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Le Grand feu de Barbençon

 

N° de référence du dossier : Reconnaissance n°42

Dossier reçu le 16/10/17 et examiné le 6/11/17 par la Commission du Patrimoine oral et immatériel

Reconnu depuis le 24/01/18  par la Ministre de la Culture en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel


Inventaire mis à jour le 15/02/18

 

1. ASPECTS PRATIQUES

a. Nom de l’élément : Grand Feu de Barbençon

b. Localisation géographique : Ancienne commune de Barbençon, entité de Beaumont, province du Hainaut

c. Communauté concernée (groupes ou individus) :  

►Le Comité de la « Jeunesse de Barbençon » 

► Les habitants de Barbençon ainsi que toutes les personnes assistant au Grand feu 

► L’école maternelle et primaire de Barbençon 

► L’administration communale de Beaumont

d. Société ou groupe responsable : 

Le Comité de la « Jeunesse de Barbençon » représenté par : 

Président : Luc GÉRIN, Allée des Tilleuls, 1bis 6500 Barbençon

Vice-président : Pierre SNAUWAERT, Rue du Pavé, 40, 6500 Barbençon

Secrétaires : Pascal NASUTTI et Julie GÉRIN

Trésorières : Vanessa BOMBLET et Aurélie MARICQ

Délégués jeunes : Thibaut DUPUIS et Jonalyne BORTELS


e. Personnes de contact : 

Président : Luc GÉRIN , Allée des Tilleuls, 1bis 6500 Barbençon

Vice-président : Pierre SNAUWAERT, Rue du Pavé, 40, 6500 Barbençon

Conseillers communaux : Serge DELAUW et Jean-Marie SNAUWAERT 


2. HISTORIQUE  

Mettre en évidence les origines, les fondements (historique, ethnologique, patrimonial, etc.), les éventuelles périodes d’interruption et de reconstitution et montrer l’évolution au fil du temps.

Il est difficile d’établir avec précision quand cette manifestation est apparue. Les hypothèses divergent et se recoupent également. 

Dans un article de 1989, Monsieur Max DEFER (1897-1991), ancien chef d’école âgé de 92 ans à cette époque et aujourd’hui décédé, déclarait que cette tradition remonterait au Moyen-Age. C'était, pour les villageois, le symbole de la purification par le feu et coïncidait avec le début des privations du Carême. Au fil du temps, d'autres significations se sont ajoutées: la fin de l'hiver, mais aussi au début 20ème siècle, ce grand feu mettait fin aux plaisirs et apportait un soulagement à la population après une longue période « de carnaval et les 3 journées fatidiques des "Restoneux", des "Saligots" et des "Biaux"... ».

De nombreux témoignagnes oraux confirment son ancienneté. Mais la plus ancienne source visuelle date de 1938. Une photo du Grand Feu démontre l’activité de ce folklore entre les deux guerres. Trois personnes ont pu être reconnues dont une personne toujours vivante.

Le plus vieil écrit retrouvé évoquant le Grand Feu de Barbençon est un article du Journal de Charleroi en date du 17/02/1948 (source : bibliothèque du Musée de la vie wallonne à Liège). 

Le Grand Feu n’a pas eu lieu pendant les grandes deux guerres mondiales, ni en 1958 et 1959. On ne s’explique pas réellement les raisons pour ces deux années et on suppose peut-être une courte relâche dans cette tradition. 

Mais la relance est bien assurée en 1960 grâce à un nouveau comité et une participation massive de la foule lors du cortège. 

Le Grand Feu de Barbençon est un des derniers à avoir encore lieu le 1er dimanche de la Quadragésime (comme celui de Bouge par exemple). C’est la date traditionnelle des grands feux, date peu respectée par ailleurs. 

Dans certaines régions françaises, belges ou d'ailleurs, la tradition consiste, en ce dimanche des Brandons, à allumer des feux, danser à l'entour et parcourir les rues et les campagnes en portant des brandons ou des tisons allumés. (Extrait du livre « Du Doudou au Remoudou » de Françoise Lempereur).

Auparavant, cet évenement durait 3 jours. Ces trois journées devaient sans aucun doute être fastidieuses pour toutes les familles qui comptaient chez elles au moins une jeune fille! ... Le 1er jour, les "Restoneux" se contentaient de les visiter et de préparer, sur place, des crêpes puis de les déguster au nez et à la barbe de leurs hôtes. Le 2ième jour, les "Saligots", aussi appelés « les r’loqueteux », munis de seaux remplis de purin venaient tout simplement les déverser dans les maisons de ceux et celles qui refusaient d’offrir un verre de goutte, une tasse de café ou un « bouké » de tarte – comprenez un morceau – aux hommes déguisés! ... Quant au 3ième jour, celui des "Biaux", il consistait en une visite amicale des maisons et des cafés du village où ils se faisaient servir à boire. Très bien déguisés, ils prenaient bien soin de travestir leur voix afin de n'être point reconnus. Leur particularité était de porter de superbes masques au fil d'acier tressé.

Cette tradition particulière a été abandonnée. Neanmoins, jusqu’au début des années 60, il  était de coutume de passer de porte à porte pour aller checher les jeunes filles afin qu’elles participent pour tirer le char avec les garçons.

Le Grand feu s’organise aujourd’hui en une seule journée. Voici en une dizaine de points comment il se déroule aujourd’hui :

1. Cela commence de bonne heure le matin du Grand Feu. Les jeunes, après une copieuse omelette en déjeuner, se mettent en route pour le ramassage de paille et de bois pour achever de constituer le bûcher du soir. Car il faut dire que le gros tas qui servira à bruler le bonhomme est déjà préparé pendant les semaines et les jours qui précèdent. Le ramassage de la paille, des fagots ou « ourettes » et tout autre bois se fera pendant les jours précédents (ou WE),  avec l’aide d’un tracteur muni d'une remorque et souvent d’une pelle mécanique.

2. Le char qui va être complété de ballots de paille est arrivé dans la promenade du Lac près du lieu de départ « La Taverne du Lac »

3. Le char en bois avec roues en bois cerclées en fer va bientôt démarrer. Il est muni d’un frein manuel à vis pour la sécurité et ce frein est activé par une personne de confiance car il faut être alerte afin que le convoi ne prenne pas de vitesse en descente et ne recule pas en montée.  C’est le responsable « del manique », désignant ce système de frein avec vis à crémaillère qui vient serrer deux plaques de bois arrondies sur les roues arrière du char.

4. La chaîne en métal d'une longueur d’environ 25 mètres avec plus de 50 tirants eux aussi métalliques pour les « saqueux ». Il peut y avoir plus de 100 tireurs ou « saqueux » parfois en costume de carnaval, parfois masqués mais les masques tombent vite dans l’effort demandé !

5. Sur le char, on trouvera uniquement les fagots et ou paille ainsi que le bonhomme hiver.  Souvent fabriqué avec la présence d'une classe de l'école de Barbençon, il est bourré de paille dans une salopette de travail bleue et est masqué (masque de fantaisie représentant un personnage célèbre) et couvert d'un chapeau noir. Il porte l’écharpe rouge et jaune aux couleurs de Barbençon.  De vieilles bottes en caoutchouc lui seront cousues sur le bas de la salopette. Un mât lui servira de colonne vertébrale et servira d'ancrage dans les ballots de paille comme seule fixation.

6. De part et d’autre du char, les « astoqueux » et « destoqueux », au nombre de quatre sont munis de leurs « armes redoutables ». Les uns avec leurs « astoques », de gros blocs de bois forés en leurs milieu afin d’y mettre un manche soigneusement serti car il faut qu’elles résistent dans le rude combat qui les attend. Chacun choisit son essence de bois, il faut que celui-ci soit très résistant (aulne, noyer ou chêne) Les autres avec leurs « destoques », longues perches en bois (environ 1.70m) fabriquées aussi dans un bois très dur. Ces acteurs sont vêtus en sombre et portent presque toujours un bonnet en laine tricoté de couleur rouge et jaune (couleur de Barbençon). Il en est de même pour la personne au poste « frein » du char. 

7. A l’arrière du cortège, il y a une fanfare de carnaval (tambours et cuivres) qui va égayer le cortège. Il n’a pas de sociétés de gilles, ni paysans, ni pierrots ou autres comme cela se retrouve dans d’autre carnavals. Des groupes spontanés et déguisés (habitants de Barbençon) sont invités pour suivre et fermer le cortège, comme les « infirmiers » qui vendent quelques boissons dans leurs baxters au profit de l’école du village. Il y a aussi une petite buvette ambulante tirée par un qui ferme le cortège, car le passé, il y avait de nombreux petits cafés tout au long du parcours, comme dans la plupart des villages de campagne. 

8. Le parcours depuis la promenade du Lac reste identique chaque année. Un premier arrêt à la rue de l’Etang (St Joseph), un deuxième arrêt au bas de la rue des Marbriers, la rue à monter en forte pente, un troisième sur la place Gustave de Paul de Barchifontaine (Eglise) pour enfin entamer la fin du parcours pour atteindre l’Auberge du Lac.

9. Ensuite, direction la prairie où le feu sera allumé à 20 heures pour y amener le contenu du chariot et pour placer en son sommet le bonhomme hiver.

10. Ce sont les derniers mariés de Barbençon qui allumeront le feu, comme la tradition l’exige. Pour terminer dans les flonflons de musique, la danse des sept sauts. Et enfin pour une dernière rasade en musique en milieu couvert avec les derniers airs de carnaval et de la musique plus contemporaine. Vive le printemps, l’hiver est mort !

3. SITUATION ACTUELLE


a. Décrire l’élément actuel dans son ensemble (avec ses différentes composantes).

Depuis toujours, le Grand Feu de Barbençon est célébré le dimanche qui suit le Mardi Gras, 1er dimanche de la Quadragésime. 

Parmi tous les grands feux célébrés dans la région, le Grand Feu de Barbençon est une tradition tout à fait spécifique car il ne s’agit pas seulement d’un bûcher allumé le soir.

En effet, il s’agit d’une fête dont sa spécificité est tout à fait locale, et nulle part ailleurs, dans tous les autres grands feux, ce genre de spectacle n’existe ou n’existe plus. Les préparatifs sont beaucoup plus longs et précèdent le jour même de la fête comme la confection du bonhomme-hiver, la confection d’un gros tas de bois et paille qui sera complété le jour du Grand Feu en matinée par un dernier ramassage de bois et paille.

Le Grand Feu de Barbençon a ses propres caractéristiques. Un char aux roues en bois cerclées de fer et muni d’une longue chaîne est tiré par les jeunes, les « saqueux », terme wallon voulant dire ceux qui tirent. 

Ils doivent emmener le char en haut du village. Mais pour l’empêcher d’avancer, les hommes mariés, les « astoqueux » sont là pour placer de grosses cales de bois serties au bout d’un manche sous les roues. 

Et ce n’est pas fini car pour débloquer ces grosses cales arrivent les « destoqueux », de jeunes et robustes célibataires qui ont pour mission de faire glisser les « astoques » avec leurs « destoques », longues perches de bois confectionnées dans les semaines qui précèdent le Grand Feu. 

Inutile de vous dire que les « astoqueux » ne parviendront pas à empêcher le char de remonter la pente. L’hiver sera vaincu et le bonhomme sera brûlé le soir même. Ce sont les derniers mariés du village qui bouteront le feu au bûcher.

Le public qui assiste porte des déguisement divers. Par exemple, le groupe des infirmiers qui suit le cortège procéde à de fausses transfusions, etc.

La tradition se passe dans la langue wallonne propre à notre région et aussi particulière au niveau local dans les mots employés afin de véhiculer certains termes et expressions spécifiques à cette manifestation. Quand les personnes se présentent, elles disent, de façon théâtrale, un mot en wallon. Combien de fois n’entendons-nous pas des « saqué, ho hisse, i faut el fais monter ! »


b. La reconnaissance entre dans quel(s) domaine(s) du POI ?  A spécifier.

Les traditions et expressions orales, y compris la langue. 

Les pratiques sociales, rituels et événements festifs

c. L’élément est-il toujours bien vivace ?  Comment est-il transmis aujourd’hui ? Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?

Le Grand Feu de Barbençon est toujours bien vivace et suivi par les gens de la région, voire de plus loin, car outre le « grand feu » à 20h qui est une coutume ancrée en Entre Sambre-et-Meuse, le spectacle offert la journée avec le char qui doit remonter le village est particulier. 

Le Grand Feu fait partie de la « culture » des Barbençonnais de toutes les générations qui participent grandement à cet évènement annuel. Il anime toujours autant la population de Barbençon soucieuse de conserver son folklore et de le transmette aux générations futures. La transmission se fait oralement au niveau du cercle familial mais également au sein de l’école communale de Barbençon. Cette dernière contribue aussi aux préparatifs de cet évènement avec ses élèves et ce, sous la direction du comité de la jeunesse locale.

Toutes les générations participent à cet évènement. Les enfants de Barbençon sont les premiers acteurs locaux. Ils sont un peu les rois de la fête. Ils sont souvent présents pour assister à la confection du bonhomme hiver, ce qui est impressionnant pour les plus petits.

Les enfants se mobilisent sous le regard de leurs parents et souvent leur aide pour faire partie de la « chaîne » tirant le char avec ses roues en bois sur lequel est installé «el  Bollomme* » hiver ! (* langue locale)

Le comité de la jeunesse prépare le feu et le bonhomme hiver en passant durant quelques semaines avant la date fatidique chez tous les villageois pour récolter des fagots ou coupes de branches qui vont constituer le bûcher.  

Les astoqueux et les destoqueux - et pour en être un de ceux-ci il faut du muscle - sont des adultes et des jeunes pas toujours de même génération et parfois leur rôle se transmet au sein de la famille de père en fils, le père qui astoque se livrant à un combat avec son fils ou beau-fils !

d. Expliquer si l’élément en question est menacé de disparition et indiquer les actions entreprises pour une sauvegarde.

Le Grand Feu de Barbençon n’est actuellement pas menacé de disparition. Néanmoins l’engouement devient un peu moins important. Les conditions climatiques influencent également le nombre de participants. 

Cette tradition a toujours été respectée et, de génération en génération, le rite se perpétue. D’ailleurs, une vague d’intérêt s’est bien remise et ceci peut s’expliquer par ces motifs : 

►l’association de l’école locale pour la transmission de la tradition ;

► l’attribution du label « Barbençon, un des plus beaux villages de Wallonie » en avril 2016 ;

► le tournage d’une partie de l’émission de la RTBF « Les Ambassadeurs » fin août 2016 avec comme thème central pour Barbençon une mini-reconstitution du Grand Feu et principalement une activité toujours appréciée par les enfants des écoles qui consiste à fabriquer un bonhomme hiver en paille. 

► l’intérêt annuel de la presse écrite et télévisée pour le Grand Feu de Barbençon, depuis de nombreuses années. Déjà en 1979, la RTBF CHARLEROI venait tourner un film sur le Grand Feu de Barbençon afin de le présenter au « Festival du film folklorique » de Nice. Entre-temps, d’autres petits films ont été tournés, notamment par Télésambre. La presse écrite relaie aussi l’événement avant et après par de nombreux articles qui sont annexés dans le dossier général.

Il faut aussi savoir que la population du village de Barbençon a fortement augmenté, passant de 500 à la fin des années 60 à presque 900 en 2017.

L’origine de cet évenement étant très lointaine, depuis plusieurs siècles, au point de ne pas pouvoir réellement dater ses débuts, il est important de garder vivante cette mémoire collective et identitaire.

C’est pourquoi, la contribution de l’école communale au maintien de cette tradition en l’inscrivant dans son programme pédagogique est essentielle.

Comme décrit plus haut, les trois journées préalables au grand feu sont disparues avec le temps. Les prépartifs font aujourd’hui partie de la tradtion : 

- le ramassage des fagots chez les villageois de Barbençon 

- le ramassage de paille chez les agriculteurs 

- la confection du bonhomme hiver (salopette, paille, bottes en caoutchouc, masque, gants, …)

L’allumage du feu est toujours fait par les derniers jeunes mariés du village précédant le grand feu. 

La « langue wallonne » est également présente dans cette tradition vu l’appellation wallonne des acteurs du Grand Feu, des autres termes purment wallon pour en parler. 

La reconnaissance récente en 2016 du village de Barbençon comme « Un des plus beaux villages de Wallonie » va contribuer également à relancer l’intérêt des villageois et des autres villages pour le Grand Feu. 

D’ailleurs, le Grand Feu, tradition rurale et originale, a contribué en partie à cette reconnaissance comme « Un des plus beaux villages de Wallonie ». Cette dernière reconnaissance a un impact très positif au sein de la population qui « redécouvre » en quelque sorte son village et l’intérêt de sa conservation auquel est indéniablement attaché leur original folklore.

e. Analyser les aspects sociologiques, humains et matériels.  Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?  Faire apparaître le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’identité, d’appartenance, de continuité).

Le Grand feu est une fête d’un jour où tous les villageois mais aussi ceux de l’entité de Beaumont se trouvent réunis dans un grand moment festif empreint de joie, d'humour, de partage et solidarité. 

Les enfants y tiennent désormais un rôle primordial et sont encouragés par tous les villageois afin qu’ils arrivent à mener le bonhomme-hiver sur le bûcher appelé le Grand Feu et sonner ainsi la fin de l’hiver. 

Bien que très ancien, le grand feu est toujours bien vivant et se transmet avec ardeur et passion de génération en génération.

C’est un socle commun pour tout le village qui est très fier de ce folklore très original et particulier dans son déroulement.

Mais le Grand Feu n’est pas qu’une manifestation d’un jour. La préparation se fait quelques semaines à l’avance, et la tradition persiste depuis longtemps. 

► La population locale attend le passage des ramasseurs de bois ;

► C’est l’occasion de revoir cette équipe de jeunes qui ramassent tout le bois, même actuellement les sapins de Noël, pour la confection du tas ou bûcher qui verra le bonhomme hiver partir en fumée. C’est aussi l’occasion de boire une tasse de café « amélioré ».

► Le jour du Grand Feu cette même récolte à plus petite échelle se réalise en matinée après une bonne omelette. Car la récolte risque d’être très dure !

C’est avant toute chose un évènement intergénérationnel où toutes les couches sociales se retrouvent sur un même pied d’égalité. Il contribue ainsi à la cohésion sociale de même qu’à l’intégration des nouveaux habitants. Au-delà du cortège du Grand Feu, c’est l’occasion pour les familles et amis de se retrouver en s’invitant mutuellement. La danse des sept sauts qui clôture la journée autour du Grand Feu sur lequel brûle Bonhomme hiver est une sorte de grande farandole rassemblant tous les villageois. 


f. Si possible, situer l’élément dans une perspective régionale, nationale et/ou internationale (comparaisons, ouvertures, relations). 

Cette ancestrale tradition était bien présente dans plusieurs villages de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Actuellement, Barbençon en constitue une version tout à fait particulière dans le cadre de ce vieux char, transportant symboliquement quelques fagots et ballots de taille, qui doit gravir les rues en déclivité du village.

Le comité de jeunesse serait particulièrement ravi de pouvoir inviter d’autres jeunes et groupes carnavalesques afin de participer à l’événement (Clermont, Gozée, …) dans un échange de bonnes relations. 


g. Montrer que l’élément est conforme aux droits de l’Homme, aux respects mutuels et à la législation en vigueur en FWB.

L’événement est tout à fait conforme aux droits de l’homme et à toute autre législation en vigueur. Cette fête est empreinte d’humanisme avec les valeurs que cela sous-entend. Respect, amitié, partage, solidarité….

h. Comment l’élément intègre-t-il son rôle socio-culturel ? 


- Dialogue intergénérationnel

Cette manifestation a bien un caractère intergénérationnel :

► le ramassage de bois et paille, avant et le jour même du Grand Feu est l’occasion est d’une sympathique entrevue entre les « acteurs » et les « fournisseurs » ;

► la « cagnotte » que les jeunes constituent pour organiser l’événement est bien entendu un événement.  Autrefois, on passait avec un cahier de maison en maison afin de récolter de l’argent. On y inscrivait le montant, le donateur et une petite signature. Le système fut abandonné il y a une cinquantaine d’années car les « curieux » aimaient bien de voir ce que le voisin avait donné. Aujourd’hui, la récolte de fonds se fait grâce à plusieurs « cochons-tirelires » qui circulent de maison en maison.

► les gains récoltés serviront, entre autres, à offrir avant Noël un « cougnou » aux personnes de plus de 60 ans. Cela est donc une occasion de plus de rencontrer la population.

- Dialogue multiculturel

La manifestation est ouverte à tous les participants volontaires et celle-ci est teintée de rites différemment expliqués mais dont la population n’est pas consciente car ce jour-là doit être un excellent moment de convivialité commençant par un rude combat « théâtral », une sorte de « mise en scène » qui se termine toujours par un rondeau autour du feu final. 

A Barbençon, il n’y a pas vraiment la présence de plusieurs communautés. Mais la participation de l’école assure et favorise l’intégration des enfants issus de communautés différentes. La constitution de masques et déguisements à l’école invite tous les enfants à y participer. 

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.)

Le Grand Feu a peu d’incidences sur l’environnement, ni sur la santé. Le char en bois est tiré par les enfants et les adolescents.

Cet évenement a un impact positif sur l’économie locale, notamment pour les cafés et restaurants du village.


- Diversité et créativité humaine

- Pour les travaux de maintenance et de réparations du char avec ses roues en bois, il faut faire appel au savoir-faire d’artisans ferronniers et de menuisiers à l’ancienne. Ce qui devient rare car la technique relève d’une connaissance technique pointue de chauffe du cerclage des roues suivi d’un refroidissement rapide afin que le cerclage emprisonne fortement le bois.

- Chaque année aussi, il faut tricoter des bonnets aux couleurs de Barbençon (rouge et jaune) ainsi que l’écharpe aux mêmes couleurs que portera le bonhomme-hiver.

- La confection du bonhomme-hiver et des costumes demandent un savoir-faire et fait appel à la créativité de tout un chacun. En conclusion, chacun apporte sa contribution à l’édifice. 

- Les élèves de l’école créent des masques et des déguisements.

i. Qu’est ce que la reconnaissance en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ? 

Cette deuxième reconnaissance qui suit celle de «  un des plus beaux villages de Wallonie » contribue à renforcer davantage la pérennité de ce folklore, de cette tradition, de ce patrimoine oral. Barbençon ne veut pas devenir un village dortoir. Un village sans culture et tradition est un village qui se meurt. Cette reconnaissance peut également contribuer à l’attractivité touristique.

4. DOCUMENTATION ANNEXE

Références bibliographiques :

- A. Doppagne, « Les grands feux », coll. Wallonie, art et histoire,

n° 11, Gembloux et Namur, 1972.

- Roger Pinon, « Analyse morphologique des Feux de Carême dans la

Wallonie occidentale », Commission royale belge de Folklore, annuaire n°

XIII, 1959-1960, Bruxelles, 1962, pp. 81-183.

- Lempereur Françoise, « Du Doudou au Remoudou », Labor-RTBF, 1999.

Vidéo : 

R. Pinon, Le grand feu de Barbençon, Musée de la Vie wallonne, 6 mars 1960.