patrimoine-oral02.jpg

|

Lapin du lundi perdu

N° de référence du dossier : Reconnaissance n°51

Dossier examiné le 19/04/2021 par la Commission des Patrimoines culturels – session Patrimoine culturel immatériel

Reconnu depuis le 30/08/2021 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel

 

1. ASPECTS PRATIQUES

a. Nom de l’élément : Lapin du lundi perdu, savoir-faire gastronomique et convivialité

b. Localisation géographique :

La tradition du lapin du lundi perdu est largement implantée à Tournai et dans les villages qui forment la commune (le Grand Tournai) depuis 1977, ainsi que dans les communes avoisinantes. Elle persiste également chez les Tournaisiens qui vivent, momentanément ou définitivement, loin de Tournai.

Elle reste aussi bien vivace dans la province d’Anvers (où elle se nomme verloren maandag ou verzworen maandag).

On l’observe également dans le Nord de la France, à Lille ou à Douai.

c. Communauté concernée (groupes ou individus) :

Il n’existe pas de confrérie du «  Lapin du lundi perdu ». Par contre, de nombreuses associations locales et personnalités véhiculent la tradition de manière formelle, il s’agit entre autres de :

-              Le Cabaret wallon (RCCWT)

-              Le CEC Imagine, Maison de la Culture

-              L’échevinat de Mr Philippe Robert

-              L’office du tourisme de Tournai et de la zone Wapi

-              Certaines confréries de carnaval, dont les Spirouettes et les Roubignoles

-              Certains services clubs, dont le Lion’s Club Les Templiers, Pecq, le Lion’s Club Tournai Childéric et les Jeunes Lion’s

-              Nicole Demaret, conservatrice honoraire de la Maison tournaisienne

Et surtout, de manière plus ou moins formelle, les familles tournaisiennes, les groupes d’amis, de collègues, les restaurateurs, les cafetiers, les « expatriés » définitifs ou momentanés, les Tournaisiens de Bruxelles, les kots universitaires, les cantines scolaires, les maisons de repos, les hôpitaux ...

d. Société(s) ou groupe(s) responsable(s) :

Mr Jacky Legge, chargé de la mise en conformité du MuFim, 0497 708 565 - jacky_legge@maisonculturetournai.com

Mme Marie-Christine Van Wynsberghe, 0477 644 372 – mcvwyn@gmail.com

e. Personne de contact :

Mr Jacky Legge, chargé de la mise en conformité du MuFim, 0497 708 565 - jacky_legge@maisonculturetournai.com

Mme Marie-Christine Van Wynsberghe, 0477 644 372 – mcvwyn@gmail.com

2.         HISTORIQUE

1. Une mise au point

Le souper du lapin du lundi perdu ou du lundi parjuré est une tradition très ancrée dans la vie tournaisienne des XIX, XX et XXIe siècles. Il résulte de la fusion de deux soupers familiaux traditionnels : celui de l’Epiphanie et celui du Lundi perdu. La lecture de « La Feuille de Tournai », un journal paraissant trois fois par semaine, est révélatrice des deux traditions proches dans le calendrier.

Le souper de l’Epiphanie :

Le 9 janvier 1846, le même journal « La Feuille de Tournay » indique : «  Ce n’est pas sans bruit que se célèbre à Tournai la fête des Rois. Chaque année, dans la plupart des ménages, même les moins aisés, la santé du roi de la fête provoque des manifestations retentissantes, et personne ne songe à s’en plaindre, parce que la veillée se prolonge pour tout le monde, et qu’il n’y a pas de repos à troubler là où nul ne repose. Jusque-là donc, rien de mal. Par malheur, il arrive que bien des gens, pour augmenter le tapage, mêlent au bruit de leur voix la détonation des pétards ; d’autres emploient les armes à feu, et là commence le danger. »

Le 10 janvier 1847, cet organe indique que « Le 6 janvier était le dernier jour des 12 nuits saintes qui suivaient Noël. Il réveille l’agréable pensée d’un commencement d’année. Le soir, on se met à table et on tire au sort un roi, un fou et divers officiers ».

La journée et le souper du lundi perdu :

Le 13 janvier 1864, « La Feuille de Tournay » se fait l’écho du Lundi perdu : « Les ouvriers de la catégorie de ceux qui profitent du lundi perdu pour sonner aux portes et se recommander à la générosité des habitants se gardent bien, parait-il, de supprimer cette coutume. C’est ainsi que lundi dernier presque toutes les maisons habitées par des familles aisées ont reçu la visite de nombreux ouvriers porteurs du sac qui est, à lui seul, plus éloquent que tous les discours que le groupe qui le surveille pourrait s’efforcer de prononcer. C’est une coutume que tous les efforts que l’on pourrait encore tenter ne parviendront pas, pensons-nous, à déraciner car l’ouvrier considère les offrandes qu’il reçoit comme lui étant légitimement dues et il est juste de reconnaître que si l’on parvenait à supprimer cet usage, on ne s’empresserait guère d’assurer aux intéressés un dédommagement équivalent à la perte de leurs étrennes dont une partie , à la vérité, passe en libations peu louables, mais dont le principal est destiné à couvrir le traditionnel repas du soir qui se fait en famille, le jour du lundi perdu, et dont personne, assurément, n’oserait proposer la suppression. »

La pratique était quasi identique à Bruxelles, en Wallonie, en Flandre, au Brabant néerlandais et dans le Nord de la France. Il s’agissait d’un lundi chômé, perdu pour le patron, mais gagné pour ses ouvriers.

Le premier lundi après l’Epiphanie, des ouvriers allaient collecter des étrennes et les dépensaient ensuite dans les cabarets, «  leur intempérance allant souvent jusqu’à la débauche ». (…) Le Bourgmestre de Bruxelles Charles de Brouckère de 1853 à 1860 essaya de prendre des mesures contre les excès de cette journée sans trop de succès : « La coutume du lundi perdu se déroulait dans tout le pays et disparut à la guerre de 1914-1918. »

La tradition de l’après-midi écourtée ou de congé ou écourté du lundi perdu s’est poursuivie à Tournai, mais surtout le souper familial du lapin a été maintenu en intégrant le tirage des billets des rois, ainsi que le dessert : la galette des rois avec la fève.

Au XXe siècle, le souper a évolué et s’est ritualisé avec un déroulement codifié, une détermination du repas en trois services et dessert, un répertoire de chansons et de textes en picard, dont les traditionnels incontournables se trouvent en annexe de ce dossier.

Cette nouvelle tradition est tellement ancrée que les Tournaisiens sont persuadés qu’ils perpétuent une pratique immuable qui remonte à la nuit des temps.

2. Historique

On l’a précisé dans la mise au point, la version actuelle de la coutume du Lundi perdu résulte de la fusion de deux repas familiaux traditionnels, celui du Souper de l’Epiphanie et celui  du Lundi perdu ou parjuré.

L’origine de la tradition du repas de l’Epiphanie n’est pas connue de manière précise mais sa plus ancienne trace remonte au 13ème siècle. Le moine Gilles Li Muisis, abbé de Saint-Martin à Tournai, écrit en 1281 : « Selon une ancienne coutume, les citoyens les plus aisés et leurs fils se réunissent fraternellement autour d’une table ronde et élisent un roi ».

L’organisation de cette fête du premier lundi après les Rois remonte à de très anciennes institutions judiciaires du Moyen-Age, époque où les seigneurs fonciers avaient leur propre justice et tenaient leurs propres assises judiciaires en présence de tous les dépendants de leur seigneurie appelés, au jour prescrit, par la cloche paroissiale ou, le cas échéant, par celle du beffroi. Ces assises, appelées plaids généraux ou franches vérités, se tenaient en plein air, soit sur la place publique, soit même dans le cimetière qui entourait l’église paroissiale. Elles avaient pour but de découvrir les crimes qui avaient échappé aux autorités judiciaires. Ceux qui avaient connaissance de meurtres, brigandages, vols, viols, calomnies, usure, etc. étaient tenus de les déclarer, d’autant plus que le serment avait été prêté et qu’on avait juré sur les saints. La date de ces assises était, presque partout, fixée au lundi qui suivaient l’Epiphanie et que l’on trouve appelé, dans certains textes du Moyen-Age, parjure deluns – de dies lunae, jour de la lune.

Le sens à donner au terme parjuré a suscité plusieurs explications :

- Le parjure des rois mages ? Les rois mages avaient promis à Hérode de revenir lui dire où se trouvait l’Enfant Jésus et ne l’ont pas fait. Ils se sont ainsi parjurés.

- D’autres font référence aux plaids généraux ou franches vérités. Certains, ce jour-là, se parjuraient, malgré le serment, pour ne pas avoir à se dénoncer les uns les autres.

- Il est plus probable que le terme « parjuré » a rapport avec la morale, c’est-à-dire avec le serment prêté. On peut donner à « parjurer » le sens de jurer solennellement (comme dans les mots parfaire, parachever). Le jour parjuré était donc celui où l’on devait prêter un serment total.

Quant au terme lundi « perdu », il signifie tout simplement que ce jour était perdu pour tous les travaux. En effet, ce lundi-là, le travail était suspendu partout : ateliers, bureaux, commerces étaient fermés. On ne va plus jusque-là aujourd’hui, mais « faire lundi perdu »  reste néanmoins une tradition très vivace observée par une très large majorité de la population.

Le repas de ce lundi est une survivance de la grande bombance à laquelle le seigneur et son personnel judiciaire se livraient à l’issue du plaid et à laquelle participaient les manants eux-mêmes non sans avoir, au préalable, payé leur écot en argent ou en nature.

Quoiqu’il en soit, le souper du Lundi perdu est une tradition qui remonte à des temps immémoriaux, dont les traces durant tout le 19ème siècle sont nombreuses, et concernait alors la classe laborieuse. Après la Première Guerre mondiale, le souper du Lundi perdu a intégré des éléments du souper familial de l’Epiphanie tels le tirage des billets des rois et la galette contenant une fève. Il s’est structuré, ritualisé et a concerné les classes ouvrières et bourgeoises.

Le « Lundi parjuré » ou « Lundi perdu » que nous connaissons sous sa forme actuelle, remonte donc à la moitié du 19ème siècle et n’a pas subi de modifications importantes sauf une tendance, née après 1945, à le célébrer en groupe, au restaurant, plutôt qu’en famille comme à l’origine.

Caractère de pérennité : Faire connaître les éventuelles périodes d’interruption et de reconstitution, montrer l’évolution au cours du temps.

La tradition du Lapin du lundi perdu est assurément populaire et familiale. Elle n’a besoin pour se perpétuer que de la volonté du groupe qui l’organise ; c’est pourquoi elle n’a connu aucune période d’interruption. La préparation du repas suppose peu de frais. Le lapin est généralement acheté chez le boucher, sur le marché ou auprès d’un éleveur de lapins mais aussi, de nos jours, dans les grandes surfaces qui proposent à proximité les différents ingrédients de la salade tournaisienne.

Avant que les grands magasins relaient cette offre, de nombreux Tournaisiens, surtout dans les faubourgs et dans les villages voisins, élevaient quelques lapins dans un clapier au fond du jardin, qu’ils nourrissaient de pain rassis, de foin, de légumes du potager et d’herbe ramassée le long des chemins, dont les pissenlits.

Pour illustrer l’évolution au cours du temps, nous avons dépouillé systématiquement la «  Feuille de Tournay », journal local à la parution au rythme de trois fois par semaine, de 1809 jusqu’en 1896, ce qui a permis d’épingler quelques faits et anecdotes. Vous les trouverez en annexe (annexe 1. Feuille de Tournay).

3.         SITUATION ACTUELLE

A.        DESCRIPTION

C’est le premier lundi qui suit le 6 janvier, jour de l’Epiphanie, appelé aussi jour des Rois, que les Tournaisiens fêtent le Lundi Perdu. En famille, entre amis, entre collègues, au restaurant ou à la maison, on organise le souper du lapin du lundi perdu. On mange, on boit, on s’amuse beaucoup, on chante « A Tournai, pou bin fair’ cell’ fiêt’... ».

Il a été fêté le 13 janvier 2020, le 11 janvier 2021 et le sera le 10 janvier 2022, le 9 janvier 2023, le 8 janvier 2024, etc.

Le lundi qui suit l’Epiphanie, fixée le 6 janvier depuis le concordat de 1801, les Tournaisiens se rassemblent autour d’un plat de lapin cuisiné aux proenes et aux rojins  (aux pruneaux et aux raisins),  et d’une galette des rois qui désigne, par une fève y dissimulée, le Roi de la table.

Cette table accueille les membres d’une famille, des amis, des collègues… Et il n’est pas rare qu’au cours du mois de janvier, des Tournaisiens mangent du lapin trois, quatre, cinq fois. Il peut s’agir d’un repas festif, sans plus de rites que la désignation du roi par la fève de la galette. Mais, parmi les familles et les groupes plus soucieux de la tradition, il s’agit bien d’une véritable cérémonie, avec rituels établis.

Les étapes indispensables pour respecter l’ordre de la soirée sont, chronologiquement :

             l’attribution dès l’apéritif des billets des rois qui octroient le rôle de chacun des convives (le verseur, l’annonceur, le valet,…)

             le repas en trois services

             le répertoire des textes et chansons en picard (avec les incontournables et la création constante de nouveaux textes)

             la galette des rois.

Différents jeunes graphistes se sont mis au service des familles et groupes d’amis, en imaginant des boitiers avec l’équipement nécessaire pour respecter les volets de la tradition.

Cette forme bien établie date du XXème siècle et les traces en sont nombreuses dans les colonnes de la presse locale.

1. Le tirage des billets des rois.

On tire les billets au hasard dès l’apéritif. On dispose de vignettes illustrant un rôle à jouer par chacun des convives au cours du repas : le Conseiller, le Secrétaire, le Valet de Chambre, le Laquais, le Médecin, le Verseur, l'Ecuyer tranchant, le Confesseur, le Suisse, le Portier, le Messager, le Musicien, le Ménétrier, le Cuisinier mais surtout le Fou et le Roi.

Traditionnellement, il s’agissait de rôles masculins mais aujourd’hui, ils sont bien volontiers, et tout naturellement, également attribués aux femmes qui participent au tirage.

Au cours du repas, le verseur veillera à remplir les verres. A chaque fois que le Roi porte son verre aux lèvres, tous devront dire : le Roi boit !  Celui qui ne le dira pas aura le visage noirci par le Fou avec le bouchon passé à la flamme. C’est ainsi que l’on sort de ce repas heureux et bien souvent le visage tout barbouillé de taches noires.

Les billets sont pliés et placés dans un sachet, une casquette,… C’est généralement le plus jeune convive qui tire pour les participants en commençant par le plus âgé. Dans certaines familles, on garde le papier plié durant toute la distribution et ne découvre son rôle qu’ensuite. Le roi ou la reine reçoit une couronne en carton doré dont il ou elle se ceint la tête pour toute la durée du repas.

Les rôles présentés sur le feuillet édité par Donat Casterman au 18ème siècle présentent tous les personnages à cheval. 

Les rôles attribués sont :

             Le Roi ou la Reine, qui mène les débats et boit toujours bien en évidence.

             Le Valet de chambre qui annonce quand sa majesté boit par la formule consacrée «  Le Roi / La Reine boit »  afin de prévenir les convives qu’ils doivent boire à leur tour.

             Le Fou du Roi qui s’assure que la parole du Roi ou de la Reine est respectée, et que chacun l’accompagne lorsqu’il ou elle lève son verre. Et gare à celui qui oublie, car son visage sera noirci à l’aide d’un bouchon brûlé. Si le Fou ne remplit pas son rôle, c’est lui qui en sera noirci.

             Le Verseur qui veille à ce que tout le monde ait un verre rempli, pour être en mesure de suivre le Roi ou la Reine.

             Le Cuisinier qui prépare le festin des convives.

             L’Ecuyer Tranchant qui accompagne le cuisinier pour l’aider à découper et servir le lapin et les différents aliments, pommes de terre cuites à l’eau et salade tournaisienne.

             Le Portier qui, en échange d’une « dringuelle » (il accepte surtout le liquide) ouvrira les portes pour les convives.

             Le Messager qui transmet les messages des autres convives à Sa Majesté.

             Le Conseiller qui avise sa majesté de joyeux conseils selon l’ambiance du moment.

             Le Suisse qui occasionnellement dérobe les verres des autres invités pour se délecter de leur contenu.

             Le Laquais veillera à aider les convives à s’asseoir en bougeant leur chaise, en les débarrassant. Il veillera aussi à combler les désirs de Sa Majesté.

             Le Secrétaire s’affairera à entretenir les invités par sa poésie sur les différents breuvages servis au cours du repas.

             Le Musicien sera en charge de l’ambiance musicale de la soirée, par des chants traditionnels à la demande mais toujours en échange de quelques breuvages.

             Le Ménétrier, lui aussi en échange de breuvage, s’emploiera à faire danser les convives au son de son instrument.

             Le Médecin, afin de veiller à la bonne santé de ses amis, pensera à régulièrement passer leurs commandes de boissons.

             Le Confesseur veillera à la tempérance au nom de Dieu.

Une fois tirés, les billets qui désignent les différents rôles, chacun doit annoncer le sien, par un petit couplet, suivi d’un refrain chanté par tous  (annexe 2. Air du mirliton) :

J’ai du mirliton

Des courts cotreons

Des longués fesses

J’ai du mirliton, ton  ton

 2. Le repas

La tradition tournaisienne du Lundi Parjuré recommande le repas traditionnel se composant de trois plats et d’un dessert :

             « L’pétite saucisse » sert d’entrée ; elle est servie avec de la compote de pommes ou du chou cuit au saindoux. La saucisse était généralement offerte par le boucher à titre d’étrennes.

             Le lapin aux pruneaux et aux raisins constitue le plat principal. Il se déguste accompagné de pommes de terre cuites à l’eau ou à la vapeur.

             Une salade composée sert de dernier plat. On l’appelle «  la salade tournaisienne ». Elle se mange avec du mutiau ou du jambon. 

             En guise de dessert, la tradition rejoint celle de l’Epiphanie en tirant les rois autour de la galette fourrée d’une fève.

Ce repas plantureux singe les tablées des notables d’autrefois. L’abondance doit être bien réelle pour appuyer la symbolique.

RECETTES ET INGREDIENTS

Le lapin aux preones et aux rojins

Ingrédients : un lapin entier, 4 oignons, 2 cuillers à soupe de farine, une quinzaine de pruneaux, des raisins secs, du beurre, du thym, du laurier, de la cassonade, poivre et sel.

On découpe le lapin, les pattes avant, les cuisses et le corps en 2 morceaux, sans oublier la tête.

On fait frire les morceaux de lapin pour qu’ils soient bien dorés, puis on les enlève de la casserole et on roussit les oignons grossièrement coupés en ajoutant un peu de beurre. Une fois les oignons bien colorés, on remet les morceaux de lapin, on ajoute le thym, le laurier, on farine le tout et on laisse suer quelques minutes. On arrose ensuite avec de l’eau. Pour respecter la tradition, on ne met ni vin ni bière car à l’origine il s’agissait d’un plat de pauvre. Le lapin va mijoter jusqu’à cuisson complète, c’est-à-dire lorsque la viande se détache des os. On ajoute ensuite les pruneaux et les raisins que l’on aura préalablement fait gonfler dans de l’eau bouillante, sans oublier d’assaisonner de sel, de poivre et d’un peu de cassonade.

Très souvent, la tête du lapin est cuite ostensiblement. Il s’agit là de montrer qu’on ne risque pas de manger «  un lapin de nochère », un lapin de gouttière, autrement dit un chat.

La salade tournaisienne

Ingrédients : de la salade de blé (ou mâche), un oignon cuit au four sans l’éplucher puis émincé, des pommes d’hiver (boskoop) émincées, des chicons crus coupés en fines lamelles, du chou rouge au vinaigre, des gros haricots blancs cuits et égouttés, sel et poivre.

A ces ingrédients, on peut éventuellement ajouter des pissenlits, de la betterave rouge, de la barbe de capucin. Mais certainement pas de noix, de lardons, de dés de fromage, qui sont des fantaisies de notre époque.

Agrémenter d’une bonne vinaigrette à la moutarde.

Le mutiau ou mutchiau

Ingrédients (respecter la proportion 2/3 bœuf - 1/3 lard) : 1 kg de plate côte de bœuf, 500g lard frais, 2 ou 3 échalotes, 1 éclat d’ail, persil, sel, poivre, muscade, thym, laurier, 4 tasses de bouillon

1ère opération : cuire la viande, la veille

Mettre à bouillir de l’eau, assez pour que les légumes et la viande soient couverts.

A l’ébullition, y plonger la viande et laisser cuire à découvert jusqu’à formation de l’écume.

Enlever l’écume et plonger les légumes. Couvrir et laisser mijoter ± trois heures.

Retirer la viande et laisser refroidir.

2ème opération :

Retirer la peau du milieu du bœuf et le croquant du lard. Laisser la couenne. Passer le tout au hachoir.

Dans une casserole, mettre 4 louches de bouillon, la viande hachée, et les ingrédients du mutchiau sauf le persil qu’on ajoute à la fin.

Cuire à petit feu pour obtenir la consistance voulue. Remuer constamment.

Goûter à plusieurs reprises une petite quantité refroidie sur une assiette, pour assaisonner au mieux.

Petit conseil, saler quand c’est chaud pour obtenir un goût salé convenable quand c’est froid.

Transférer dans un plat creux ou une terrine pas trop profonde … en tassant bien. 

Le dessert est une galette des rois, comportant une fève.

3. Le répertoire des textes et des chansons

Le souper du Lundi perdu est pratiquement toujours l’occasion d’entonner des airs populaires tournaisiens. Il existe de nombreuses chansons patoisantes faisant référence aux lapins et aux chats du lundi parjuré. Tous les textes cités ci-dessous sont joints en annexe (annexe 3. Textes et chansons)

Les incontournables :

- L’lindi parjuré, Achille Viart (1850-1926)

- L’lapin du lundi perdu, Albert Coens (1926-1984)

Un répertoire varié :

- Les billets des rois, Eloi Baudimont (1917-1995)

- C’est extra, Alexandra Caufrier (1960-  )

- Histoire d’ein greos cat, Albert Coens (1926-1984)

- Lundi perdu à l’armée, Albert Coens (1926-1984)

- Billets des rois pou l’lundi parjuré- Formule 1952, Anselme Dachy (1910-1954)

- El cat et les biètes, Bruno Delmotte (1959-  )

- El cat Mathilde, Paul Mahieu (1925-2005)

- L’lindi parjuré, Charles Perthame (1869-1924)

- El lapin perdu, Gérard Platevoet (1946-  )

- El mardi perdu, Gérard Platevoet (1946-  )

- Ein souper du lundi parjuré , Henti Thauvoye (1879-1944)

- J’rasine, Pierre Vandenbroecke (1957-  )

- L’lapin et l’tchien, François Vernet

- El mamère Michel, Pierre Chameil, le livre des Chansons de France

 

Comment la tradition a-t-elle pu s’exprimer en cette année 2021 marquée par le coronavirus ?

Le coronavirus peut être un révélateur de l’intensité populaire du souper du Lundi perdu, en remarquant les astuces imaginées pour l’inscrire quand même au calendrier. En effet, à cause de l’interdiction nationale de se rassembler, des technologies nouvelles ont été mises au service de la tradition. Ainsi, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien a réalisé six capsules vidéo pour leur site, afin de contourner cette interdiction.

 

B.         DOMAINE(S) DU POI          

- Les traditions et expressions orales, y compris la langue

- Les pratiques sociales, rituels et évènements festifs

 

C.         TRANSMISSION

La tradition du Lapin du Lundi perdu est un patrimoine vivant, d’abord et avant tout, une tradition familiale. Sa transmission se fait tout naturellement dans l’intimité des cuisines. Encouragées par l’abondance de références, dans les magasins, dans les conversations en famille ou entre amis, dans les médias, ce sont les femmes, les mères, les grands-mères, qui assurent la transmission aux générations montantes.

Ce repas traditionnel est l’objet d’articles dans la presse, de commentaires sur les ondes radio, de reportages dans la presse télévisuelle régionale ou nationale, comme Notélé ou la RTBF, et fait figure de marronnier.

Début janvier, il est surtout au cœur de toutes les conversations : la semaine du Lundi perdu, les Tournaisiens   « parlent lapin »

Comment l’élément est-il transmis aujourd’hui ?

La transmission de l’élément déploie deux volets différents :

- la transmission du savoir-faire gastronomique (recette qui se transmet dans les familles, dans les écoles d’hôtellerie du Tournaisis, dans les cuisines des restaurants et des collectivités)

- la transmission de l’esprit de la fête (billet du roi, textes et chansons). 

             L’élément est de manière formelle dans les groupes qui sont porteurs de la tradition :

- La Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, qui déguste le Lapin le samedi précédent

- Un reportage de la RTBF expliquant en temps réel la recette du lapin du lundi perdu, ainsi qu’un film réalisé par Notélé relatant le souper du lundi perdu des conservateurs de musées tournaisiens sont régulièrement (re)diffusés ou sont accessibles en ligne (Annexe 5 : photos du tournage).

             Il l’est aussi de manière moins formelle dans les groupes privés, les familles tournaisiennes,

Les Tournaisiens qui vivent hors de Tournai. Les Tournaisiens de Bruxelles, par exemple, fêtent le Lundi perdu le dimanche qui précède. Le Lapin est abondamment servi dans les restaurants du Tournaisis. La Ferme du Reposoir, notamment, étale la dégustation du Lapin sur tout le mois de janvier et cuisine plus d’une tonne de lapin. Sa recette est traditionnelle, à la différence près que le lapin est mijoté à la bière et non à l’eau. Et la salade tournaisienne comprend les 7 ingrédients de base (voir recette plus haut).

             Le Lapin est également servi dans les collectivités, à l’occasion du Lundi perdu.

- Dans les écoles communales primaires (bien que depuis 4 ans, on a remplacé le morceau de lapin par une cuisse de poulet pour éviter le gaspillage, mais on maintient le service de la salade tournaisienne et de la galette)

- Dans les maisons de repos et les hôpitaux

- à l’Evêché où, le Lundi perdu, on sert à l’Evêque le traditionnel lapin.

- Dans certaines communautés religieuses, on sert également le lapin. C’est le cas chez les Filles de St-Joseph à Templeuve.

- Les écoles secondaires telles que Don Bosco, l’Athénée Robert Campin, l’IPES (Institut Provincial d’Enseignement Secondaire), l’ITMA (Institut Technique des Métiers de l’Alimentation FWB) et l’ITCF (Institut Technique de la Communauté Française) Val d’Escaut tiennent elles aussi à la tradition.

Actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément ?

Sa viabilité est assurée par les groupes qui respectent la tradition de manière formelle et ostensible, comme les Amis de Tournai, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, la Guilde du Mutiau,… Les praticiens, dans ces groupes, se renouvellent constamment et transmettent en leur sein et autour d’eux les savoir-faire et les valeurs de cette tradition. Les restaurateurs jouent un rôle important dans la transmission en proposant, à grand renfort de publicité, d’invitations par les réseaux sociaux, leurs recettes traditionnelles ou revisitées à leur clientèle. Les autorités locales assurent également la perpétuation de la tradition, en apparaissant chaque année à la télévision locale en train de déguster le célèbre lapin du Lundi perdu. L’échevinat de Mr Philippe Robert organise depuis un souper du lundi perdu au cours duquel on respecte fidèlement les rituels.

 

D.        SAUVEGARDE

La tradition du lapin du lundi perdu n’est pas menacée de disparition.

Un grand nombre d’indicateurs permettent de l’affirmer :

             Elle est inscrite dans le calendrier familial et amical ;

             Des entreprises et des administrations publiques telles l’Administration communale de Tournai, accordent deux heures de congé, le lundi qui suit l’Epiphanie, afin de permettre à leur personnel de préparer la soirée ;

             Les commerçants concernés et les grandes surfaces font la promotion des éléments entrant dans la recette traditionnelle, dont le lapin ;

             Des étals du marché du samedi qui précède sont consacrés en grande partie au lapin et à sa recette traditionnelle ;

             Des restaurants et des restaurateurs proposent le menu du lapin du lundi perdu avec la salade et la galette des rois ;

             Les mess collectifs inscrivent le lapin dans le menu de la semaine ou l’adaptent en remplaçant le lapin par le poulet en raison des petits os ;

             Il s’agit d’un marronnier pour les médias locaux (L’Avenir-Le Courrier de l’Escaut, Dernière Heure, Nord Éclair, Notélé) et régionaux (Vivacité…) ;

             De jeunes graphistes proposent des kits qui assistent à la bonne organisation de la soirée avec recette, rappel historique, billets des rois, bouchon de liège, médaillons qui illustrent les différents rôles.

Même si cela semble peu probable, tant la tradition est ancrée dans le cœur des Tournaisiens, nous pouvons identifier une possible menace : le risque de trop grande récupération commerciale de l’évènement. Pour éviter cette éventuelle décontextualisation et récupération, le MuFIM (Musée de Folklore et des Imaginaires) mais aussi les nombreuses associations locales qui véhiculent la tradition (voir ci-dessous) exercent une surveillance permanente des pratiques et n’hésitent pas à dénoncer les entorses à la coutume.

Etudiante en Histoire de l’Art et Archéologie à l’Université de Liège, Marie Sourdeau a remis, au terme de l’année académique 2017-2018, son « Enquête sur la transmission du patrimoine culturel immatériel : le Lundi perdu tournaisien », pour son cours «  Introduction au patrimoine immatériel », avec Mme Françoise Lempereur comme professeure.

Ses conclusions, auxquelles nous adhérons, relevaient ceci :

« L’émergence des soirées en extérieur et d’une série de produits nouvellement associés au Lundi perdu témoignent de l’attention grandissante que portent les commerçants à cette tradition.  Désireux d’en tirer profit, les commerçants et les restaurateurs utilisent le potentiel commercial de cette fête, sans toutefois qu’une réelle manipulation commerciale ne se fasse ressentir. Par ailleurs, cette tendance alloue davantage de visibilité à la tradition et contribue à sa redynamisation. »

«  Enfin, s’il est évident que la forme de cette tradition s’est modifiée, elle n’en demeure pas moins bien vivante et fidèle aux valeurs de convivialité et d’identité qui lui sont associées depuis plusieurs siècles. »

 

E.         ASPECTS SOCIOLOGIQUES ET HUMAINS

- Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?

Le premier cercle des détenteurs est constitué par les familles tournaisiennes, les groupes d’amis, de collègues, les « expatriés » définitifs ou momentanés, les Tournaisiens de Bruxelles, les kots universitaires, qui mangent le lapin et pratiquent la tradition, en partie ou dans son ensemble (repas, tirage des billets des rois et chants).

Le second cercle est composé de ceux qui mangent ou proposent le lapin mais sans forcément pratiquer le reste de la tradition : les restaurateurs, les cantines scolaires, les maisons de repos, les hôpitaux ...

De nombreuses associations locales véhiculent la tradition de manière formelle, il s’agit notamment de :

-              Le Cabaret wallon (RCCWT)

-              Le CEC Imagine, Maison de la Culture

-              L’échevinat de Mr Philippe Robert

-              L’office du tourisme de Tournai et de la zone Wapi

-              Certaines confréries de carnaval, dont les Spirouettes et les Roubignoles

-              Certains services clubs, dont le Lion’s Club Les Templiers, Pecq, le Lion’s Club Tournai Childéric et les Jeunes Lion’s

- Comment s’exprime le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’appartenance, d’identité, de continuité) ?

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, le lapin du Lundi perdu était dégusté presque partout en Belgique, en Wallonie comme en Flandre, et dans le Nord de la France. C’est à partir de 1919, que seuls les Tournaisiens ont maintenu cet événement et se le sont approprié. C’est ainsi qu’il a évolué d’une manifestation nationale et internationale vers un évènement patrimonial festif local. Aujourd’hui, il sert de point de repère identitaire pour les habitants de Tournai et ses environs.

Une grande majorité de Tournaisiens s’attablent, au lendemain de l’Epiphanie, autour du lapin aux preones et aux rojins avec un sentiment d’appartenance à une communauté qui aime rire, manger, boire et chanter. Outre les chants dédiés au Lapin, on entonne l’hymne local en patois picard «  Les Tournaisiens sont là » qui exalte les valeurs de courage et l’indispensabilité de la présence des Tournaisiens pour venir à bout de l’ennemi (Annexe 8).

Pour les praticiens, pour ceux qui organisent les banquets, le souper au Lapin du lundi perdu présente l’affermissement des liens sociaux et communautaires.

Parmi ces pratiques nourrissant la convivialité et l’identité, ajoutons l’organisation de concours de jeu de cartes, de jeu de fer à la platine, comme celui des 6 et 7 janvier 1970 par la Société des Marodogues et dont l’enjeu était constitué de 8 gros lapins (Annexe 10. Photos de la Vitrine Lapin du Lundi perdu du Mufim). Des sociétés de jeu de fer organisent toujours régulièrement des compétitions amicales les deux week-ends qui précèdent le lundi perdu avec comme lots, pour les vainqueurs, des lapins.

 

F.         ETENDUE GÉOGRAPHIQUE

La tradition du Lapin du lundi perdu est largement implantée à Tournai et dans les villages qui forment la commune depuis 1977, ainsi que dans les communes avoisinantes. Elle persiste également chez les Tournaisiens qui vivent, momentanément ou définitivement, loin de Tournai.

Elle reste bien vivace aussi dans la province d’Anvers (où elle se nomme verloren maandag ou verzworen maandag).

On l’observe également dans le Nord de la France, à Lille ou à Douai.

Un Tournaisien a même exporté la tradition du Lundi perdu à Dubaï. 

 

G.        LÉGALITÉ

- Démontrer que l’élément est conforme aux Droits de l’Homme, au respect mutuel et à la législation en vigueur en FWB.

L’évènement festif qui rassemble autour d’une table du Lundi perdu les Tournaisiens et les Tournaisiennes respecte absolument la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes et respecte les Droits de l’Homme. Le Souper du Lundi perdu est un événement festif ouvert à tous et ne pratique aucune discrimination. Nombre de Tournaisien.ne.s sont heureu.ses.x d’accueillir à leur table des ami.e.s étranger.e.s ou de la famille éloignée, pour leur montrer comment on s’amuse à Tournai, pour faire étalage de la convivialité qui règne entre Tournaisien.ne.s, et pour leur mettre sous le nez les chansons en picard qu’ils.elles auront du mal à bien prononcer et en rire.

Au cours du souper du Lundi perdu, il règne un esprit de solidarité et de fraternité entre les convives. L’aspect festif du souper promeut le dialogue, la convivialité et un esprit d’ouverture que les participants transmettent au sein de leur groupe, de leur famille, de leur quartier.

 

 H.        FONCTIONS SOCIO-CULTURELLES

Expliquer le rôle socio-culturel de l’élément sous quatre aspects :

- Dialogue intergénérationnel :

Le souper du Lapin rassemble des convives de tout âge puisqu’il s’agit d’abord d’un repas familial. Il existe entre eux un échange et une transmission de la pratique, on évoque la touche personnelle qu’on apporte à la recette, on compare la note personnelle des parents, des grands-parents, on rappelle des anecdotes de soupers précédents, l’ambiance. On transmet ainsi la connaissance des recettes et les valeurs de convivialité et d’identité qui y sont associées.

- Dialogue multiculturel :

Autour du Lapin du lundi perdu se rencontrent des personnes de groupes professionnels, patrimoniaux et régionaux différents. Au cours du repas, on peut observer une bonne entente et un respect mutuel entre divers groupes sociaux, un intérêt accru pour des pratiques festives d’ailleurs …

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.) :

Le souper du Lundi perdu fait partie de la vie sociale et culturelle de la ville de Tournai et des environs. La Maison de la Culture évite, par exemple, de programme un spectacle le soir correspondant au souper du lapin du lundi perdu. Ce repas et ce qui l’entoure perpétuent une tradition séculaire et il recrée le tissu identitaire des habitants de Tournai. Le souper contribue ainsi à leur bien-être relationnel.

La gestion de l’évènement relève de la famille ou du groupe d’amis et elle ne nuit en aucune façon  à  l’environnement. La préparation du souper contribue par contre à l’animation du centre ville et à la vivacité du commerce. Les restaurateurs et les petits commerces profitent de l’occasion pour promouvoir leur savoir-faire et leur sens de l’accueil.

La tradition du souper du lundi perdu engendre de l’activité économique. De nombreux commerçants et indépendants se félicitent de voir arriver cette période qui, juste après les réveillons de fin d’année, leur permet d’entamer janvier de manière dynamique. Ce sont les éleveurs de lapin, les bouchers, les artisans bouchers qui proposent leurs marchandises sur les marchés : le mutiau, le menu complet (hors la galette), les lapins. Mais aussi les boulangers pour la galette des Rois et des petits pains de table en forme de tête de lapin, les traiteurs, les restaurateurs, les épiciers, tout comme les maraichers pour les éléments de la salade tournaisienne (chicons et mâche ou salade de blé) et les commerçants qui vendent les bières et les vins dégustés au cours du repas généralement bien arrosé (Le Roi boit !).

A titre d’exemple, A la Ferme du Reposoir, on sert, sur les quatre week-ends de janvier, 2000 repas de lapin (3000 en 2019), ce qui représente plus d’une tonne de lapin, ainsi que 250 kg de mutiau.

Les soupers du lundi perdu font également travailler les disc-jockeys et les petits orchestres qui assurent l’animation musicale et soutiennent les chansons en picard qui émaillent ces soirées.

- Diversité et créativité humaine :

Bien que le souper du lundi perdu revête chez les puristes un aspect rituel et figé, lorsqu’il est célébré en famille ou entre amis, il offre à celui qui reçoit quelques libertés :

- concernant le calendrier : on préférera le week-end qui précède pour inclure les enfants, le midi pour la famille ou les amis venus de loin

- la cuisson du lapin : à la bière brune, blonde, ambrée, locale, au vin blanc, au vin rouge

- le service  ou non de la petite saucisse et /ou du mutiau

- le type de saucisse

- les rôles et les billets : on ajoute de nouveaux rôles tels les danseurs par les confréries de carnaval les Spirouettes et les Roubignoles

- Au Café de Paris, à Tournai, on sert le lapin du lundi perdu façon Bunny Burger.

Le merchandising

Des produits dérivés sont apparus récemment :

-              la  Mutiau, bière élaborée à la Brasserie de Cazeau par Laurent Agache, lancée en 2014

-              des apéritifs : El’lapin qui brait, El Rototo du lapin

-              des serviettes en papier à l’effigie du lapin

-              des sets de table en papier

-              des assiettes en faïence du lapin du lundi perdu

-              le kit du Lundi perdu avec dvd : histoire, recette, billets

-              le kit contenant des médaillons en bois illustrant les divers rôles des convives

-              le kit de cartes « Lundi perdu » avec les billets des rois

-              des pains de table en forme de tête de lapin

-              des boites en métal de pralines Léonidas, avec texte de Gérard Platevoet

L’imaginaire

Tout au long de l’année, des parutions, des évènements, des groupes nourrissent l’Imaginaire autour du Lapin du lundi perdu.

-              Au MuFim, une grande vitrine est consacrée à la tradition du souper du Lapin du Lundi perdu. Les objets et documents sont renseignés dans l’inventaire électronique de Proscitec auquel le musée a adhéré. La vitrine est montrée dans la visite virtuelle Behind the museum du MuFIm grâce à MSW.

-              Deux confréries de carnaval prennent le lapin pour thème : Les Lapins perdus et Les Lapins à linge

-              Un livre pour enfants « Martine visite Tournai », Edition Casterman, dont deux pages évoquant le Lapin du lundi perdu ont été rédigées par Nicole Demaret

-              Le nom « La galerie du Lapin perdu » a été donné à l’espace d’expositions contemporaines de la Maison de la Culture dans le complexe de l’ÉSA Académie des Beaux-Arts de Tournai, à la rue Hôpital Notre-Dame.

-              Le festival de cinéma RamDam (Le festival du film qui dérange), notamment lors de son édition 2020, a organisé un repas thématique intitulé « Le Lapin qui dérange ».

 

I.         RECONNAISSANCE

Qu’est-ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?

A travers ce dossier, les porteurs de la candidature souhaitent montrer que les pratiques familiales et les savoir-faire gastronomiques font aussi, et de belle manière, partie du patrimoine immatériel.

Par la variété de ses expressions (fête, pratiques artisanales, utilisation de langue endogène), le lapin du lundi perdu de Tournai est un bel exemple du patrimoine culturel vivant. La communauté formée par ceux qui organisent et participent au repas démontre un ancrage local important, un souci d’y intégrer le plus grand nombre et une volonté de pérenniser l’élément, notamment en initiant le plus jeunes dès l’école.

Cette reconnaissance pourrait inciter d’autres communautés porteuses de traditions familiales et culinaires à se reconnaître comme détentrices d’un réel patrimoine culturel et ainsi les inciter, elles aussi, à en garantir la pérennité.

 

4.         DOCUMENTATION ANNEXE

- Références bibliographiques

Cancheonnes et monoloques su les rois et l’lindi parjuré, Tournai : Ed Section Dialecte et Culture locale de la Maison de la Culture de Tournai, s.d.,18 p.

LEBOUC Georges , Lundi perdu, Revue du Cercle d’Histoire de Bruxelles , décembre 2010, n°110, p 16 – 17.

Feuille de Tournay

Mémoire de la Wallonie, Tournai-Tournaisis, Lucien Jardez, D1989/0197/08, Ministère de la Culture et de la Communication (France).   

- Ressources en ligne :

www.cehibrux.be-chroniques- document-du-mois