à réaliser des 33 tours d’initiation à l’instrument : activité reprise par Patrick Blyau et Jean-Paul Heinrich.
Plusieurs groupes belges ont réalisés des enregistrements de grande qualité.


g.    Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.

L’Art du Sonneur de Trompe est un art purement musical et les groupes de sonneurs ne sont jamais organisés en sociétés commerciales (ils sont en asbl ou en associations de fait). Les écoles sont animées par des moniteurs bénévoles et il en va de même pour les stages.
Les sonneurs sont issus de tous les milieux, sans distinction philosophique ou religieuse, sociale, linguistique, générationnelle, professionnelle ou de sexe.
L’Art du Sonneur de Trompe est quasiment exclusivement basé sur le bénévolat.
La FTB veille à ce que l’essentiel de ses écrits et publications soient bilingues et parfois même trilingues vu l’intérêt que lui portent de nombreux sonneurs allemands.


h.    Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ?

- Dialogue intergénérationnel

- Dialogue multiculturel

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.)

- Diversité et créativité humaine


L’Art de la Trompe étant pratiqué, comme dit plus haut, par des sonneurs issus de tous les milieux et les évènements auxquels ceux-ci prennent part s’adressant à des publics très diversifiés (processions, cortèges, fêtes de Saint-Hubert, concerts, etc.), l’Art du Sonneur de Trompe touche un vaste public, y compris des personnes farouchement opposées à la chasse qui, très naturellement, font la distinction entre la chasse et les aspects patrimoniaux, culturels et folkloriques de la trompe. De nombreux manèges tiennent à la présence de sonneurs de trompe pour leur fête annuelle ou participent aux différentes fêtes de Saint-Hubert organisées à travers le pays.
En raison de liens amicaux ou d’habitudes anciennes, il est fréquent que des groupes de sonneurs francophones participent à des évènements en Flandres et réciproquement. Par exemple, la « Société Royale les Disciples de Saint-Hubert de Namur asbl » anime chaque année la messe des fauconniers en la cathédrale Saint Bavon de Gand (Saint Bavon est le saint patron des fauconniers).
L’instrument demandant une certaine force physique, en particulier un travail de compression au moyen des muscles de la ceinture abdominale, il n’est pas conseillé de commencer un apprentissage sérieux avant l’âge de 10/12 ans. L’âge moyen des plus jeunes sonneurs ayant atteint un niveau correct est de 14/15 ans. En raison de cet effort physique nécessaire et de la réduction de la densité des tissus musculaires (en particulier au niveau des lèvres) les sonneurs voient leurs performances se réduire sensiblement à partir de la soixantaine, voire de la cinquantaine. Dans le travail de groupe, ces sonneurs plus âgés peuvent continuer de pratiquer leur passion et contribuer positivement à la qualité du groupe en choisissant des voix d’accompagnement moins exigeantes mais plus délicates où leur expérience fait merveille. Dans la plus part des groupes, on rencontre des sonneurs de plus de soixante ans, ainsi que des jeunes d’une quinzaine d’année. Outre l’intérêt de combiner l’ardeur de la jeunesse à l’expérience due à l’âge, cette situation contribue beaucoup à la convivialité. En outre, très classiquement, les sonneurs âgés qui ont atteint personnellement un bon niveau, servent de moniteurs/formateurs pour les plus jeunes. Ceci dit, en ce qui concerne les stages, les moniteurs sont de plus en plus sélectionnés pour leurs connaissances techniques et leurs qualités pédagogiques, indépendamment de leur âge ou de leurs résultats en concours.
Dans les écoles et dans les stages, tant les plus jeunes que les plus âgés sont les bienvenus. Pour autant que la pédagogie soit de très bon niveau – et ce niveau est à la hausse grâce aux recherches entreprises – il est possible d’amener une personne de 50 ou 60 ans à un honorable niveau et donc de lui permettre de trouver une place dans un groupe.


i.    Qu’est ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?

Pour la FTB, cette reconnaissance permet de :
•    préserver, pérenniser, développer, valoriser le patrimoine culturel des sonneurs de trompe ;
•    conforter / renforcer la promotion de l’Art du Sonneur de Trompe ;
•    identifier la FTB comme acteur de référence dans les différentes facettes de la musique pour trompe, et en particulier dans son rôle de gardienne des valeurs de partage d’une passion, de progrès musical, de respect des traditions, de convivialité, de valorisation du patrimoine culturel ;
•    donner à la FTB plus d’atouts et plus de visibilité pour perpétuer cette tradition et promouvoir ce patrimoine culturel ;
•    ouvrir ce patrimoine aux chercheurs, le faire partager davantage au grand public.


4. DOCUMENTATION ANNEXE


- Références bibliographiques :


Boüessée Joël, « La Trompe de Chasse & Gaston de Marolles », éd. FITF, 1974 Poncet Jacques, « L'Art de la Trompe », éd. Grenier, 1982Collectif, dir. Helary

Collectif, dir. Helary Yannick, « La trompe : tradition & avenir », éd. FITF, 2013
Trompes de France – Bulletins annuels de la FITF (1929 à 2014)
Baines, “A Brass instruments: their history and development”, éd. Faber, 1973

- Autres documents : copie d’études, site internet, autres :

Vade-Mecum du Moniteur Sonneur rédigé par François de Radzitzky, président de la FTB
http://www.ftb-bjf.org/



 
Annexe 1 : Groupes de sonneurs en Fédération Wallonie-Bruxelles:

  le « Bien Aller Ardennes » à Liège,
  le « Cercle Royal Saint-Hubert » à Bruxelles,
 la « Société Royale les Disciples de Saint-Hubert de Namur » à Namur,

  les « Echos de la Semois » à Nafraiture,
 le  « Royal Forêt Saint-Hubert » à Saint-Hubert,
  le « Rallye Trompe de l’Hertogenwald » à Dolhain,
 les « Veneurs de Sainte Marie-Madeleine » à Jumet,
  le « Cercle Royal les Veneurs de la Meuse » à Dinant,
 le « Rallye Bois des Roeulx, à Florennes,
  les « Trompes du Val d’Attert » à Nobressart,
   le « Royal Débuché de Vielsalm » à Vielsalm,
  les « Trompes du Duché de Limbourg » à Limbourg,
   le « Rallye Trompes des Ardennes - Croix Mambourg » à Bertrix,
  les « Sonneurs du Val Mosan » à Haltinne.

Annexe 2 : Facteurs de Trompes et Exemples de concerts avec Trompes et Orchestre ou Orgue
Principaux facteurs de Trompe
Cornélius : http://www.trompe-cornelius.com/


Fraize-Marques : http://www.fraize-marques.com/


Millienson : http://www.trompe-millienson.com/


Périnet : perinet.fr/ecole-de-trompe


PGM Couesnon : http://www.pgm-couesnon.fr/


Pierre de Surrel : http://www.pierredesurrel.com/Trompes_de_chasse/Accueil.html



Exemples de concerts avec Trompes et orchestre ou orgue:
Kyrie Hubert Heinrich - Trompe de chasse et orgue
https://www.youtube.com/watch?v=RCH1L7QtKt0


Suite pour 2 cors en FA de Telemann - Trompe de chasse et orgue
https://www.youtube.com/watch?v=8Cv-A_b1BC8


Trompe de chasse et orchestre, Le Freischutz
https://www.youtube.com/watch?v=XbM51--ybUg


Trompes de Chasse et Piano : La Ballade Nord Irlandaise
https://www.youtube.com/watch?v=ygWIPCW_TJk


Trompe de Chasse et Orgue : "Dans une Etable Obscure" "Es ist ein Ros' entsprungen"
https://www.youtube.com/watch?v=nq707OqSofA


Trompe de Chasse&Piano : Priscile
https://www.youtube.com/watch?v=DlkPHW85BQU


Trumpet Voluntary
https://www.youtube.com/watch?v=C_Lp795mKZs


Trompes de Chasse et Orgue "The Venery Fantaisy
https://www.youtube.com/watch?v=eKw83g9jlJo