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La Culture vivante de la fête foraine

N° de référence du dossier : Reconnaissance n°45

Dossier examiné le 22/10/2020 par la Commission des Patrimoines culturels – session Patrimoine culturel immatériel

Reconnu depuis le 18/02/2021 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel

Inventaire mis à jour le 23/02/21

 

 

1. ASPECTS PRATIQUES

a. Nom de l’élément : LA CULTURE VIVANTE DE LA FETE FORAINE

b. Localisation géographique : Dans l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles 

c. Communauté concernée (groupes ou individus) :

Les forains, individuellement ou regroupés en unions, détiennent les connaissances et savoir-faire liés à cette pratique. Leur mode de vie est nomade : ils voyagent d’une ville à l’autre, apportant la fête aux habitants. La communauté des forains compte environ 330 entreprises familiales en Wallonie et 75 à Bruxelles. Au total, cela représente à peu près 2000 personnes concernées.

Un groupe plus restreint concerné par l’élément est constitué de fournisseurs, fabricants et artisans - qui travaillent depuis des décennies à la réalisation des attractions, généralement inspirés par les forains eux-mêmes et leurs idées (Par exemple, Adesko et ses auto-scooters en Belgique) - et de personnes venant travailler sur le champ de foire (artificiers, animateurs).

Les villes et les collectivités territoriales, qui accueillent et aident au bon déroulement des festivités, forment un troisième groupe d’acteurs de l'élément : dans chaque ville concernée, un service spécialisé assure la liaison avec les forains, dans le cadre d'une coopération administrative.

Les habitants de ces villes sont profondément concernés par la culture foraine : 1,5 millions de personnes visitent la Foire de Midi à Bruxelles et 1,5 millions de personnes montent sur les manèges de la Foire de Liège.

Dans ce dernier groupe, certains ont une relation particulière à l’élément : des collectionneurs, des chercheurs en sciences humaines - qui non seulement visitent mais étudient la fête foraine, développant une relation privilégiée avec les forains - et des institutions culturelles, qui préservent les collections patrimoniales (archives et objets).

 

d. Société(s) ou groupe(s) responsable(s) :

L’association sans but lucratif « La Défense des Forains Belges »

Rue Guido Gezelle 26

1030 Bruxelles 

e. Personne de contact :

Comité de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel forain créé au sein de la D.F.B. (Défense des Forains Belges)

Franck DELFORGE, Vice-président de la D.F.B. - vbfdfb(at)msn.com – 0475/24.14.78

Steve SEVEREYNS, Secrétaire général de la D.F.B. - mail(at)stevesevereyns.be 0477/85.01.40   

 

2.         HISTORIQUE

Les arts forains remontent à l’empire Romain. Devant l’entrée de la porte principale du Circus Maximus se trouvaient les marchands ambulants, acrobates, jongleurs, funambules, etc. Ils imitaient les spectacles qui se déroulaient à l’intérieur, dans le centre du cirque, appelé spédia.

Depuis lors, les artistes et marchands ambulants ont parcouru l’Europe en démontrant leurs capacités en arts et tours.

Au Moyen Age, on retrouve les toutes premières attractions mécaniques foraines très primitives : des sortes de balançoires et moulins en bois. Les racines des fêtes foraines annuelles datent de cette époque. Depuis lors, on parle de la « foire » ou la « kermesse ».

Le mot foire vient du latin forum = marché. Au Moyen Age, de grands marchés annuels se déroulaient dans les grandes villes pendant plusieurs semaines. Les forains itinérants y participaient année après année avec les premières attractions et spectacles.

Les kermesses par contre, jouissent à l’origine d’un caractère spirituel. La « kerkemisse » était célébrée chaque année pour commémorer la consécration de l’église. Ce jour-là, les fidèles affluaient pour gagner des indulgences et profitaient de l’occasion pour se divertir.

La « ducasse » trouve son origine dans les dédicaces que les croyants organisaient pour honorer leurs Saints-Patrons. Il ne fallut pas longtemps pour que les réjouissances relèguent au second plan le caractère religieux de nos fêtes.

Au XVIIIème siècle, la révolution industrielle permit le développement des attractions et manèges forains. Ainsi, les montagne russes ou carrousels à vapeur apparaissent. Les premiers cinématographes, sont d’ailleurs apparus sur les fêtes foraines.

Pendant la 2ème Guerre Mondiale (1940-1945) peu de fêtes foraines ont eu lieu mais dans l’euphorie générale de la libération, le secteur forain a connu à nouveau un progrès énorme. Après la guerre, beaucoup de nouvelles fêtes foraines ont été établies. Des communes, où auparavant on connaissait une fête par an, organisent désormais deux, voire trois fêtes foraines chaque année. Chaque quartier, chaque commune compte minimum une ou deux fêtes foraines annuelles. Pendant cette période on connait beaucoup de grandes familles foraines, qui voyagent déjà depuis des générations. Le nombre de manèges, attractions et stands a aussi fort augmenté.

Pour régler cette « explosion foraine », les villes et communes ont instauré un système d’adjudication pour les emplacements forains. Malgré l’évolution générale, les fêtes foraines sont toujours organisées où elles ont leurs origines : au cœur des centre villes et villages.

Au fil des années, cette progression foraine s’est stabilisée. En 2006, le système d’adjudication a été remplacé par un système avec « abonnement » comme les marchands ambulants du marché. Désormais, l’organisation des fêtes foraines est réglée par l’Arrêté Royal du 24 septembre 2006.

 

 3.         SITUATION ACTUELLE

A.        DESCRIPTION

Dans l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles, environ 1300 fêtes foraines sont organisées dans les 281 communes chaque année. Les fêtes foraines sont organisées par des villes et communes et leurs services, comités des fêtes ou syndicats d’initiatives. Elles se déroulent toujours au même moment dans l’année, selon le calendrier forain. Ces dates sont souvent toujours les mêmes depuis que la foire, kermesse ou ducasse a été instaurée (Moyen Age, XVIIIème siècle ou après la guerre). La fête foraine peut être considérée comme « le fil rouge » de la culture des festivités locales. Souvent on retrouve des forains et leurs attractions pendant le marché annuel, carnaval, procession, cortège des géants, les marches Sambre et Meuse. Soit tous d’autres événements du Patrimoine oral et immatériel.

La foire, rassemblement itinérant en plein air, est l’élément central. Traditionnellement, chaque année à la même date, des forains indépendants se réunissent dans les centres-villes ou en périphérie, et installent leurs « métiers » :

-    Manèges : grandes attractions, auto-tamponneuses, carrousel, manèges tournants ou à sensations comme une chenille, « break-dance », la « boîte à rire ».

-  Stands proposant une cuisine spécifiquement foraine (« pommes d'amour », « croustillons », gaufres, « lacquements », etc.)

-        Jeu d'adresse et de hasard (pêche aux canards, tir)

-        Spectacles : marionnettes, boxe

Une fois la fête ouverte, les visiteurs sont invités à pénétrer dans un espace géométrique, structuré par des allées formées de stands, et à participer au spectacle de la fête foraine : musiques sortant de chaque stand, forains haranguant les foules… Tout est fait pour déboussoler le visiteur et le faire entrer dans un autre monde, un monde avec ses spécialités culinaires, sa population et son système monétaire : le ticket de manège. Le visiteur n’est pas un simple spectateur, il est encouragé à prendre part, de façon active, au spectacle.

Les fêtes foraines séduisent les gens par leur aspect coloré. Les stands et les manèges sont continuellement restaurés par les forains, leur donnant un aspect vintage ou plus futuristes, évoquant des lieux ou des thèmes exotiques et imaginaires.

Les tournées des forains sont plus ou moins longues, de quelques jours à plusieurs semaines. La saison foraine commence en général en même temps que la période des carnavals au mois de février ou mars. Elle se termine début novembre pendant la période de la Toussaint et l’Armistice. Depuis quelques années on retrouve aussi des stands et manèges forains sur les marchés de Noël et événements d’hiver par exemple à Liège, Bruxelles, Durbuy, Mons, Tournai, Namur, … On y retrouve des carrousels, grandes roues, toboggans, mais aussi la gastronomie foraine comme les pommes d’amour, gaufres, croustillons, etc. Les forains s’adaptent à l’air du temps, il y en a même qui exploitent des patinoires dans cette période-là. Ces événements d’hiver deviennent des nouvelles traditions. Les forains aiment divertir la population et veulent aussi apporter un peu de joie et prospérité dans la période sombre en hiver.

Durant ces voyages, de véritables petits villages se construisent provisoirement à l’intérieur des villes. Chaque forain voyage avec plusieurs caravanes, certaines transportant du matériel, d’autres dédiées à l’habitat de la famille. Hommes, femmes, enfants, parents, grands-parents, propriétaires des manèges et travailleurs saisonniers se retrouvent ensemble sur le champ de foire. Pour la plupart des forains, ces villages temporaires sont les lieux où ils passent la majeure partie de l’année, dans les caravanes, derrières les manèges et les stands. Les forains habitent toute l’année dans ces « voitures de ménage » équipées. A l’heure actuelle, certaines sont comparable à un petit appartement avec tout le confort.

Quand les forains arrivent sur un champ de foire, on installe en général d’abord les voitures de ménages. Souvent elles sont installées près de l’attraction (le « métier » comme les forains l’appellent). Les caravanes les plus modernes s’ouvrent par des tiroirs sur les côtés pour avoir plus d’espaces à l’intérieur. On doit y raccorder l’eau et courant pour le bon fonctionnement. A l’intérieur on retrouve, comme dans des autres habitations, une cuisine, salon, salle de bain avec wc, chambre à coucher. Ainsi que tous les appareils comme machine à laver, lave-vaisselle, tv, etc. Quand ils sont sur place, les forains font leur vie dans la ville ou commune où ils se trouvent. Ils font leurs courses, mangent au restaurant, vont à la pharmacie, bref la vie quotidienne.

Une fois l’habitation est installée, le montage du métier commence. Certains métiers sont plus lourds à monter que d’autres, mais demandent le même dévouement et finition par le forain.

Le montage et finition dure 1 à 2 jours. Une fois que tout est monté on commence le nettoyage et contrôle le bon fonctionnement des lumières, son et mécaniques. L’attraction, stand ou métier détermine la spécialité du forain. Les manèges mécaniques demandent beaucoup sur le côté mécanique évidemment, mais les lumières et effets spéciaux comme les lasers, machine à fumée etc. Pour l’exploitation il faut aussi bien savoir parler au micro pour attirer le monde et pour mettre l’ambiance.

Exploiter un jeu, c’est aussi un métier à part, il faut savoir encourager les gens et les amuser.

Un stand de gastronomie est également très particulier. Il faut savoir préparer les pâtes pour les croustillons, gaufres, lacquements etc. Ces recettes passent de génération en génération. Souvent les métiers restent dans la famille. Bien sûr on a le choix et la liberté de reprendre un métier d’un collègue qui arrête ses activités, mais en général les familles restent dans les mêmes catégories de métier.

Sur les grandes foires on retrouve une école dans une roulotte pour les enfants de maternelle. A partir de l’école primaire, les enfants en général vont à l’internat ou restent chez les grands-parents qui sont à la retraite et qui ne voyagent plus.

Les exploitants forains forment une grande famille. Les jeunes rencontrent d’ailleurs souvent leur futurs conjoints au sein du monde des forains et c’est ainsi qu’ensemble ils perpétuent la profession de leurs parents depuis de nombreuses générations.

Sur les ducasses et kermesses on retrouve surtout les attractions classiques comme la pêche aux canards, autos tamponneuses, carrousel, tir, …

Sur les grandes foires annuelles on retrouve des plus grandes attractions qui coupent le souffle : grand-huits, grande roue, manèges à vitesse en en hauteur.

C’est surtout les villes et communes qui décident le nombre et type d’attraction. Si un forain veut investir dans un nouveau métier, il doit respecter la catégorie de son abonnement avec la ville (manège enfantin, gros manège, stand alimentaire, jeu, …) Sur certaines foires, il y un emplacement prévu pour des nouveautés. Le principe, c’est d’y mettre un nouveau manège chaque année.

Pour aider les administrations communales à organiser leurs fêtes foraines et pour défendre les intérêts des forains, des associations professionnelles ont été créés au fil des années. Pour le moment il y 5 associations foraines actives en Belgique.

Ces associations sont l’intermédiaire entre les villes et communes d’un côté et les forains de l’autre. Ensemble ils s’occupent du bon déroulement des fêtes foraines de toutes sortes.

Quelques exemples de fêtes foraines :

Bruxelles : En 1880, le Conseil Communal décida que les trois kermesses qui se déroulaient simultanément à la Grand Place, à la Place des Martyrs et au Marché-aux-Grains seraient réunies dans une seule grande foire. La foire du Midi est née. Elle s’installe au Boulevard du Midi, elle commence le weekend avant le 21 juillet pour commémorer la Fête Nationale et elle dure 5 semaines.

Liège : Par lettre du « Six delle Fore » rédigié sous l’épiscopat d’Englebert de la Marck, Prince-évêque de Liège de 1345 à 1364, le chapitre de Saint-Lambert, les échevins, le conseil et toute la communauté de Liège, remplace le 14 mars 1350 les deux foires annuelles de Liège par une foire générale tenue en Gravioule. Quand a cette nouvelle foire, il est clairement exprimé qu’elle est annuelle et doit être tenue lors de la fête de Saint-Lambert, patron de Liège.

Huy : Fernand Discry, archiviste à la ville de Huy, signale qu’une franche-fête était organisée à Huy dès avant 1249.

Mons, foire d’automne : Jean d’Avesnes, comte du Hainaut, qui venait d’agrandir la ville de Mons et de l’entourer de murailles, institua une franche foire par une chartre datée d’avril 1290. En 1338, sous Guillaume 1er d’Avesnes, la foire dure 8 jours avant et 8 jours après la Toussaint.

 

B.         DOMAINE(S) DU POI           

- Les pratiques sociales, rituels et événements festifs

 

C.         TRANSMISSION

- L’élément est-il bien vivant ? 

La culture est la vie foraine est bien vivante. Des centaines de familles foraines fréquentent des milliers de fêtes foraines, visitées par de millions de visiteurs.

La tradition foraine est transmise de génération en génération, de père au fils ou de mère en fille. Quand on se marie, c’est souvent avec quelqu’un d’une famille foraine. Ce n’est pas obligatoire bien entendu et les nouveaux venus issus du « monde extérieur » sont parfaitement acceptés sont bien acceptés. Mais on constate souvent que ces nouveaux venus sont malgré tout presque toujours déjà liés avec la fête foraine ou les forains : fournisseurs, propriétaires d’un restaurant près du champ de foire, etc.

 

- Comment est-il transmis aujourd’hui ? 

Les enfants vont a à l’école et /ou l’internat la semaine. Les weekends et les vacances scolaires, ils sont chez les parents. Souvent pendant une ou deux heures par jours les enfants à partir d’un certain âge, ils apprennent un peu le métier en regardant ou en aidant leurs parents. C’est là qu’on apprend ce qu’on ne peut pas s’enseigner à l’école : comment faire des croustillons, des barbes à papas, comment faire tourner un manège et faire l’entretien, le montage et démontage, parler au micro, faire l’administration, etc.

La transmission se fait donc par voie familiale, oralement et en pratique.

Devenir forain est donc un processus progressif, familial et intergénérationnel, sans programme scolaire spécifique, qui résulte d’une accumulation d’expériences de terrain. Les forains, capables de tout faire, maîtrisent de nombreuses compétences (artisanales, artistiques, professionnelles), qu'ils se sont appropriés, ont développées et transmises à leurs enfants.

 

- Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément et sa transmission ?

Aujourd’hui, certains programmes de formation liés aux professions du monde du spectacle garantissent que la culture foraine peut suivre les évolutions contemporaines. L’enseignement supérieur joue un rôle, indirect, dans la transmission du savoir : de plus en plus de jeunes forains suivent des études de gestion, pour devenir entrepreneurs et perpétuer ainsi les entreprises familiales.

Une fois par an, le comité organise aussi une lecture à l’école d’Etterbeek où beaucoup d’enfants forains vont à l’école et internat, ainsi que des enfants hors du monde forain. On leur parle de l’historique et traditions de la culture foraine pour qu’ils comprennent mieux la vie et les coutumes de leurs parents ou leurs amis.

Les déplacements géographiques des forains, principalement au-delà des frontières, donnent au monde forain un aspect multiculturel. La circulation des informations se fait désormais à un niveau européen, notamment via une presse spécialisée (Journal forain en Belgique), des sites Internet, ou les réseaux sociaux. 

Enfin, les musées, la presse, la littérature, le théâtre et le cinéma, contribuent à préserver les plus anciennes traces matérielles relatives à la fête foraine – objets d’arts forains, photographies, archives. Les professionnels des musées s’assurent de la continuité et de la bonne compréhension du lien socio-culturel entre les fêtes foraines, les forains et la population. C’est notamment le cas en Fédération wallonie-Bruxelles avec le Musée de la Foire et de la Mémoire, à Saint-Ghislain, ou grâce aux blogs et sites Internet de chercheurs et d’amateurs-collectionneurs.

 

D.        SAUVEGARDE

- L’élément est-il menacé de disparition ?

- Quels sont les menaces et dangers éventuels ? 

- Actions entreprises pour assurer la sauvegarde ?

Bien que la fête foraine soit toujours vivante, elle doit faire faces à des concurrents et souvent elle doit se battre contre des menaces de disparitions.

1. La concurrence en loisirs a énormément augmenté les dernières années : parcs d’attractions, centres commerciaux, plaines de jeux intérieures, laser shooting, escape rooms, parcs à trampolines, etc. Pour combattre cette concurrence, les forains doivent investir beaucoup dans les plus nouvelles attractions sophistiquées du marché. Ces attractions coûtent très cher et doivent suivre les dernières exigences techniques et nouvelles législations, ce qui occasionne d’autres surcoûts.

2. Les villes ou communes prennent également des décisions qui affectent la vie des forains : le coût des emplacements augmente, la création des zones à basse émission (LEZ) oblige les forains à investir dans de nouveaux camions. Pour ces raisons, un forain ne peut plus se permettre d’exploiter une seule attraction ou stand, mais doit en avoir plusieurs pour que ses affaires soient rentables.

3. Ces augmentations de dépenses pour les forains se reportent inévitablement sur les visiteurs. Le coût des billets augmente pour les familles et cela a une influence sur le nombre d’attractions que les visiteurs peuvent faire en une ou deux heures de foire, même si de gros efforts sont consentis par le secteur pour limiter cette hausse de prix. 

4. Les réaménagements des Grand-Place et centre-ville causent un déplacement de la fête foraine hors des villes, ce qui est très préjudiciable pour les forains. Les associations professionnelles font tout ce qui est en leur pouvoir pour bien dialoguer avec les autorités locales pour défendre les intérêts des forains. La place de la fête foraine est au cœur des centres villes et villages et doit y rester.

5. Une autre menace à l’heure actuelle est bien sûr la pandémie COVID-19. En 2020 et 2021, les forains ont connu une très longue période de fermeture obligatoire. Ceci a d’énormes conséquences financières, ressenties très durement par les forains.

Les quelques fêtes foraines qui ont pu se tenir en 2020 ont dû réduire considérablement leur capacité d’accueil (400 pers. maximum simultanément sur le champ de foire à Tournai, par exemple) et beaucoup de villes et communes n’ont pas organisés du tout leurs fêtes foraines traditionnelles. Les associations professionnelles engagent le dialoguer avec tous les niveaux de pouvoir (fédéral, régional, provincial, communal) pour maintenir la culture foraine.

La reconnaissance de la culture foraine vivante doit permettre de sensibiliser tous les acteurs à la nécessité d’assurer la viabilité de l’élément.

  

E.         ASPECTS SOCIOLOGIQUES ET HUMAINS

- Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ? 

Les traditions foraines, de par leurs très grandes diversités nationales ou régionales, sont un vecteur d’identification à une communauté. Le nom par lequel la fête foraine est désignée est important, tout comme le vocabulaire spécifique utilisé par les forains, dont des mots et expressions sont passés dans le langage courant, comme « faire la foire » en français. Les forains sont les porteurs de traditions, ils participent aux fêtes foraines avec leurs stands et attractions. Ils participent aussi aux ouvertures officielles des fêtes, souvent ensemble avec des autres traditions ou rituels locaux.

La vie des forains est étroitement liée à la famille, et leurs activités professionnelles interfèrent bien souvent sur la vie privée. Leur mode de vie nomade leur confère un fort sentiment de liberté, mais fait aussi de la famille leur système référence et leur unique champ d’action, auxquels s’ajoutent les contacts avec les autres forains du champ de foire. Même les employés de longue date ont des liens très forts avec les familles de forains et partagent leur mode de vie itinérant.

 

- Comment s’exprime le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’appartenance, d’identité, de continuité) ?

Cette communauté a préservé son identité culturelle nomade, qui trouve partiellement ses racines dans les foires médiévales. Les forains sont très fiers de leur métier et de leur manière de vivre. Ils sont très fiers de leurs enfants et ne demandent pas mieux qu’ils continuent la tradition, ce qui est souvent le cas. Bien que ce ne soit plus vraiment un monde fermé comme dans le passé, les forains aiment se définir comme des voyageurs et non des sédentaires. Le travail du forain est aussi très polyvalent. Il doit amuser les gens, mais aussi connaître un peu l’administration, l’électricité, la mécanique, la peinture, etc.

De l’autre côté, les visiteurs des fêtes foraines ont aussi leurs propres habitudes et traditions. On entend souvent qu’ils ont eu leur premier coup de foudre sur la foire ou kermesse. Les visiteurs montent avec leurs enfants lorsque ceux-ci découvrent un carrousel pour la première fois et prennent une photo de leurs enfants sur le même manège que celui dans lequel ils étaient montés quand eux-mêmes étaient enfants.

C’est aussi sur la fête foraine que l’on apprend aux enfants comment gérer leur argent de poche et leur porte-monnaie. Les machines à pièces pour gagner une peluche, la pêche aux canards, le tir aux ficelles… sont autant de rendez-vous immanquables pour les enfants et autant d’occasion d’apprendre à gérer son budget.

Et n’oublions pas la tradition des lacquemants à la Foire de Liège. On en consomme tout au long de la foire, mais le dernier jour, il est de coutume pour les Liégeois d’en faire des provisions à mettre au congélateur pour les manger le premier janvier !

Pour les visiteurs, la culture foraine est un extraordinaire monde de joie, une synthèse de presque toutes les formes de divertissements et d’arts visuels, se renouvelant sans cesse. Au cours de leurs temps libre, immergés dans la foule, les visiteurs peuvent oublier leur routine quotidienne, sortir de leurs habitudes et mettre en œuvre leur propre imaginaire. Dans notre pays du Nord, la fête à une signification importante : le retour de la foire signifie le retour du printemps.

 

F.         ETENDUE GÉOGRAPHIQUE

On retrouve des fêtes foraines dans toute la Belgique. Les origines de la fête foraine sont plus vieilles que les frontières, donc on retrouve partout en Europe aussi. C’est en Europe qu’elle s’est développée et a été exportée en XIXème siècle.

La fête d’octobre à Munich est la plus grande fête foraine du monde avec plus de six millions de visiteurs d’année en année.

 

G.        LÉGALITÉ

- Démontrer que l’élément est conforme aux Droits de l’Homme, au respect mutuel et à la législation en vigueur en FWB.

La profession foraine est une profession ouverte à tout le monde. Il suffit d’avoir un numéro de TVA et une carte patronale d’un secrétariat sociale pour participer à une fête foraine. Aucune discrimination n’y est d’application. Tout le monde peut devenir forain.

Mais on constate que peu de gens souhaitent adopter ce mode de vie lorsqu’ils ne sont pas nés dedans.

 

H.        FONCTIONS SOCIO-CULTURELLES

Expliquer le rôle socio-culturel de l’élément sous quatre aspects :

 - Dialogue intergénérationnel :

Au sein des familles foraines, chaque membre à un rôle à jouer, des grands-parents, impliqués dans l'éducation et la transmission, aux petits-enfants. Cet esprit de famille est visible dans l’installation des métiers sur le champ de foire : les confiseries sont par exemple tenues par les grands-parents, les manèges par les parents, les loteries ou stands de tirs par les enfants.

Le public et les visiteurs ont leurs propres habitudes et traditions liées aux fêtes foraines qu’ils transmettent de génération en génération (voir 3.e). La fête foraine est un moment privilégié de partage d’expériences ou de souvenirs. C’est aussi un moment de plaisir et de détente en famille ou entre amis.

 

- Dialogue multiculturel :

Les fêtes foraines sont accessibles à tous et sont fréquentées par toute la population de différents cultures et nationalités. Le monde des forains consiste des personnes de toutes les régions de Belgique et parfois des autres nationalités. Les forains voyagent aussi dans les autres régions en Belgique et parfois même à l’étranger.

Evoluant dans une société multiculturelle, les forains s’adaptent aux nouvelles exigences : habitudes alimentaires et règles religieuses (végan, halal, kascher), utilisation de produits biologiques et éco-responsables, éviction de toute forme de spectacle qui pourrait nuire aux fondements éthiques de notre communauté.

Traditionnellement, certaines journées proposent des offres spéciales à des groupes sociaux particuliers, comme les orphelins, les personnes en situation de handicap, ou les réfugiés. Les forains réunissent ces différentes populations dans une même expérience de joie, et contribuent grandement au dialogue des cultures, dans une société de plus en plus globalisée.

 

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.) :

Les fêtes foraines sont toujours organisées par les villes ou communes. Ceci a comme conséquence que les forains et leurs équipements doivent suivre les législations. Les poids lourds doivent être adaptés pour les LEZ (zones à basse émission). Les emballages des stands de nourritures doivent être recyclables, réutilisables ou bien triés (par exemple, usage de fluides non-polluants comme des graisses biodégradables). Grâce à toutes ces mesures, les forains ont réduit de 50% leur consommation d’énergie, et certains travaillent à l’élaboration de manèges autonomes. La révolution écologique fait évoluer les connaissances et pousse les forains à innover. Les attractions sont équipées avec des éclairages LED et la musique ne dépasse pas le nombre de décibels autorisés. Les forains sont concernés bien-sûr par les questions environnementales et de limitation de la pollution. Ils doivent suivre les réglementations liées à la durabilité. 

Les forains cherchent également à réimplanter les fêtes foraines au cœur des villes, accessibles en transport en commun, toujours en accord avec les réglementations locales (réduction des nuisances sonores, installation de revêtement sous les passages des camions, collecte des eaux usagées).

Les forains collaborent aussi souvent avec les commerçants locaux. Pensons notamment aux nombreuses braderies organisées par les commerçants locaux où l’on retrouve des métiers forains. Ensemble ils animent le village.

Parfois ils organisent aussi la publicité ensemble, une affiche, organisation d’une tombola, des actions avec des bons de réduction, …

Pour l’HORECA, la fête foraine annuelle représente souvent une des meilleures périodes de l’année. Parmi les partenaires de notre journal forain, on retrouve aussi des établissements HORECA. Pendant un réaménagement du domaine public, quand la foire doit être déplacée, les commerçants et l’HORECA demandent en général que la foire revienne sur place après les travaux. En bref, les forains entretiennent un bon rapport avec l’HORECA et commerçants locaux et l’économique local en général.

 

- Diversité et créativité humaine :

Autrefois, les forains construisaient leurs stands et attractions eux-mêmes. A l’heure actuelle ce n’est plus possible à cause des réglementations de sécurité, etc. Mais les forains sont toujours très créatifs et développent de nouvelles idées pour les constructeurs agréés.

Les idées de la décoration et peintures des stands et attractions, viennent aussi des forains eux-mêmes. Les attractions et stands sont toujours exploités par le forain même, avec beaucoup de passion et de professionnalisme pour créer une ambiance particulière que l’on ne retrouve pas dans les parcs d’attractions.

Les forains sont aussi des artisans dans la gastronomie foraine. Ils préparent des délicatesses qu’on ne retrouve nulle part ailleurs : croustillons, lacquemants, pomme d’amour, nougat, etc.

La culture foraine fait se rencontrer et collaborer différents groupes, aux activités variées : les forains, les artistes, les constructeurs, autant de personnes qui mettent en avant différentes pratiques culturelles tant immatérielles que tangibles. Par le passé, les forains se sont inspirés des Expositions Universelles et des différents courants artistiques. Aujourd’hui, les fêtes foraines, présentes dans de nombreux endroits, sont le reflet de traditions locales et de la diversité de la créativité des artistes et des artisans forains. La reconnaissance de la culture de la fête foraine et de l’art des forains permettrait à ce foisonnement créatif et à ses différents aspects, y compris les plus récents (comme la réalité virtuelle, les matériaux innovants ou écoresponsables) d’être mis en valeur, sans que l’un ne vienne prendre le pas sur les autres.

Enfin, la culture foraine et l’art des forains sont une source d’inspiration pour les artistes depuis des décennies. Les foires, avec leur variété de couleurs, de sons et de protagonistes, ont été et reste un élément très important pour les arts plastiques, le cinéma, la littérature, la poésie, la satire et la caricature, les critiques, déguisées ou non, envers les politiques ou la société dans son ensemble. Le rôle des nouveaux artistes contemporains serait d’insuffler un esprit de « re-création » à la fête foraine.

 

I.         RECONNAISSANCE

Qu’est-ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?

Pour la communauté des forains, cette reconnaissance est une marque de soutien pour leur travail et leurs efforts pour la sauvegarde de la culture foraine. Souvent le secteur forain est considéré comme marginal ou sans importance. Ils ne sont « que » forains. Avec cette reconnaissance, le secteur peut montrer que les forains et la culture foraine compte et fait partie de la vie culturelle et patrimoniale de la FWB.

La reconnaissance de la culture foraine vivante doit permettre de sensibiliser les autorités publiques à l’importance sociale et culturelle de cette pratique. Cette reconnaissance permettrait le maintien des foires dans l’agenda des villes et communes et favoriserait le retour des foires au cœur des cités, afin d’assurer la viabilité de l’élément. 

 

4.         DOCUMENTATION ANNEXE

 Références bibliographiques

Campion Marcel, "D’où viens-tu forain ?", Paris, Jacob Duvernet, 2009.

Garnier Jacques, "Forains d’hier et d’aujourd’hui. Un siècle d’histoire des forains, des fêtes et de la vie foraine", Orléans, 1968.

Lanavere, Alain, "Fête foraine", Paris, Caisse National des Monuments Historiques et des Sites, 1995.  

Lorenzo Annie, "Profession ? Forain", Paris, C. Massin, 1978.

Musée de la vie wallonne (ed.), "Foires et forains en Wallonie. Magie d’autrefois", Liège, Mardaga, 1989.

Sandry Géo, "Dictionnaire de l’argot moderne", Paris, Éditions du Dauphin, 1976.

- Articles :

Leenman Dirk et Peltier Marie, « Les gens du voyage en Communauté française de Belgique. Réalités et perspective », in Centre Avec, Bruxelles, mars 2009, https://www.centreavec.be/publication/les-gens-du-voyage-en-communaute-francaise-de-belgique/consulté le 10 février 2021.

 URL : http://www.centreavec.be/site/sites/default/files/pdfs/Les%20Gens%20du%20Voyage%20en%20Communauté%20française%20de%20Belgique.pdf

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Vatican, Dispensers of Joy [en ligne], consulté le 10 février 2021.  URL : http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/migrants/documents/rc_pc_migrants_doc_20000601_circo_presentazione_en.html