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La Grande Procession de Tournai

N° de référence du dossier : Reconnaissance n°52

Dossier examiné le 19/04/2021 par la Commission des Patrimoines culturels – session Patrimoine culturel immatériel

Reconnu depuis le 30/08/2021 par la Ministre de la Culture en tant que Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel

 

 1. ASPECTS PRATIQUES

a. Nom de l’élément : La Grande Procession de Tournai

b. Localisation géographique : Ville de Tournai, Hainaut

c. Communauté concernée (groupes ou individus) :

             Les associations impliquées activement dans l’organisation, la préservation et la valorisation de la Grande Procession sont :

-              L’Asbl Grande Procession de Tournai

-              La fabrique d’église de la cathédrale Notre-Dame

-              Le chapitre de la cathédrale

-              Le doyenné de Tournai

-              La Ville de Tournai

             Les groupes religieux, historiques, musicaux et autres impliqués régulièrement lors de la

             sortie de la procession

             Les pèlerins et visiteurs

             Les riverains de l’évènement

             Les autorités civiles, épiscopales et religieuses

d. Société(s) ou groupe(s) responsable(s) :

             Asbl Grande Procession de Tournai - Pierre Vanden Broecke, président pierre.vandenbroecke@skynet.be

             Le chapitre de la cathédrale : Le Chanoine Thiébaut, président du chapitre cathédral

             Le doyenné de Tournai : Le Chanoine Michel Decarpentrie, doyen de Tournai et Vice-Président de l’ASBL Grande Procession de Tournai : doyentournai@gmail.com

e. Personne de contact :

Pierre Vanden Broecke, président de l’ASBL Grande Procession de Tournai

Rue Madame 19 à 7500 Tournai

069 233607 0497 803 520

pierre.vandenbroecke@skynet.be

 

2.         HISTORIQUE

Les origines de la Procession de Tournai

Aux alentours des années 1089 et 1090, une terrible maladie ravage le Tournaisis, la Flandre et le

Brabant. Il s’agit probablement, non d’une peste comme on le dit souvent, mais d’un empoisonnement produit par l’ergot de seigle (ergotisme). Epidémie tragique dont parlent avec précision les chroniques du temps. Les malades et ceux qui redoutent la maladie, viennent en foule chercher la guérison ou la protection dans la cathédrale de Tournai. Pourquoi choisissent-ils cette église ? Parce que, pour beaucoup d’entre eux, la cathédrale de Tournai est l’église de leur évêque.

En outre, tous le savent, elle est dédiée à la Vierge Marie, sainte protectrice par excellence.

Sensible aux malheurs de tant d’hommes et de femmes, Radbod, évêque de Noyon et de Tournai, invita les chrétiens à un jeûne général le vendredi 13 septembre 1090 et leur proposa le lendemain, le samedi 14, fête de l’Exaltation de la Croix, une procession de supplication autour de la ville menacée par la mort. La prière de tous fut entendue et le fléau cessa. L’évêque Radbod décida alors de renouveler la procession chaque année en signe de reconnaissance à Dieu.

 

Cathédrale Notre-Dame et Procession, intimement et historiquement liées.

La procession au Moyen-Age.

Dans son ouvrage « La cathédrale de Tournai et son Chapitre » de 1934, le chanoine J. Warichez nous apporte de précieux renseignements sur la procession au moyen-âge. Il en est de même en 1992 dans l’ouvrage « La Grande Procession de Tournai 1090-1092 » co-signé par le chanoine Jean Dumoulin et M Jacques Pycke, tous deux Archivistes et Conservateurs de la cathédrale.

Jacques Pycke affirmera encore ces précisions lors de sa conférence en 2017 « Regard transversal sur la Grande Procession de Tournai ».

La procession attirait des foules immenses. Heriman, abbé-chroniqueur de Saint-Martin, évalua à 60.000 personnes le nombre des participants à la fin du XIème siècle et à 100.000 au milieu du XIIème siècle, accourus des régions avoisinantes.

Le Registre de la Loi signale que la cohue était telle qu’en 1231 et 1276 eurent lieu des accidents mortels, spécialement aux portes de la ville où l’on s’écrasait littéralement.

Ce succès de foule résultait d’un parfait partenariat entre autorité religieuse et civile de la cité.

 

La franche-foire.

Cette importance croissante amena la procession au rang d’évènement officiel lorsque, en 1283, lui fut fournie l’occasion d’instituer une kermesse ou foire annuelle. En 1289, c’est le pape Nicolas IV qui accorda des indulgences lors de la célébration de la fête. Et en 1330, c’est le roi de France, Philippe VI de Valois, qui concéda « la franchise de corps et de biens » durant neuf jours aux pèlerins.

 

La procession faisait trois sorties.

Du 13ème siècle, durant tout le bas moyen-âge et jusqu’en 1559 (Réforme des diocèses initiée par Charles-Quint), la dévotion était telle que la procession faisait trois sorties.

La première vers minuit se déroulait en mémoire de la passion de Jésus-Christ. Le prêtre, portant la relique de la « Vraie Croix », et les nombreux fidèles se caractérisaient par une tenue très dépouillée révélant la volonté d’une grande humilité.

La deuxième avait lieu vers quatre heures du matin. Elle se distinguait par la multitude des gens accourus du pays de Gand pour entourer la statue de Notre-Dame flamande et porter la magnifique châsse émaillée confectionnée par Nicolas de Verdun en 1205.

La troisième se faisait vers sept heures du matin. C’était la principale et la plus brillante. Les devantures des maisons étaient décorées de tapisseries, de draps et autres parements. Le Magistrat communal y participait. Cette procession s’arrêtait à quatre portes différentes de la ville pour y chanter le premier chapitre de chacun des quatre évangiles.

Les pèlerins qui avaient été empêchés de venir le jour de la procession pouvaient venir durant les huit jours suivants et suivre l’itinéraire. Ils étaient couverts des mêmes privilèges et mus par le même sentiment de dévotion.

 

L’itinéraire.

L’itinéraire était défini par le chapitre ; la promotion de l’évènement, ainsi que l’embellissement de la ville et la sécurité, étaient à charge du Magistrat de la ville.

Après avoir parcouru les petites rues de la cité, en période de paix, la procession sortait de l’enceinte fortifiée ; en période troublée elle demeurait à l’intérieur des murs.

 

Trèves et Paix.

A l’époque, de nombreux conflits autour de la ville connurent une trêve, voire une paix lors de ces jours de l’Exaltation de la Croix.

Ce fut notamment le cas en 1303. Un an après la Bataille des Eperons d’Or, les Flamands assiégèrent Tournai, toujours dans le sillage de la France. A la date de l’Exaltation de la Croix, les Gantois se présentèrent aux portes de la ville pour rendre à Notre-Dame leurs devoirs annuels. Les Tournaisiens acceptèrent et une trêve fut décrétée et prolongée jusqu’en mai 1304.

Ce fut encore le cas en 1340 lorsque les Flamands, unis aux armées anglaises, cernèrent la ville.

 

Un vœu toujours respecté.

Depuis 1092, le vœu de l’évêque Radbod a toujours été respecté, la procession évoluant et s’adaptant à son époque ; deux exceptions : la procession ne put se dérouler en 1566, la ville étant à ce moment aux mains des iconoclastes et en 2020 à cause de l’épidémie de Covid19.

Les guerres ne l’ont jamais empêchée, ni même la Révolution française. A cette dernière époque, alors que la cathédrale était fermée au culte et entièrement dévastée par l’occupant, les fidèles de la paroisse Notre-Dame prirent l’initiative d’organiser la procession à l’intérieur de la cathédrale rouverte pour la circonstance.

 

3.         SITUATION ACTUELLE

A.        DESCRIPTION

Le 2e dimanche de septembre, la Grande Procession

La Grande Procession de Tournai est une procession annuelle d’action de grâce en l’honneur de la Vierge Marie, pour la remercier d’avoir délivré la ville du fléau de la peste dans les années 1089 1090.

Elle a un triple aspect : religieux, historique et artistique. Elle est constituée d’une succession de groupes costumés portant des statues et reliquaires vénérés dans les églises de Tournai et du Tournaisis, richement fleuris, et entrecoupés de groupes musicaux et de quelques groupes historiques. Elle se clôture par les groupes de la cathédrale avec la statue de Notre-Dame la Brune, revêtue de ses plus beaux habits de velours bleu nuit, et les prestigieux reliquaires que constituent les châsses des Damoiseaux, de Saint-Eleuthère et de Notre-Dame Flamande, considérée par le commissariat au tourisme en 1978 comme une des sept merveilles de Belgique, ces deux dernières œuvres étant classées comme « trésors de la Fédération Wallonie-Bruxelles ».

 

Discipline et effervescence.

8h-8h15 Le bourdon de la cathédrale se met en branle pour appeler les fidèles à l’office du matin.

Cette sonnerie met le cœur des Tournaisiens en fête.

Depuis plus d’une heure les ouvriers communaux s’activent sur la Grand-Place pour installer la tribune et 150 chaises supplémentaires. On place aussi les grilles, blocs et panneaux le long du parcours. Bientôt les dépanneuses enlèveront les voitures des automobilistes distraits.

Tournai s’affaire d’une façon inhabituelle pour un dimanche matin. Les habitants rejoignent les églises ou locaux paroissiaux pour revêtir leur costume, préparer les groupes de porteurs et porteuses selon leur taille.

9h15 Dernière réunion des commissaires, dernières instructions données et distribution des talkies walkies.

Le président passe les saluer et les encourager puis rejoint la tribune sur la Grand-Place pour accueillir les invités. Les premiers groupes arrivent avec leur statue et leur reliquaire des différents coins de la ville ; les groupes musicaux aussi. C’est un grand remue-ménage.

9h45 Toutes les cloches de la cathédrale et des églises de Tournai se mettent à sonner en même temps que Marie-Pontoise ; de même la Bancloque au beffroi. Tournai est en fête. Un commissaire envoie les trompettes thébaines à l’entrée de la Grand-Place pour pouvoir annoncer l’arrivée du chapitre cathédrale et de Mgr l’évêque.

9h55 La musique des Pompiers débarque, toujours au dernier moment, comme à leur bonne habitude. Ouf ils sont là car ils ouvrent le cortège.

10h Le commissaire principal donne le top de départ ; les trompettes thébaines sonnent à nouveau et le cortège se met en branle, ouvert par les trois cavaliers, qu’il faudra régulièrement faire arrêter car les chevaux ont un pas plus rapide que celui de l’homme. A la tribune pleine devant lesquels se sont placés les Chevaliers de la Tour et à côté de laquelle sont placés le clergé local, les acolytes, le groupe de Gantois et les groupes de pèlerins, des commentaires sont donnés sur chaque groupe qui défile. Pendant plus de ¾ d’heure les groupes aux vêtements chatoyants portant statues et reliquaires joliment fleuries se succèdent, entrecoupés de groupes musicaux. Saxophonistes,

violonistes, tambours et fifres, chants, apportent de l’animation. Des groupes mariaux récitent le chapelet. Les groupes historiques annoncent la dernière partie avec les précieuses châsses de la cathédrale. Les Gantois quittent leur chaise pour entourer la châsse de Notre-Dame Flamande, autrefois portée par leurs ancêtres.

Il est presque 11h lorsque Mgr l’évêque, les chanoines, le clergé, le président et des membres du comité, ainsi que l’un ou l’autre élu local se mettent à leur suite, suivis par les cavaliers et le carillon mobile.

Le long cortège quitte la Grand-Place pour déambuler dans les rues anciennes de la ville. Aux façades pendent de nombreux drapeaux aux couleurs nationales ou tournaisiennes ainsi que des oriflammes colorées. A certains endroits on aperçoit une statue de la Vierge placée dans une porte ouverte ou sur un appui de fenêtre. On reconnaît sur le parcours nombre de familles tournaisiennes qui s’installent chaque année aux mêmes endroits. L’on entend parler néerlandais, plus loin c’est l’anglais. Des touristes venus par hasard s’extasient devant la beauté du cortège. Les cloches des églises paroissiales se mettent à sonner lors du passage de la procession, entrainant un joyeux brouhaha avec les groupes musicaux.

S’il fait chaud, le verre d’eau distribué rue du Château vient à point, particulièrement pour les choristes et les musiciens.

Lorsque les premiers groupes passent sur le pont à Ponts, ils aperçoivent les groupes cathédrale qui ne sont qu’au pont de Fer. Puis on entend à nouveau Marie-Pontoise sonner ; c’est le retour à la cathédrale après avoir déambulé pendant une heure ¾. Les commissaires remercient les porteuses et porteurs et les orientent. De plus en plus de monde se presse dans la cathédrale au son des grandes orgues. Voilà les groupes de la cathédrale. Les Serments, les Corporations leur font une haie d’honneur ; les Gantois idem, eux à l’entrée de la cathédrale. Mgr l’évêque revêt une chape puis s’avance vers l’autel. Les cuivres entament le chant de Tantum Ergo repris par la Maîtrise et toute l’assemblée. Mgr donne la bénédiction finale avec le Saint Sacrement. L’instant de recueillement terminé, il adresse ses remerciements aux participants et au comité organisateur.

Puis il reprendra sa crosse et sa mitre pour aller rendre les clefs de la Ville au bourgmestre, tandis que le verre de l’amitié est servi dans les églises et locaux paroissiaux ainsi qu’au palais épiscopal.

Les Tournaisiens sont heureux d’avoir renouvelé le vœu de Radbod II fait il y a près de mil ans et d’avoir tenu leur procession d’action de grâce. La ville est en fête.

Ordonnancement de la Procession

La procession actuelle (depuis 2014) est composée de six parties bien distinctes représentant l’évolution de l’histoire religieuse de la cité aux cinq clochers. Elle s’articule comme suit :

 

             « Au cœur de la cité, la cathédrale Notre-Dame »

Cette partie met à l’honneur les saints évêques liés à la cathédrale.

Il s’agit de saint Eleuthère, contemporain de Clovis, évêque de Tournai en 496 dont on promène le bras-reliquaire.

Il s’agit aussi de saint Eloi, évêque des diocèses de Noyon-Tournai (641-660). Sa statue en bois du

17ème siècle le représente avec sa crosse épiscopale et un marteau, symbole de son patronat des orfèvres et artisans du métal.

Cette partie met aussi à l’honneur Notre-Dame aux Malades que les pèlerins venaient prier lors de l’épidémie en 1090 ainsi que le livre des Evangiles dont, durant des siècles, quatre passages (un par évangéliste) étaient lus à quatre points cardinaux de la ville.

 

             « Autour de la cathédrale, la couronne des églises paroissiales »

Ce n’est qu’au 12ème siècle que des chapelles, établies autour de la cathédrale, devinrent de vraies églises paroissiales.

Dans cette deuxième partie, ce sont les saints honorés dans ces paroisses qui sont mis à l’honneur. On y voit notamment le superbe chef-reliquaire de saint Piat (évangélisateur italien du Tournaisis à la fin du 3ème siècle), le bras-reliquaire de saint Brice (orfèvrerie tournaisienne de 1650), la remarquable statue en bois (1799) de saint Jacques qu’accompagnent les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, la magnifique statue de Notre-Dame de la Treille (orfèvrerie tournaisienne du 17ème siècle) escortée par de jeunes enfants dont le petit-fils de la responsable du groupe.

Bien d’autres statues et reliquaires composent cette deuxième partie ainsi que des groupes musicaux tels « Le quatuor de trombones » de Soignies ou encore le « Saxophones du Moulineau » de Ghlin.

 

             « Au cœur des églises paroissiales, cultes particuliers et confréries »

Au Moyen-Age, dans les églises paroissiales se sont développées des invocations et des dévotions parallèles au saint vénéré et qui avait donné son nom à la paroisse. C’est ainsi qu’on retrouve notamment une statue en bois (17ème siècle) de Notre-Dame de Hal en l’église Saint- Quentin, une statue en bois doré (17ème siècle) de Notre-Dame de la Gésine (Nativité) en l’église Saint-Jacques, la statue (orfèvrerie tournaisienne 1759) de Notre-Dame d’Alsemberg en l’église Saint-Piat ou encore le reliquaire (orfèvrerie tournaisienne vers 1726) et la statue en bois de saint Hermès.

Cette troisième partie est également agrémentée de groupes musicaux tels les « Cuivres de Deux-Acren » et « Les Pélissiers de Binche ».

 

             « Hors les murs, chapelles et nouvelles églises paroissiales »

Au 19ème siècle, suite à la destruction des murailles, se développèrent les faubourgs de la ville et ainsi se créèrent de nouvelles paroisses.

En font partie notamment, Saint-Lazare dont la statue (bois 17ème siècle) est portée par des membres de la Fondation Raoul Follereau (antenne locale de l’Action Damien), Notre-Dame de Bonne Délivrance portée par les habitants du Faubourg Morel (paroisse du Sacré-Coeur), Notre-Dame Auxiliatrice ou encore Notre-Dame du Salve (bois fin 14ème siècle) dont la statue a intégré la procession depuis peu à la demande des paroissiens de l’Unité Paroissiale de Tournai-Est.

« Les Violons du Conservatoire de Tournai », les « Tambours et Fifres de Mons » ainsi que la chorale « Jour de Joie » qui accompagne Notre-Dame du Salve agrémentent musicalement cette quatrième partie de la procession.

 

             « Dans les cloîtres ou sur le grand chemin : moines, moniales et pèlerins »

Au 11ème siècle, l’Occident chrétien connut un mouvement de retour à la vie apostolique. De là naquirent à Tournai les deux abbayes de Saint-Martin et Saint-Nicolas des Prés. Les pèlerinages s’intensifièrent.

Dans cette cinquième partie on retrouve notamment la statue (bois 17e-18e siècle) de saint Martin (officier romain qui évangélisa la Gaule et y posa les germes de la vie monastique) , la statue de saint Nicolas (orfèvrerie vers 1658) , la statue de Notre-Dame de Bonsecours (orfèvrerie tournaisienne 1823) vénérée par les habitants de Blaton-Condé-Péruwelz en remerciement de les avoir protégés contre la peste (une confrérie exista à Tournai) ou encore la statue de Notre-Dame de Lourdes qui est portée et accompagnée par les brancardiers se rendant régulièrement à Lourdes pour y aider les malades et affligés.

L’accompagnement musical est généralement celui de la « Fanfare de Meslin l’Evêque ».

             « Retour à la cathédrale, église-mère de la cité et du diocèse ».

Nous revoilà dans le diocèse au cours du Moyen-Age quand des villes comme Gand, Bruges,

Ypres ou encore Lille avaient les yeux braqués sur la cité épiscopale.

Dans cette partie, on peut admirer la châsse des Damoiseaux (orfèvrerie brugeoise de 1571) qui avait été commandée par la haute bourgeoisie tournaisienne et qui est aujourd’hui portée prioritairement par des gens de droit, la châsse saint Eleuthère (orfèvrerie 1247) est portée par les habitants de Blandain, village de la première sépulture du saint évêque, la statue de Notre-Dame la Brune (pierre blanche polychromée vers 1568) qui fut offerte par un officier espagnol en garnison à Tournai en remplacement de la statue cassée par les iconoclastes en 1566 ou encore la châsse de Notre-Dame (orfèvrerie de 1205 par Nicolas de Verdun) qui clôture le cortège et qui est accompagnée de Gantois (Groupe Charles-Quint).

Allusion à l’histoire du Moyen-Age, se sont joints à la procession le « Groupe des Serments », soldats qui à partir du 12e siècle prêtaient serment au Roi de France de le défendre ainsi que la ville. Se retrouve aussi dans ce contexte le « Groupe des Corporations », gens de métier qui, à l’époque, venaient rendre hommage à la Vierge en la cathédrale, à la suite du Magistrat communal.

Enfin, c’est maintenant que l’on peut entendre la « Maîtrise de la Cathédrale » et le « Carillon de

Tournai ».

Dans le programme édité lors de chaque édition, se trouvent la description et l’histoire des châsses, reliquaires et autres statues des Saints et de la Vierge Marie portés durant la procession. Il en est de même pour les groupes musicaux et historiques.

A l’issue de la procession, en présence des groupes de la cathédrale et des fidèles et pèlerins, la bénédiction est donnée dans la cathédrale par Monseigneur l’Evêque.

Vers 12h45 un verre de l’amitié est offert par l’évêché à tous les participants de la procession.

Les travaux préparatoires et post-évènementiels

Tout au long de l’année, se tiennent des réunions du comité au cours desquelles les responsabilités sont attribuées à chacune et chacun. A savoir :

 

Préparatifs de la Grande procession

 

o             Choix de la Vierge mise à l’honneur.

Le comité organisateur se réunit et passe en revue les différentes Vierges honorées dans la région, réfléchit sur l’actualité, sur les particularités des Vierges ainsi que sur les éventuels anniversaires tels qu’une apparition, la réalisation d’une statue… Pour ce faire, nous avons besoin de l’expérience de chacune et chacun dont le chanoine-doyen de Tournai.

o             Réalisation de la prière. La prière est élaborée par le chanoine-doyen de Tournai.

o             Contacts avec les groupes musicaux et cavaliers. Un membre du comité, actuellement le trésorier, prend le contact des responsables des groupes musicaux. Le président a le contact avec le Maître de la Chapelle Musicale.

o             Contacts avec les responsables des différents groupes et commissaires.

Un des deux vice-présidents s’occupe, depuis déjà de très nombreuses années, d’établir le contact avec les responsables des différents groupes composant la procession. Il est à leur écoute en cas de problèmes organisationnels et, avec l’aide du comité, essaie d’apporter les solutions.

C’est lui qui prépare les emplacements de départ sur la place de l’évêché et est également le responsable des commissaires, lesquels sont chargés du bon déroulement du cortège.

o             Affiche de la procession. Concours organisé dans une école artistique.

Toutes les x années, une administratrice expérimentée de l’enseignement et un administrateur ayant une connaissance artistique et historique, s’emploient à mettre sur pied un concours dans une école artistique de la région, l’institut Saint-Luc de Ramegnies-Chin. L’élève gagnant se voit offrir un prix.

o             Appel aux donateurs, sponsors et autres annonceurs.

Chaque année quelques dizaines de personnes ont à coeur de faire un don au profit de la tenue de la procession. Un mailing est réalisé et sur le site se trouve un appel aux dons. Les annonceurs sont sollicités pour financer le programme. https://www.grandeprocessiontournai.org/donateurs

o             Réalisation du programme (trilingue et en couleur)

Grâce à sa très longue expérience et ses nombreuses relations et en collaboration avec l’un(e) ou l’autre administrateur (trice), le Président s’assure de la venue des groupes habituels et en contacte d’autres moins réguliers ou invités d’honneur. Lorsque la liste est définitive, un petit groupe de travail composé du président, du responsable des commissaires et de l’administrateur fin connaisseur en art et histoire, ordonnance les six parties du cortège et le communique à l’imprimeur avec les photos, la prière…

o             Mise à jour du site www.grandeprocessiontournai.org et de facebook

https://www.facebook.com/Grande-Procession-de-Tournai-224068975091479/

Cette mise à jour se fait en permanence par la secrétaire et un administrateur.

o             Contacts avec les autorités de la ville, les services communaux, la police.

Les contacts sont effectués par le président ainsi que les deux vice-présidents.

 

Préparatifs dans les paroisses et les groupes dans les semaines précédant la procession.

 

o             Convocation des porteuses et des porteurs, préparation et essayage des costumes.

Dès le mois de juin, les responsables vérifient que chacune et chacun des porteurs sera présent. Ensemble ils vérifient les costumes et se préoccupent des petites réparations de couture. Si nécessaire, une répétition du pas à adopter est faite.

En août, un rappel est fait par le comité organisateur.

o             Transport éventuel des statues.

La plupart des groupes apportent leur statue le jour de la procession.

Certaines confréries du centre-ville l’amènent directement en la portant au travers des rues de la cité. D’autres porteurs l’amènent la veille à la cathédrale où elle se trouvera en sécurité jusqu’au lundi. D’autres encore ont la chance d’avoir leur châsse ou reliquaire dans le trésor de la cathédrale.

o             Montage des statues et reliquaires sur les brancards et fleurissement.

Une chose importante pour porter une statue, une châsse ou un reliquaire, c’est d’être assuré qu’il est bien arrimé à son brancard.

Pour les groupes citadins, le fleurissement est fait par des professionnels alors que dans les groupes ruraux, les participants profitent de cueillir les fleurs fraîches et de réaliser le montage.

o             Distribution des oriflammes.

De merveilleuses oriflammes entreposées à l’évêché sont déployés chez les riverains le long du parcours. Une équipe dirigée par deux membres du comité s’assurent de l’accord et de la disponibilité de ces riverains. La veille de la procession, ces oriflammes sont déployées sur les façades retenues.

Dans certaines rues existe un responsable bénévole habitant la rue.

o             Costumes entreposés à l’évêché et décoration de la cathédrale.

Certaines tenues ou costumes destinés aux porteurs sont entreposés à l’évêché.

Le samedi veille de la procession, les membres du comité aidés par certains volontaires sortent ces tenues. Elles seront portées par certains groupes musicaux tels le « Quatuor de trombones de Soignies », les « Cuivres de Deux-Acren » …

D’autres costumes seront portés par les porteurs des vierges, saintes ou saints honorés. Il s’agit notamment des groupes « Saint Eloi », « Notre-Dame la Brune » ou encore « Notre-Dame de la

Treille ».

Ces tenues et costumes sont alors bien rangés dans les locaux mis à disposition des porteuses et porteurs, soit à l’évêché, soit à la salle paroissiale des Choraux, soit encore à l’école toute proche des Frères.

La même équipe va ensuite décorer la cathédrale d’oriflammes.

Activités post procession.

 

o             Entretien et remise en place des costumes.

Chaque groupe disposant de ses propres costumes les emportera dans sa paroisse. Une première vérification sera faite et, si nécessaire, ils seront envoyés au pressing.

Ceux entreposés à l’évêché seront vérifiés le lundi matin et entreposés pour un an.

o             Démontage et remise en place des statues et reliquaires.

Tout comme pour les tenues, les groupes retournent avec leur statue ou reliquaire dans leur église où, le sacristain ou la personne désignée procède au rangement.

Pour les statues, reliquaires et autres châsses conservées à la cathédrale, une même opération est faite immédiatement après la procession et elles sont pour la plupart remises dans le trésor.

Les fleurs récupérées garniront les églises ou la cathédrale.

o             Reprise des oriflammes, enlèvement de la décoration et rangement des costumes à la cathédrale.

Le lundi matin, une équipe de volontaires récupère les costumes, notamment avec l’aide des élèves et de leurs professeurs de l’école des Frères.

Le même jour, les oriflammes sont récupérées et redéposées à l’évêché.

Les vêtements nécessitant un nettoyage le seront en cours d’année.

o             Réunion de débriefing avec les responsables de groupes.

Le jour même, après le drink offert par l’évêché, les commissaires se réunissent et partagent un repas au cours duquel un débriefing est fait. Le vice-président en charge des commissaires fera rapport à la réunion du CA programmée quelques temps plus tard.

Courant octobre une AG est convoquée.

A l’issue de l’AG, les responsables de groupes sont invités et un échange se fait dans un esprit très constructif et très décontracté. Des enseignements et des suggestions sont toujours bien acceptés et mis en œuvre dans la mesure du possible. Cette réunion se termine toujours par un verre de l’amitié.

 

B.         DOMAINE(S) DU POI          

- Les pratiques sociales, rituels et évènements festifs

On peut également évoquer une certaine tradition musicale :

o             En effet à la fin de la cérémonie de remise des clefs, le samedi soir à la cathédrale, la Maîtrise entonne le chant Les Tournaisiens sont là, hymne local, que reprend toute l’assemblée et qui suscite l’effervescence. Il est certes rare d’entendre ce chant dans un lieu de culte.

o             La fin de la procession se termine dans la cathédrale avec l’adoration du Saint Sacrement. Tandis que les ecclésiastiques s’agenouillent devant l’autel, la Maîtrise de la cathédrale entonne le chant traditionnel du « Tantum ergo » ; alors que la première phrase est chantée a capella par le chœur des hommes, la suite est soutenue par les cuivres sans intervention de l’orgue et c’est la Maîtrise entière et l’assemblée qui poursuit. C’est un moment de grande émotion qui traverse la cathédrale et remplit les coeurs. Ensuite après ce chant, les cuivres donnent la sonnerie « Aux champs » pendant la bénédiction de Mgr l’évêque.

o             La Royale Harmonie du Corps des Volontaires Sapeurs-Pompiers de Tournai, présente depuis des dizaines d’années, reprend chaque année ses airs de procession traditionnels. Il en est un particulier, dû au compositeur Anselme Dachy, qui fut chef de l’Harmonie de 1962 à 1983. Comme il fut également chef de l’Union Saint-Martin à Ath à partir de 1954, cet air entra également dans le patrimoine musical athois et est joué chaque année lors du cortège qui conduit les géants de l’hôtel de ville à l’église Saint-Julien pour les vêpres le samedi de la ducasse. Un même air de procession donc, joué dans deux villes de Wallonie picarde.

o             Citons également l’adaptation du choral de Bach, dit de la procession, interprété chaque année par la Maîtrise de la cathédrale et joué sur le carillon mobile pendant la procession (voir plus loin passage sur la créativité).

o             La sortie de la procession est aussi l ‘occasion d’entendre sonner à l’unisson les cloches de la cathédrale, dont Marie-Pontoise, la cloche de l’évêque qu’on peut entendre résonner dans les villages périphériques de Tournai, les cloches des églises encore en fonction, ainsi que la Bancloque, la cloche du beffroi qui sonne lors de réjouissances communales. La veille Marie-Pontoise, le symbole du pouvoir religieux, et la Bancloque, le symbole du pouvoir communal, sonnent également à l’unisson lors de la cérémonie de remise des clefs. Ces sonneries donnent un air de fête à la ville scaldéenne.

 

C.         TRANSMISSION

L’élément est-il bien vivant ?

Tout d’abord, Il est à relever que pratiquement tous les participants sont acteurs de l’événement à des degrés divers et non simples spectateurs, y compris dans le cadre de la procession historique, où de nombreux parents accompagnent l’implication de leur(s) enfant(s).

Pour ce qui concerne les aspects quantitatifs, on compte 900 participants composant les différents groupes. Nous assistons de plus en plus au retour de familles intergénérationnelles, fières de redécouvrir leur patrimoine et de le faire découvrir aux plus jeunes.

Plusieurs milliers de spectateurs regardent avec admiration ce cortège bien structuré, composé de groupes portant avec respect des merveilles patrimoniales et marchant au rythme des groupes musicaux.

Renouvellement des groupes : Quand certains disparaissent, d’autres demandent à intégrer la procession. Ce fut notamment le cas de Notre-Dame du Salve et de la chorale « Jour de Joie ».

Le rajeunissement des participants : Il y avait peu de groupes avec des enfants dans la procession. Or les intégrer peut leur donner le goût de s’impliquer davantage ou de revenir lorsqu’ils grandissent. En outre les enfants costumés dans la procession incitent les parents, grands-parents et autres membres de la famille à rejoindre le rang des spectateurs.

Depuis de très nombreuses années, le comité organisateur s’attache à transmettre au mieux ce patrimoine ; notamment en ouvrant l’accessibilité aux rôles de porteurs, commissaires ou autres volontaires, aux dames comme aux hommes, aux enfants comme aux adultes, aux pratiquants catholiques comme aux tenants d’autres rites ou encore aux non-croyants.

La plupart de ces volontaires participent par tradition, tradition familiale, tradition corporatiste, tradition paroissiale…mais aussi par amitié avec des porteurs, des membres du comité… c’est ce qui explique le mieux la diversité des participants.

A noter que certaines lettres de soutien soulignent très bien leur motivation.

 

Comment l’élément est-il transmis aujourd’hui ?

 

Les VECTEURS de la transmission sont essentiellement l’expérience partagée entre générations et la tradition familiale.

Ainsi, des savoir-faire, comme le portage des châsses, la décoration des chapelles et des brancards, etc. sont transmis des anciens vers les plus jeunes dans une sorte de compagnonnage.

En ce qui concerne les groupes musicaux, nous ne pouvons parler que des groupes tournaisiens.

La Maîtrise de la cathédrale répète toutes les semaines, sauf en juillet et la 1ère quinzaine d’août. Dès après la Pentecôte, elle attaque le répertoire qui sera chanté lors de l’office solennel du samedi soir. Les pièces chantées lors de l’office du dimanche matin requièrent moins de répétitions car il s’agit d’un répertoire connu et présentant moins de difficultés. Quant aux chants pendant la procession elle-même, en principe une répétition suffit au mois de septembre (sauf peut-être pour les nouveaux). Une répétition générale avec les cuivres a lieu dans la semaine précédant la procession.

Pour le carillon mobile de la procession, la carillonneuse attitrée Marie-Christine Degraeve prend contact avec l’évêché où est remisé le carillon, afin de monter le carillon et qu’elle puisse venir répéter avec la 2e carillonneuse dans la semaine précédant la procession. La participation aux processions de Poperinge en juillet et de Lessines le dimanche d’avant et les répétitions préalables lui ou leur auront servi à maintenir leur savoir-faire. Marie-Christine Degraeve a longtemps joué avec sa soeur aînée ; elle y a initié sa fille et elle joue également avec des collègues professeurs au Conservatoire de Tournai.

Les violonistes et saxophonistes doivent en fin d’année scolaire apprendre les morceaux choisis et apprendre à les jouer en groupe. Avant la procession, ils devront aussi répéter et apprendre à les jouer en marchant, au même pas.

Quant à l’Harmonie communale des Pompiers, elle répète toutes les semaines. Les morceaux joués à la procession sont des morceaux traditionnels demandant peu de répétitions.

 

Porteuses et porteurs – renouvellement.

Bien des porteuses et porteurs font partie d’un groupe par tradition familiale. Les nouveaux y arrivent souvent en étant attirés par un membre de leur famille ou par un ou une amie.

Dans la plupart des groupes, il y a donc un noyau de membres fidèles qui reviennent d’année en année ; ce sont eux qui expliqueront aux nouveaux comment se tenir, à quelle distance, quelle posture (position des mains, des chapeaux,) adopter, comment opérer les changements de porteur.

 

Décoration florale.

La plupart des statues qui viennent des villages, sont fleuries la veille par des bénévoles issues du village et qui utilisent des fleurs de jardin. Ainsi on peut voir deux Esplechinoises à l’oeuvre garnir le samedi après-midi les statues du village qui ont été amenées à l’évêché et montées sur leur brancard.

 

Entretien des vêtements.

Plusieurs responsables de groupe parlent dans leur lettre de soutien de l’entretien des costumes. La plupart des costumes sont nettoyés et remisés après la procession. Pour les aubes pour les enfants portant les petits reliquaires, le nettoyage se fait avant la procession.

Lors des essayages des costumes, il faut éventuellement que les couturières fassent des retouches ou ajustent les vêtements.

Après la procession, un contrôle est fait et nécessite parfois des travaux de couture.

 

Parmi les gestes rituels, citons les changements de porteurs.

Lors des changements de porteurs, il faut que les autres porteurs soutiennent la statue ou le reliquaire afin de permettre au porteur sortant de se retirer et au porteur entrant de se glisser sous le brancard. L’aide et la vigilance de toutes et tous sont également requises lorsque l’on quitte l’église avec la statue et qu’on la dépose en attendant le départ. Idem au retour.

L’entraide est particulièrement visible lorsque les groupes de la cathédrale reviennent dans la nef de la cathédrale et déposent châsses ou statues en déployant leur support intégré au brancard en attendant la bénédiction finale. Il en est de même lorsque les châsses sont rentrées au Trésor et les statues mariales reportées à leur emplacement initial.

 

Rituel du serre-file pendant la procession.

Dans les tournants fort larges lors des changements de rues, les commissaires ont reçu pour instruction de jouer au serre-file afin que les groupes tournent tous d’une façon harmonieuse et non pas en « accordéon ». Le commissaire doit arriver en tête de ses groupes et se placer jusqu’à ce que son dernier groupe soit passé, permettant de faire la jonction avec le commissaire suivant. Souvent un commissaire « volant » vient en renfort. S’il y a un nouveau commissaire, il est placé avec un nouveau pour lui expliquer et montrer comment faire.

 

Rituel de Notre-Dame de la Brune.

Pour la procession, la statue de Notre-Dame de la Brune est revêtue de ses beaux vêtements de velours bleu nuit. Peu avant la mise en place du cortège, les porteuses avec leur vêtement de même couleur et leur mantille noire rejoignent le brancard dans la cathédrale. Le mari de la responsable du groupe va jusqu’au Trésor de la cathédrale où le conservateur lui confie la couronne d’argent, le spectre et le collier de pierres précieuses. Une chaise a été préparée pour pouvoir monter les bijoux sur la statue ; la mise en place du collier requiert une dextérité certaine car il faut pouvoir l’attacher en-dessous des vêtements de la vierge. L’opération finie suscite l’effervescence et l’admiration parmi les porteuses. Le même rituel se produira une fois la procession achevée.

 

Transport des costumes le samedi après-midi.

Une série de responsables de groupes apportent les vêtements le samedi après-midi à l’école des

Frères ou la salle paroissiale des Choraux, proches de la cathédrale.

Le comité se charge du transport des costumes remisés à l’évêché vers ces deux endroits pour les groupes de la paroisse Saint-Quentin et pour ceux de la cathédrale, de même que pour une série de groupes musicaux. C’est le président qui indique aux bénévoles présents quels costumes emporter et à quel endroit les placer. Sur place il donne les indications pour placer les costumes et dire quelles pièces font partie de quel costume.

Lorsqu’il était enfant, c’est son père, membre du comité, et un autre membre comité, qui emmenaient leurs enfants pour faire ce travail. Aujourd’hui, un neveu du président vient chaque année en renfort, par tradition familiale.

Un des vice-présidents est lui aussi présent chaque année et dirige par après la décoration de la nef de la cathédrale avec les oriflammes.

 

Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément ?

La viabilité de l’évènement se fait sur quatre axes : la communication, la pédagogie-enseignement, la culture et la transmission des gestes et du savoir-faire.

 

La communication.

Elle se fait notamment via les paroisses, l’office du tourisme où une conférence de presse est organisée, et récemment via la radio Vivacité. Nous utilisons également notre site qui vient d’être retravaillé professionnellement ainsi que Facebook, voire You Tube.

De plus, des volontaires visitent les écoles primaires adhérant au projet afin de présenter l’événement sous ses nombreux aspects.

 

La pédagogie-enseignement.

A ce niveau, nous avons eu la chance d’avoir un inspecteur hre de l’enseignement primaire pour rédiger à l’attention des enfants de 5ème et 6ème primaire un dossier fort apprécié. Il est distribué et bien accepté dans chacun des réseaux de l’enseignement.

Tout cela n’empêche pas le comité d’envisager l’avenir. Un dossier à destination des élèves de 3ème et 4ème primaire est en projet. Et la réfection de costumes est l’ordre du jour malgré un coût important.

 

La culture.

En 2017 à l’occasion des 925 ans de la procession, un cycle de quatre conférences sur les processions du pays fut organisé en collaboration avec l’Asbl Les Amis de la cathédrale. Celle sur Tournai fut présentée par M. Jacques Pijcke, professeur hre d’histoire médiévale à l’UCL et archiviste hre de la cathédrale Notre-Dame de Tournai.

Enfin en 2018 l’Asbl Tourisme et Culture a édité un livre pour enfants Martine visite Tournai destiné à un public d’enfants et qui présente la ville, ses monuments, ses traditions. La procession y bien sûr présentée. La 1ère édition à 3000 exemplaires fut vite épuisée et une réédition eut lieu en 2020.

 

La transmission des gestes et du savoir-faire.

Il va de soi qu’une telle organisation, chargée de traditions, a besoin de transmettre son savoir-faire aux nouveaux participants, aux nouvelles générations.

Dans les paroisses autour de la cathédrale et dans les paroisses rurales, les participants se voient en dehors du cortège. Ils prennent plaisir à partager un repas et invitent des amis. Au cours de ce moment convivial, ils parlent de la procession, de la simplicité à porter, montrent leurs belles tenues et expliquent aux invités la fierté qu’ils ont à porter leur saint€ patron(ne).

Il en est de même pour les groupes de la cathédrale, même si ici, les candidat(e)s se présentent presque spontanément.

Dans les groupes musicaux, l’accent est mis sur les nombreuses répétitions. Par exemple, la

Maîtrise de la Cathédrale commence ses répétitions dès juin.

 

D.        SAUVEGARDE

Quelles sont les actions entreprises pour garantir la viabilité de l’élément ?

 

Baisse de l’adhésion de la population tournaisienne.

La baisse de l’adhésion de la population tournaisienne entraîne des difficultés à recruter des porteurs pour certains groupes et fait qu’il y a moins de public local le long du parcours. Une diminution du nombre de spectateurs aurait certainement un impact sur le nombre de « participants actifs » qui marche et s’investit dans la Procession. Depuis la fin du siècle dernier, le public a fortement décru. Toutefois on a assisté à une légère hausse depuis 2017. Les actions déjà entreprises ou à entreprendre sont décrites plus loin.

 

Pièces interdites de sortie.

Lors de la réorganisation dans les années cinquante, qui reste la base des groupes actuels, on décida de ne garder dans la procession que des pièces d’orfèvrerie et des statues ayant une certaine valeur artistique, à l’exception de quelques images-icônes de la Vierge comme Notre-Dame de Lourdes et Notre-Dame de Fatima.

Certaines de ces pièces anciennes et plus fragiles ne sortent plus depuis cette réorganisation ; il en va ainsi de la Torche d’Argent des Damoiseaux (XIVe, XVIe, XVIIe s.) conservée au Trésor de la cathédrale, ou encore la croix-reliquaire, pièce d’orfèvrerie de 1752 provenant de l’église de La Madeleine. Il pourrait en être de même dans le futur avec des œuvres plus fragiles. Idem si des mesures restrictives venaient à être prises pour des pièces classées comme patrimoine mobilier exceptionnel de la Fédération Wallonie Bruxelles telles les grandes châsses de la cathédrale.

 

Risques de perturbations ou d’attentats.

Des contacts préalables ont lieu chaque année avec les services communaux et la police du Tournaisis. Suite aux derniers attentats survenus ces dernières années en Europe, la commune a placé à différents endroits des blocs de béton; de même des barrières type Héras sont placées chaque année pour éviter que des voitures ne coupent le cortège.

Etant donné la présence de Monseigneur l’évêque et parfois d’invités de marque dans le cortège, par exemple le nonce apostolique en 2017, des membres de la PJ veillent discrètement à leur sécurité pendant tout le parcours.

Les commissaires de la procession sont chargés du bon déroulement de la procession et de prendre toute mesure nécessaire en cas de perturbation du cortège, quitte si nécessaire à faire appel aux forces de police présentes.

 

Absence de soutien de la Ville de Tournai et de ses services.

L’absence de soutien de la Ville de Tournai non seulement mettrait en difficulté les finances de l’Asbl

Grande Procession mais l’absence de promotion par l’Office du tourisme mettrait le renom de la manifestation en péril tant auprès de la population locale que des visiteurs.

 

Risques de vols.

- Avant la procession : Il y a une quarantaine d’années, la statue de Sainte-Apolline fut volée à l’église Saint-Jacques. Ceci entraîna bien évidemment la suppression du groupe.

- Pendant la procession : A nouveau les commissaires de la procession sont chargés de veiller à ce que le déroulement se passe bien. Lors des 10 dernières années de sa sortie et avant qu’elle ne soit volée en 2008 dans la cathédrale, la précieuse Croix byzantine, qui était portée lors la procession par le doyen du chapitre cathédral, fut escortée de figurants costumés en moines ; ceux-ci étaient en réalité des membres de la PJ., présents afin d’éviter un vol potentiel. En effet celle-ci était de petite taille et n’étant pas fixée sur un brancard, elle était facile à emporter.

- Après la procession : Les commissaires de la procession sont chargés de veiller à ce qu’aucun objet religieux, statue ou reliquaire, ne soit abandonné par leurs porteurs à l’arrivée.

 

Travaux en ville.

Les travaux de réfection de voirie en ville amènent parfois à devoir modifier ponctuellement le parcours ; ainsi en fut-il lors du dernier aménagement du quartier dit cathédral il y a quelques années. Dans les années à venir, l’aménagement de la rue Royale imposera une concertation avec les autorités communales. Il n’y a toutefois jamais eu de problème majeur ces dernières années.

 

Danger de folklorisation et perte de la tonalité religieuse.

En ce qui concerne le caractère spécifique de la Grande Procession, soit l’expression du culte rendu/l’attachement à la figure de la Vierge, la crainte de certains est que la procession se mue en marche folklorique. Cette tonalité plus religieuse est sans doute ce qui fait son attrait, y compris pour un public non pratiquant, et en même temps ce qui pourrait servir de repoussoir à ceux qui ne voudraient retenir que les aspects conviviaux et festifs. Une attention particulière est donc portée lors de toute demande d’ajout de groupe ou d’élément au cortège pour éviter que cet apport soit anecdotique et sans réel lien avec le contenu religieux et/ou historique de l’évènement.

 

Richesse de l’offre patrimoniale tournaisienne / concurrence.

Jusqu’en 1970, la procession avait lieu au matin, comme la plupart des processions hennuyères. En 1971, il y eut une procession exceptionnelle à l’occasion du 8e centenaire de la dédicace de la cathédrale, avec la participation de nombreux groupes venus du diocèse et de l’ancien diocèse. Elle eut lieu à 15h. La foule de visiteurs étant présente, le comité décida l’année suivante de mettre la procession l’après-midi.

Depuis lors la procession subit la « concurrence » des Journées du patrimoine qui ont lieu le deuxième week-end de septembre en Wallonie. Tournai étant une riche ville patrimoniale, de nombreuses visites sont organisées ce week-end-là. Il y a une dizaine d’années, le comité de la procession décida de remettre la procession le matin, permettant ainsi aux participants d’être « libérés » pour midi et de pouvoir eux aussi bénéficier des Journées du patrimoine. Ceci a eu pour effet immédiat un léger regain dans le nombre de participants à la procession mais cela illustre la difficulté de maintenir l’implication de tous les participants (acteurs et public) quand les sollicitations sont trop diverses et trop nombreuses.

 

Quelles sont les actions entreprises pour sa sauvegarde ?

Diverses actions ont été entreprises depuis plusieurs années, certaines ponctuelles ou superficielles, d’autres plus fondamentales dans la réflexion et l’action.

 

Liens avec la Ville.

Autrefois, lorsque la procession était organisée par le chapitre cathédral et, depuis 1925, par un comité de laïcs, les liens avec la commune étaient faibles. Cependant, des rapprochements avec l’autorité communale ont eu lieu depuis une vingtaine d’années. De ce fait notamment, aux dernières processions, on a vu quasi l’ensemble des membres du collège échevinal, ainsi que les hauts fonctionnaires de la commune, assister au départ de la procession ; et ce, de la tribune montée par le personnel ouvrier de la Ville.

 

Réorganisation de la procession.

Préliminaire.

Après la seconde guerre mondiale, la procession fut complétement réorganisée sous un visage nouveau. Les bombardements de la ville durant la deuxième guerre mondiale avaient causé de nombreuses destructions d’immeubles. Une série de pièces et de costumes portés à la procession en firent les frais. Des costumes avaient aussi été récupérés pour en faire des vêtements ordinaires pendant la guerre.

En 1952 une procession nouvelle vit le jour : on décida de ne garder dans la procession que des pièces d’orfèvrerie et des statues ayant une certaine valeur artistique, à l’exception de quelques

images-icônes de la Vierge comme Notre-Dame de Lourdes et Notre-Dame de Fatima. Ces pièces étaient présentées sur des brancards, richement fleuris et des costumes contemporains furent créés pour les porteuses et porteurs. La procession était divisée en 3 parties : les saints vénérés dans les églises de Tournai, représentés par leur statue ou leur reliquaire, les statues mariales vénérées dans les églises de Tournai et les groupes de la cathédrale. Les statues ou reliquaires de saintes et saints étaient exclusivement portés par des hommes, et les statues mariales exclusivement par des femmes. La procession se terminait avec le Saint Sacrement porté par Monseigneur l’évêque.

 

Il y eut certes quelques aménagements dans cette structure au cours du temps puisqu’en 1989, pour la première fois une paroisse extérieure au centre-ville demanda à participer à la procession avec sa statue paroissiale. D’autres suivirent et quelques années plus tard encore des paroisses villageoises demandèrent aussi à participer à la procession, la dernière en date étant celle de Thimougies en 2011. En 1992 on vit le premier groupe mixte de porteurs.

 

Réflexions sur l’avenir de la procession.

De multiples débats, au sein de l’asbl, sont le signe d’un fonctionnement démocratique cherchant à intégrer des sensibilités diverses au sein d’un groupe organisateur ou entre groupes porteurs de la tradition. Ainsi, il y a une dizaine d’années, des membres de l’Asbl voyant le déclin de la procession demandèrent de créer un groupe de réflexion sur l’avenir de la procession. Ce groupe proposa plusieurs pistes aux membres de l’assemblée générale :

             Raccourcir le parcours afin de concentrer le public

             Atténuer le caractère religieux du cortège.

 

Si la première proposition ne fut pas retenue (voir par ailleurs), en 2015 on modifia complètement la structure de la procession pour présenter les groupes sous une approche évoquant l’histoire religieuse de la ville (voir description). On décida de la suppression de la présence du Saint Sacrement pendant la procession elle-même, en accord avec l’autorité épiscopale, tout en conservant à la fin de la procession une bénédiction pour les croyants dans la cathédrale.

 

Enfin, on intégra peu à peu dans la procession des groupes historiques qui avaient un lien avec la procession : l’association Charles-Quint de Gand, en souvenir de l’époque moyenâgeuse au cours de laquelle les Gantois avaient le privilège de porter la châsse de Notre-Dame dite Flamande à la procession, le groupe des Corporations et enfin le groupe des Serments (voir plus haut cérémonie de remise des clefs de la ville). Enfin on introduisit deux hérauts d’armes revêtus de costumes l’un portant le blason de l’évêché de Tournai, l’autre celui de la commune, pour ainsi marquer le lien entre la procession et sa cité.

 

Il n’est pas impossible qu’à l’avenir d’autres groupes historiques rejoignent le cortège. Cependant, comme évoqué au chapitre des menaces potentielles, le souhait de développer les dimensions conviviales/festives ne doit prendre le dessus sur la préoccupation de préserver ce qui fait la spécificité de la manifestation, sa tonalité plus religieuse et plus sobre, qui ne doit pas être dénaturée.

 

Dossier pédagogique.

Si des responsables de groupes vont de leur chef faire la promotion de la procession dans les écoles pour sensibiliser les plus jeunes à la richesse de leur patrimoine, il n’existait pas de documentation spécifique pour les instituteurs. Grâce au concours de M. Michel Derache, inspecteur honoraire de l’enseignement primaire, un dossier pédagogique à l’attention des élèves de 5e et 6e primaires a été constitué en 2019 et fut distribué avant la rentrée scolaire à tous les directeurs d’école de l’enseignement primaire tant communal que libre. Ce dossier fut accueilli chaleureusement dans les écoles.

Depuis lors le dossier est téléchargeable sur le site Internet de la Grande Procession.

Le souhait est de poursuivre la démarche en préparant un dossier à l’intention des élèves de 3e et 4e primaires

Communication : Site internet et réseaux sociaux.

Un nouveau site Internet a été conçu en 2019-2020 en donnant des informations pour deux types de public : les visiteurs voulant s’informer sur la procession et recherchant des informations pratiques telles la date, l’heure, le parcours, les activités connexes, et pour les Tournaisiens souhaitant participer à la procession ou décorer leur façade d’oriflammes.

Depuis 2018, à l’instigation des plus jeunes membres de l’Asbl, le réseau social Facebook est utilisé pour y mettre régulièrement des informations et des photos de la procession.

 

Nouvelles bannières au blason de l’évêché de Tournai.

Des oriflammes existaient pour décorer les rues sur le passage de la procession mais en nombre insuffisant. Il y a une quinzaine d’années, des nouvelles bannières au blason de l’évêché de Tournai furent confectionnées. Les oriflammes et bannières permettent de donner un air de fête coloré aux rues de la cité et de souligner aux habitants et aux visiteurs qu’il va se passer quelque chose d’important.

 

Folder.

Suite à la modification de l’heure de la procession en 2013, les folders existants étaient devenus inutilisables, il a fallu en refaire des nouveaux. On en a profité pour renouveler le texte en trois langues ainsi que les photos. Une édition adaptée a eu lieu en 2018.

 

Projet vidéo.

En 2019 a germé le projet de réaliser un petit film présentant l’histoire de la procession et sa figuration actuelle, sous la coordination d’un jeune membre de l’Asbl, historien de formation. Ce film aurait pu être diffusé sur YouTube, Facebook, sur l’écran dans le hall d’accueil de l’Office du tourisme et être placé sur notre site Internet.

Contact avait été pris avec l’atelier vidéo du mouvement Enéo et un accord de principe avait été conclu. Etant donné les mesures liées à la pandémie, le projet a dû être remisé momentanément dans les tiroirs.

 

Rencontres festives.

Certains responsables paroissiaux ou responsables de groupe organisent chaque année drinks, soupers, afin de resserrer les liens entre responsables, porteurs et porteuses.

En 2018, la responsable de la pastorale des jeunes a proposé à ceux (jusqu’à trente ans) ayant pris part à la procession de participer à un barbecue dans les jardins du Séminaire. Le succès ayant été au rendez-vous, l’expérience fut réitérée en 2019.

Les paroisses de la rive droite du centre-ville ont ainsi organisé leur premier souper en 2019 au cours duquel un film sur la procession fut projeté.

 

Groupes de musiciens tournaisiens.

Violonistes :

Il y a peu de groupes de musiciens tournaisiens à proprement parler dans la procession. Toutefois, en 2017, nous avons eu le plaisir de voir participer à la procession un groupe d’élèves du Conservatoire grâce à la collaboration de Mme Christiane Diricq, professeure hre. Le jeune violoniste Clément Holvoet a repris en 2020 la direction du groupe.

La mise sur pied du groupe a demandé de nombreuses répétitions, d’abord apprendre les morceaux eux-mêmes, les jouer en groupe et les jouer en marchant. Ces violonistes apportent de la fraîcheur à la procession.

Saxophonistes :

En outre, un Tournaisien élève au Conservatoire, amoureux des traditions tournaisiennes, a constitué depuis 2017 également un quatuor de saxophonistes expressément pour la procession, groupe qu’il souhaite étoffer dans les années à venir. Ici aussi de nombreuses répétitions, d’abord apprendre les morceaux avec le professeur de saxo, les jouer en groupe et les jouer en marchant, sont requises chaque année.

Le souhait est de voir se reproduire un groupe similaire avec d’autres instruments. Si des approches avec des professeurs du Conservatoire ont déjà eu lieu par le passé, sans aboutissement, des contacts avec le nouveau directeur du Conservatoire se révèlent plus prometteurs.

 

Concours de no télé en 2020.

En raison des mesures sanitaires dans le cadre de la pandémie en 2020, la procession ne put avoir lieu. Il fut demandé le concours de No télé, la télévision régionale et communautaire, qui rediffusa le documentaire sur l’histoire de la procession réalisé en 1992 à l’occasion du neuvième centenaire de la procession.

Cette diffusion a permis aux Tournaisiens et habitants de la région de se souvenir qu’au mois de septembre, il y a la procession. Nous savons que ce genre d’émission est fort aussi apprécié des personnes âgées et malades.

 

Collaboration avec l’Asbl Les Amis de la cathédrale.

Face à la fragilité de certaines pièces portées à la procession, une collaboration a pu s’établir avec l’Asbl Les Amis de la cathédrale qui ont ainsi procédé à la restauration de biens mobiliers de la cathédrale tels la statue de Notre-Dame la Brune ou encore le dais de procession de Beauvais du XVIIIe.

 

E.         ASPECTS SOCIOLOGIQUES ET HUMAINS

- Qui sont les détenteurs, praticiens de l’élément ?

La gestion, la transmission et la sauvegarde du Grand Tour reposent sur l’action, distincte mais conjuguée, de plusieurs associations qui interagissent avec les autorités religieuses :

Le Chapitre cathédral est le maître d’oeuvre historique et est encore partie prenante dans la réalisation de cet évènement annuel.

L’organisation de la Grande Procession de Tournai est confiée au conseil d’administration de l’Asbl. Ce conseil est composé de 3 femmes et 7 hommes, dont 1 ecclésiastique. Il se fait aider par certains volontaires, membres de l’AG. Trois fois par an, une assemblée générale est tenue de façon à informer et soumettre de nouvelles idées, de faire un débriefing de la procession et, bien entendu, à présenter le bilan et les comptes de résultats.

Monseigneur l’évêque gère son agenda de façon à pouvoir être disponible pour ce 2ème week-end de septembre, et ce malgré une multitude d’occupations, d’offices et de cérémonies dans l’ensemble du diocèse de Tournai (Province du Hainaut) et au-delà.

La fabrique d’église Cathédrale (Trésor) qui met notamment à disposition les chapes, la châsse de Saint-Eleuthère, la châsse des Damoiseaux, la châsse de Notre-Dame aux Malades, la statue de Notre-Dame la Brune ainsi que d’autres trésors qui y sont déposés.

 

Les commissaires.

Les commissaires jouent un rôle essentiel dans l’organisation de la procession : mettre le cortège en place, s’assurer que la procession se déroule sans incident et veiller à la rentrée à la cathédrale. Si la procession se déroule bien, ce sera grâce à eux, si elle se déroule mal, ce sera à cause d’eux. Ils auront assisté à une réunion préparatoire une dizaine de jours avant la procession.

Les commissaires sont chacun responsables d’un certain nombre de groupes. Les nouveaux commissaires sont placés avec un ancien afin de subir l’écolage.

 

Concrètement leur mission consiste à :

Accueillir les groupes  les remercier de leur présence, leur donner les instructions générales :

             Adopter la même position pour les bras ou les mains. Par exemple avoir les mains enfilées dans les manches, tenir les mains jointes, avoir les bras le long du corps, ... et ce dans un souci d’harmonie collective.

             Ne pas parler, sauf pour prier, ne pas chiquer, rigoler, ... Il s’agit avant tout d’une procession religieuse.

             Garder une distance constante avec le groupe précédent, qui leur sera donnée au départ par le commissaire principal, veiller à ne pas créer de « trous ».

             Les placer selon l’ordre des groupes établi et leur emplacement prévu.

S’assurer que la procession se déroule sans incident :

             Veiller à ce que les groupes se suivent sans être trop proches les uns des autres et sans créer de trous non plus. Être particulièrement attentif à l’allure des groupes musicaux qui peuvent créer des trous s’ils avancent plus lentement.

Être en tête de ses groupes lors des virages importants qui ont été précisés lors de la réunion préparatoire, afin de faire la jonction avec le commissaire précédent et assurer le serre-file, afin que les groupes prennent une belle courbe et que le cortège reste harmonieux.

             S’assurer que tout se déroule correctement pendant le cortège ; prendre toutes les mesures adéquates et nécessaires à la sécurité et l’ordre du cortège ; au besoin faire appel aux services de police et de secours par ex. si un participant a un malaise.

             Aider à la distribution d’eau et au ramassage des gobelets lors du ravitaillement. Surveiller que les groupes ne s’arrêtent pas et ne créent pas de trou.

             Transmettre les instructions reçues du commissaire en chef par talkie-walkie, par exemple en cas de dislocation du cortège si forte pluie.

             Veiller à ce que les groupes musicaux jouent jusqu’au moment de la rentrée. En effet en jouant ceux-ci ralentissent l’allure des groupes « qui sentent l’écurie ».

 

Veiller à la rentrée à la cathédrale :

             Saluer les groupes, les remercier d’avoir participé à la procession et leur donner rendez-vous l’année d’après.

             Orienter les groupes pour aller reporter leur statue ou reliquaire.

             Placer les groupes « cathédrale » dans la cathédrale pour la bénédiction finale.

             Canaliser le public pour le passage des groupes.

             Quand la procession est terminée, veiller à ce qu’aucune statue ou reliquaire ne soit laissé à l’abandon dans la cathédrale ou à la place de l’évêché. Aider les groupes « cathédrale » pour rentrer les châsses au Trésor, guider les statues mariales par rapport aux lustres lorsqu’elles passent dans le bas-côté et canaliser le public présent à cet effet.

 

Les groupes paroissiaux et extérieurs répondent toujours présents avec leurs propres tenues et leur statue, reliquaire ou châsse. Toutes les personnes appartenant à ces différents groupes sont fières d’en faire partie et pour la plupart d’entre elles ne voudraient laisser leur place pour rien au monde. Nous pensons notamment aux Blandinois porteurs de Saint-Eleuthère, aux infirmières porteuses de Notre-Dame aux Malades, aux Gantois entourant Notre-Dame Flamande, aux pompiers porteurs de Sainte-Barbe, aux brancardiers entourant Notre-Dame de Lourdes, aux gens de Droit porteurs de la châsse des Damoiseaux ou à ces villageois tenant à porter leur propre statue tels les Kainois porteurs de Notre-Dame de la Tombe ou encore aux Esplechinois porteurs de Notre-Dame d’Esplechin et de Saint-Martin.

Des groupes historiques tels que les Serments ou encore les Corporations ont été invités à intégrer la procession.

La Ville de Tournai qui collabore au niveau logistique et favorise le partenariat avec l’Asbl Les Amis de Tournai.

Collaboration avec les Amis de Tournai asbl : Pour répondre à un souhait de l’autorité communale, en 2014 les Amis de Tournai ont déplacé leurs traditionnels cortèges de géants au jour de la procession. Afin d’assurer une continuité entre les deux événements, à l’issue de la procession, Monseigneur l’évêque rend les clefs de la Ville sur la place de l’Evêché à Monsieur le bourgmestre qui les remettra aux Amis de Tournai au pied du beffroi tout proche.

Des synergies ont ainsi pu se créer avec les Amis de Tournai ; ainsi par exemple en 2019 un spot annonçant les deux manifestations fut diffusé sur les ondes de Vivacité Hainaut pendant une dizaine de jours.

Chevaliers de la Tour : La confrérie des Chevaliers de la Tour tenait sa traditionnelle séance académique le jour des cortèges de géants en juin. Suite au déplacement de ceux-ci le jour de la procession, elle décida en 2019 de se réunir la veille des cortèges et de la procession. Les membres du comité qui pour la plupart sont aussi Amis de Tournai, se font un honneur d’assister le samedi soir à la cérémonie de remise des clefs à la cathédrale. Après en avoir exprimé le souhait à l’Asbl Grande Procession, les Chevaliers de la Tour, revêtus de leur toge rouge et blanc, assistent au départ de la procession le dimanche matin, près de la tribune officielle.

Ceci est un signe de reconnaissance que porte l’association pour la procession, la considérant comme un événement majeur dans la vie de la cité.

Bon à savoir : La confrérie des Chevaliers de la Tour est à l’origine de la création du groupe des Corporations.

De même, les quelques milliers de visiteurs ou pèlerins viennent régulièrement pour pouvoir admirer ce cortège historico-religieux haut en couleurs. Des familles se retrouvent à cette occasion.

Et tout ce monde collabore et se mélange parfaitement, indépendamment du sexe, de l’âge, du statut social ou encore de la pratique religieuse ou non.

- Comment s’exprime le caractère emblématique pour la communauté concernée (sentiment d’appartenance, d’identité, de continuité) ?

 

La Grande Procession permet aux habitants de Tournai d’exprimer rituellement leur identité collective au-delà des différences sociales ou idéologiques, en partageant non seulement une expérience mais aussi des valeurs inspirées par l’événement : confiance, cohésion, entraide.

En effet, il ressort que, par cette prise de conscience d’une appartenance commune, se partage une légitime fierté. C’est le groupe social tournaisien tout entier qui s’exprime à lui-même, notamment par le défilé de ses représentants, les autorités civiles et religieuses, les groupes musicaux, les paroisses et les nombreux groupes, à la fois pédestres et équestres, qui ressuscitent le passé depuis ses origines au 11e siècle.

Si la plupart des porteuses et porteurs proviennent de Tournai et du Tournaisis, la procession compte aussi dans ses rangs des Tournaisiens expatriés qui y restent fidèles chaque année, de même que des participants non issus de la région qui aiment participer à des cortèges historiques.

Les groupes musicaux sont constitués de groupes tournaisiens fidèles comme la Royale Harmonie des

Volontaires Sapeurs-Pompiers de Tournai, la Maîtrise de la cathédrale, les joueuses du carillon, et aussi depuis quelques années de la chorale de jeunes "Jour de Joie" de l’unité pastorale de Tournai Est et d’un groupe de jeunes violonistes issus du Conservatoire de Tournai. Les autres groupes musicaux proviennent du Hainaut et participent pour la plupart à d’autres processions ou cortèges historiques.

L’association Charles-Quint elle provient de Gand et les figurants sont des Gantois accompagnés de Binchois. Elle se fait un honneur d’escorter la châsse de Notre-Dame Flamande, en souvenir du fait que les Gantois eurent le privilège de la porter pendant tout le Moyen-Age.

Par ses caractéristiques spatiales, historiques et religieuses, la Grand Procession participe au vaste ensemble des processions catholiques existantes à travers le monde et qui ont subsisté en bon nombre en région wallonne.

 

F.         ETENDUE GÉOGRAPHIQUE

Parcours de la procession

La procession se déroule en ville dans l’intra-muros et suit un parcours quasi inchangé depuis plus d’un siècle, démarrant de et revenant à la cathédrale en passant par les principales églises de la ville.

Le circuit est assez long pour une procession historique puisqu’il fait 3,7 km. Il a toutefois été légèrement raccourci dans les années 1970. Une petite modification a également eu lieu fin des

années 90. La procession qui descend la rue des Carmes, rejoignait la rue du Bourdon Saint-Jacques par la rue du Palais Saint-Jacques. A la demande d’une maison de repos qui s’y est ouverte, elle rejoint désormais cette rue par la rue du Louvre, de l’autre côté de l’église Saint-Jacques, permettant aux résidents de regarder la procession.

Un débat a eu lieu récemment, comme il avait déjà eu lieu il y a plus de 40 ans, sur l’opportunité de raccourcir le parcours pour concentrer le public plus densément. Ceci aurait eu pour effet de délaisser des quartiers socialement défavorisés, ce que le comité actuel ne souhaite pas faire.

 

Présence de la procession en ville

Le musée des Beaux-Arts de Tournai possède une salle réservée intégralement aux peintures de Louis Gallait, peintre du XIXe s. d’origine tournaisienne, connu pour ses compositions historiques. Il réalisa un tableau aux dimensions impressionnantes qui couvre un des murs longitudinal La Peste à Tournai en 1092. Cette peinture est présentée en permanence aux visiteurs du musée. Elle marque l’attachement du peintre à sa ville natale.

La procession est représentée sur divers folders distribués tout au long de l’année à la cathédrale et à l’Office du tourisme et les guides de la ville ne manquent jamais de parler de la manifestation religieuse lors de leurs visites de la cathédrale. On retrouve également des photos de la procession dans certaines églises paroissiales.

Un texte sur la Grande Procession est également présenté à la page Traditions et folklore du site

Internet officiel de la Ville de Tournai.

 

Présence de la procession en dehors de la ville

Depuis plus de 25 ans, le carillon participe chaque année au Maria-Ommegang de Poperinge début juillet et depuis plus de 10 ans au cortège et à la procession historiques du Festin de Lessines le 1er dimanche de septembre.

Le carillon est régulièrement demandé pour d’autres manifestations à Tournai ou ailleurs. Ainsi il a participé au spectacle Tournai d’été du metteur en scène Luc Petit mettant en avant le folklore tournaisien en août 2020. Il avait été demandé par la Ville de Tournai pour la manifestation d’inauguration de l’exposition consacrée à Georges Rodenbach en septembre 2020 mais qui a été supprimée en raison de la Covid19. Il a participé il y a une dizaine d’années à la nuit des intrigues organisées par l’asbl Carnaval de Tournai lors du carnaval.

Lors d’anniversaires d’autres processions, la Grande Procession est régulièrement représentée par l’un ou l’autre de ses groupes. Ainsi le groupe portant la châsse des Damoiseaux renfermant le chef de saint Eleuthère, considéré comme le premier évêque de Tournai, et la Maîtrise de la cathédrale participèrent en 1988 à la procession du Car d’Or à Mons, à l’occasion du treizième centenaire de la mort de sainte Waudru, et en 2012 à Soignies pour les 750 ans du Tour saint-Vincent. En 2004 c’est le groupe portant la statue de Notre-Dame de la Treille qui participa à Lille à la procession en l’honneur de Notre-Dame de la Treille, patronne de la métropole du Nord, à l’occasion de Lille 2004 capitale européenne de la culture. En 1996 le bras-reliquaire de saint Eleuthère processionna dans la basilique

Saint-Rémy à Reims lors de la commémoration des 1500 ans du baptême de Clovis.

Plusieurs autres groupes ont également participé aux processions d’Enghien, de Lessines ou encore de Baudour.

 

Invitations

Mgr l’évêque a l’habitude d’inviter à la procession un ou plusieurs évêques belges, hollandais, luxembourgeois et français pour leur montrer la richesse de cette tradition presque millénaire.

 

Œuvres portées à la procession

Les statues et reliquaires proviennent des églises et chapelles de Tournai et des villages de l’entité. Les pièces les plus prestigieuses sont conservées à la cathédrale Notre-Dame. Il y a eu jusqu’à il y a quelques années deux groupes d’entités voisines.

 

Lors des grands anniversaires, en 1971 pour le 8e centenaire de la dédicace de la cathédrale, en 1992 et, en 2017, pour le 9e centenaire et les 925 ans de la procession, des groupes invités provenant de tout le diocèse de Tournai, de même que de l’ancien diocèse qui couvrait la Flandre maritime et le Nord de la France, participèrent à la procession. De même qu’une délégation de Noyon (F) dont l’évêché et celui de Tournai unis par des liens historiques puisqu’un seul et même évêque fut à leur tête pendant cinq siècles.

 

Certains groupes extérieurs ont participé ponctuellement à la procession, tels la statue de Notre- Dame de Deux-Acren à l’occasion du 650e du pèlerinage à Notre-Dame de Deux-Acren en 1996, la statue de Notre-Dame de la Treille de Lille à l’occasion de Lille 2004 capitale européenne de la culture ou encore la châsse de saint Hermès de Renaix, accompagnée des membres de la Gilde Saint-Hermès, à l’occasion des 800 ans de la confection de la châsse de Notre-Dame Flamande en 2005.

 

Contacts

Des contacts réguliers ont lieu avec les organisateurs des processions de Lessines, Mons et Soignies permettant par exemple de s’entraider dans la recherche de groupes musicaux. Les quatre processions sont annoncées chaque année dans les programmes (fascicules) respectifs et des représentants de chaque comité sont invités à la tribune au départ de la procession.

En 2015, M. Brouet, président de la Procession du car d’Or, a donné une conférence sur l’organisation de sa procession dans l’auditoire du séminaire de Tournai.

 

G.        LÉGALITÉ

- Démontrer que l’élément est conforme aux Droits de l’Homme, au respect mutuel et à la législation en vigueur en FWB.

Chacune et chacun peut assister, aider et participer à la procession. Hommes et femmes, adultes et jeunes, croyants et non-croyants se côtoient avec le plus grand plaisir et le plus grand respect.

La diversité des personnalités présentes dans la tribune d’honneur conforte le respect de la Déclaration des Droits de l’Homme dans la tenue de cet évènement majeur de Tournai et de la Wallonie picarde.

 

H.        FONCTIONS SOCIO-CULTURELLES

Expliquer le rôle socio-culturel de l’élément sous quatre aspects :

- Dialogue intergénérationnel :

             Plusieurs responsables de groupe vont dans les écoles primaires pour expliquer la procession dans les classes et sensibiliser les enfants. Ils y distribuent notamment les images-prières de la Vierge mise à l’honneur.

             Comme déjà mentionné, un dossier pédagogique destiné aux professeurs de 5e et 6e primaire a été élaboré et est téléchargeable depuis le site Internet.

             Participation d’enfants et de jeunes à la procession dans divers groupes, notamment dans le groupe de Notre-Dame de la Treille, de Saint-Aubert, de Notre-Dame de Grâce, de Notre-Dame Auxiliatrice, de Notre-Dame de Lourdes, de Saint-Eloi, et pour les reliquaires de saint Brice, de saint Marcou, de saint Hermès et de sainte Marguerite. D’autres jeunes devraient rejoindre d’autres groupes dans les prochaines années.

             Participation des mouvements de jeunesse à la procession tels les louveteaux de St-Paul, les scouts de St-Brice, la meute de St-Jacques ou encore les scouts de Notre-Dame Auxiliatrice.

             Certains groupes sont constitués de professeurs et d’élèves d’une même école. Il en est ainsi pour l’institut Don Bosco avec les châsses de saint Quentin et saint Donat, pour l’institut d’enseignement artistique Saint-Luc avec la statue de Saint-Jean L’Evangéliste, patron des travailleurs du livre. La statue de Notre-Dame aux Malades est portée par du personnel médical et paramédical et des élèves de l’école d’infirmières Jeanne d’Arc.

             Les images-prières sont également remises aux aumôniers et visiteurs des malades de l’hôpital CH Wapi, de même que distribuées dans des maisons de retraite de la région.

 

- Dialogue multiculturel :

Mixité : si la plupart des groupes de porteurs sont unisexes, il y a depuis 1992 des groupes mixtes.

 

Croyant pratiquant ? Il n’est pas nécessaire d’être catholique pratiquant pour participer à la procession. Toutes les personnes désireuses d’y prendre part sont les bienvenues. Il y a des

Tournaisiens, aimant les traditions, qui ne sont pas pratiquants réguliers ou qui sont d’une autre religion ou même athées, qui participent chaque année à la procession, afin d’assurer sa pérennité.

De même, le public est constitué de croyants certes mais aussi de Tournaisiens ou de visiteurs férus de traditions, d’art et d’histoire.

Quant aux groupes historiques, ils défilent dans un cortège historique multiséculaire ; il ne leur est pas demandé de faire une démarche de foi.

 

Mixité sociale : il n’y a pas de conditions (condition sociale, de nationalité, ...) pour participer à la procession, sinon que de respecter son esprit. Un certain nombre de groupes sont composés de paroissiens, anciens paroissiens ou même externes à la paroisse, d’autres sont formés à partir d’une communauté ou d’un groupe social : des professeurs et des élèves d’une même école, des gens de droit (avocats, notaires, ...), des professions médicales et paramédicales, les habitants d’un village, des commerçants, ...

 

Attention aux malades, handicapés et personnes à mobilité réduite : le groupe de Notre-Dame de Lourdes est entouré d’infirmiers et de brancardiers participant aux pèlerinages diocésains. Il y a également des personnes handicapées qui participent à la procession, avec l’aide des porteuses ou porteurs du groupe ; ainsi une dame aveugle était en 2019 dans le groupe de Notre-Dame de Bonsecours et une personne en voiturette accompagnait le groupe de Saint-Aubert.

Un groupe historique flamand est présent dans la procession, l’Association Charles-Quint. Lors des anniversaires, des groupes de Flandre, du nord de la France et même de Noyon sont conviés. La venue de ces groupes est accompagnée de contacts et d’échanges préliminaires.

Signalons aussi que depuis quelques années, le statue de Saint-Jacques, portée par les habitants de Templeuve, est accompagné de personnes ayant accompli le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle.

 

- Développement durable (environnement, santé, économie inclusive, etc.) :

La procession contribue à l’attractivité touristique de la cité épiscopale, avec tout ce que cela implique au point de vue économique (fait vivre le secteur Horeca et tous les commerces liés au tourisme). Par ses trésors exceptionnels sortis de la prestigieuse cathédrale aux cinq clochers, patrimoine mondial de l’Humanité, par ses groupes et leurs costumes chatoyants, par ses musiques, ses décorations florales, ses rues pavoisées, la Grande Procession contribue au renom de la ville de Tournai.

Quant aux dépenses liées à l’organisation de la procession, elles ont des retombées principalement sur la région. Songeons aux travaux d’impression (affiches, programmes, images-prière, ...), à l’achat de tissu, à la confection et l’entretien de costumes (stylistes, couturières, entreprises de nettoyage à sec, ...), au fleurissement des statues, ...

Un verre d’eau est offert aux participants au milieu de la procession. Tous les gobelets sont récupérés et aucun ne traîne sur la rue.

La procession se fait à pied, sans aucun véhicule à moteur. Conformément à une tradition séculaire, la participation de quelques chevaux demeure un élément marquant de la procession historique. Les cavaliers d’ouverture sont richement habillés, les cavaliers clôturant la procession portent des tenues plus simples.

 

- Diversité et créativité humaine :

Affiche

Tous les trois à quatre ans, le comité renouvelle l’affiche annonçant la procession. En 2017, à l’occasion des 925 ans de la procession, nous avons travaillé avec une classe et deux professeurs de l’école secondaire d’enseignement artistique Saint-Luc à Ramegnies-Chin, qui ont fait travailler leurs élèves sur le sujet. Un des projets fut retenu comme affiche pour 2017, 2018 et 2019. Le comité a voulu réitérer l’expérience en 2020 mais les mesures liées à la pandémie ont empêché le projet d’aboutir. Cette expérience sera renouvelée dans le futur.

 

Programme

Un programme (fascicule) reprenant la description des différents groupes de la procession est édité chaque année. L’aspect général (format, graphisme, contenu, ...) subit un changement toutes les x années. En 2015 suite à la réorganisation du cortège, un nouveau modèle fut élaboré avec un renouvellement des textes et une approche historique. En 2019 le programme est passé à une édition couleur, en faisant une brochure fort agréable à lire et même un objet de collection.

 

Image -prière

Depuis 1971, une Vierge vénérée à Tournai ou dans le Tournaisis est mise à l’honneur. Une image de l’œuvre, format carte-postale, est éditée avec au dos une prière de circonstance. Cette Vierge change chaque année. Il faut donc le cas échéant faire appel à un photographe expérimenté, ainsi qu’à un graphiste professionnel pour concevoir l’image – prière.

 

Site internet

En 2019-2020, un nouveau site Internet a été créé en ajoutant de nouvelles rubriques à celles existantes dans les deux précédentes versions, en prévoyant une version en néerlandais et en anglais pour les visiteurs, et cela dans une toute nouvelle présentation au graphisme contemporain. Une partie reste à élaborer : les informations servant pour les membres de l’Asbl et les responsables de groupe.

Sans doute le site devra-t-il être revu dans le futur en fonction des évolutions technologiques.

 

Airs du carillon

Le carillon mobile de la Grande Procession de Tournai est apparu dans la procession lors de la réorganisation du cortège après-guerre. Il a été créé en 1952 par le dernier fondeur de cloches à Tournai Michiels à la demande du chanoine Abel Delzenne, qui devint maître de chapelle de la cathédrale (de 1958 à 1978), pour y jouer un choral de Bach qu’il avait adapté, appelé choral de la procession. A l’origine c’était la seule pièce exécutée. Et donc les cloches ont été conçues uniquement pour ce morceau.

Il est constitué de huit cloches dont les notes sont respectivement ré mi fa dièse sol la si do ré.

C’est assez particulier puisque l’on s’attendrait plutôt à un do dièse si l’on considère qu’il s’agit de la gamme d’un ré majeur. Cette particularité réduit le nombre d’oeuvres qui peuvent être exécutées. Aussi seuls des morceaux adaptés ou créés pour l’instrument peuvent être joués.

Le répertoire a grandi avec l’adaptation de chants religieux tels l’Ave Maria de Lourdes ou le cantique

Le Seigneur a fait pour moi des merveilles.

Le répertoire s’est enrichi d’airs composés par Henri Barbier (1) maître de chapelle de la cathédrale (de 1978 à 2005), Alain Flamme (3) professeur au Conservatoire de Tournai et directeur adjoint de 1987 (?) à 2006, André Waignien (6 ou 8), compositeur et directeur du Conservatoire de Tournai de 1977 à 2006, et dernièrement le compositeur tournaisien Eloi Baudimont (1) en 2017.

 

Costumes

Les costumes qui sont trop abîmés par le temps, doivent être renouvelés. Soit on fera un costume identique à l’ancien, soit on va créer un nouveau costume en faisant appel à des stylistes, professeurs de coupe ou historiens. C’est ainsi qu’un nouveau costume a été créé pour les porteuses de la statue de Notre-Dame d’Heureux Trépas en 2018. En 2019 des costumes pour enfants furent confectionnés dans la trame des costumes existants revêtus par les porteuses de la statue de Notre-Dame de la Treille, puisque pour la première fois des enfants incorporaient le groupe.

En 2016, dans le cadre de la réorganisation de la procession sous un aspect historique, furent intégrés dans la procession deux hérauts d’armes revêtus de costumes l’un portant le blason de l’évêché de Tournai, l’autre celui de la commune.

 


Messe polyphonique

Chaque année, lors de l’office pontifical du samedi soir, la Maîtrise de la cathédrale chante une messe et des œuvres issues du répertoire polyphonique sacré. Excepté certains chants traditionnels interprétés à l’occasion de la procession, le programme musical change chaque année. Lors de cet office ou d’autres offices à la cathédrale, elle reprend régulièrement des pièces créées par ses anciens maîtres de chapelle le chanoine Abel Delzenne (de 1958 à 1978) et Henri Barbier (de 1978 à 2005).

En 1992 Henri Barbier, maître de chapelle et titulaire organiste de la cathédrale, composa une petite cantate « Tota pulchra est » (8 min.) qui fut créée cette année-là lors d’un concert donné à la cathédrale en présence de la présence Paola, dans le cadre des festivités du 9e centenaire de la Grande Procession.

 

Chansonniers picards

En littérature, de nombreux historiens s’intéressant à l’histoire de Tournai parlent bien sûr de la procession ; de même les guides touristiques.

 

I.         RECONNAISSANCE

Qu’est-ce que la reconnaissance en tant que Chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a apporté à l’élément ?

Sa reconnaissance contribuerait à sa pérennité et au renom de la cité aux cinq clochers. Elle offrirait une mise en lumière d’un événement majeur à Tournai, à la fois religieux et festif dans ses fondements, qui véhicule des valeurs positives (solidarité avec les malades et personnes défavorisées, esprit de famille, esprit festif, etc.), ouvert à tous et inscrit dans son époque malgré une ancienneté de plus de 900 ans.

 Elle serait un gage de soutien pour tous les bénévoles s’investissant dans la préparation de la procession. Nous pensons notamment :

-              Aux membres de l’Asbl Grande Procession

-              Au personnel de l’évêché et de la cathédrale

-              Aux responsables de groupes

-              Aux porteuses, porteurs et commissaires

-              Aux écoles nous ouvrant leurs locaux

-              Aux mouvements de jeunesse

-              Aux sacristains et sacristines ainsi qu’aux responsables paroissiaux (Fabrique d’église)

-              Aux musiciens bénévoles

-              Aux distributeurs d’oriflammes et riverains acceptant la décoration de leur maison

-              A certains cavaliers bénévoles

-              Etc…

 Ce serait une formidable manière de les remercier, eux qui s’investissent, année après année, pour faire vivre la procession, et d’ainsi les encourager à poursuivre leur engagement.

Les bénévoles maintiennent la tradition qu’ils ont reçue de leurs parents et qu’ils transmettent aux générations futures.

 Elle permettrait la consolidation des échanges entre les porteurs du dossier dans le droit fil de l’élaboration du dossier de candidature.

 Elle donnerait un argument supplémentaire pour faire respecter l’intégrité et l’authenticité de l’événement (lieux, supports matériels, pratiques traditionnelles, etc.).

 

4.         DOCUMENTATION ANNEXE

- Références bibliographiques

-              Programmes de la procession 2017-2018-2019.

-              Texte de la conférence du Professeur Jacques Pycke le 08 juin 2017 dans le cadre des conférences organisées pour le 925ème anniversaire de la procession.

-              « La châsse Notre-Dame de Tournai » de Pierre-Louis Navez et Pierre Peeters édité par les Amis de la Cathédrale en 2006 dans la collection INCIPIT

-              « La Grande Procession de Tournai 1092-1992 ». Editée chez Tournai-Art et Histoire par le

-              chanoine Jean Dumoulin et M Jacques Pycke, archivistes et conservateurs de la cathédrale de

-              Tournai.

-              « Le folklore de Tournai » par Walter Ravez publié en 1949 aux éditions Casterman à Tournai.

-              « Le folklore de Tournai et du Tournaisis » par Walter Ravez publié en 1934 aux éditions de

-              L’Eglantine à Bruxelles.

-              « La cathédrale de Tournai et son chapitre » par le chanoine Warichez publié en 1934 Imprimerie

-              De Meester à Wetteren.

 

- Ressources en ligne :

https://www.grandeprocessiontournai.org/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_procession_de_Tournai

https://www.tournai.be/decouvrir-tournai/traditions-et-folklore.html

https://www.facebook.com/Grande-Procession-de-Tournai-224068975091479/